vendredi, 18 septembre 2009

Réinventer l'internationalisme

" La solidarité internationale, si elle n'est pas dégradée en moralisme de chrétiens gauchistes, ne peut être qu'une solidarité entre les révolutionnaires "
(I.S. avril 1962)

La décomposition, lente, trop lente, des conceptions bureaucratiques et étatistes du socialisme, a laissé ces idéologies présentes, faisandées certes, mais encore consommables pour ceux que les fumets de moisissure mettent en appétit. Et là où se sont, apparemment, effondrés le " système soviétique " et ses succédanés, ont réapparu d'anciennes pestilences que le stalinisme avait gelées. La décomposition de l' internationalisme stalinien a annoncé la décomposition du léninisme lui-même -mais elle n'est pas la fin de l'internationalisme ; bien plutôt fut-elle la condition de sa renaissance possible. Il fallait se débarrasser de ces oripeaux et se libérer de ces chaînes : aujourd'hui, le fantôme du Comintern ne nous hante plus. Il nous reste à exorciser celui du tiers-mondisme.


Au nom de la plèbe
La chute du collectivisme d'Etat a rejeté dans les ténèbres intérieures du populisme nationalitaire ceux qui ne voyaient à Moscou ou Pékin que ce qu'ils voulaient y voir ; d'anciens hérauts de l'internationalisme se portèrent ainsi -rhétoriquement- au secours de Slobodan Milosevic ou de Saddam Hussein au nom de la défense de la souveraineté des Etats... il est vrai que les héritiers du " socialisme dans un seul pays " n'avaient qu'un bref chemin à parcourir pour devenir les défenseurs du droit de n'importe quel potentat à massacrer " son " peuple à l'intérieur des frontières de " son " Etat. Courroie de transmission des intérêts de l'Empire bureaucratique, l'internationalisme stalinien s'est finalement résorbé en une addition de nationalismes tribaux : la boucle fut bouclée, les guerres et les défaites de Milosevic scellèrent la victoire de Staline sur Tito. Dans le temps même de la décomposition de l'internationalisme stalinien, la mort des espoirs révolutionnaires au centre et la disparition du prolétariat en tant que classe pour soi provoquèrent un véritable transfert d'espoir en direction des mouvements d'émancipation de la périphérie. Le tiers-mondisme fut ainsi compensatoire du réformisme. Mais cette compensation était a-critique, et les enthousiasmes de la gauche tiers-mondiste ne purent qu'un temps couvrir les cris des prisonniers, des torturés, des massacrés par les régimes installés au pouvoir dans les anciennes colonies devenues formellement indépendantes. La misère matérielle des peuples de la périphérie avait enfin cet avantage de cacher l'indigence intellectuelle des gauches du centre, parties intégrantes et intégrées de l'ordre du monde. La gauche européenne condamnait cet ordre sans le combattre, les mouvements d'émancipation nationale du " tiers-monde " le combattaient sans le condamner, puisqu'aspirant à en être. Les cocus de l'histoire sont restés les mêmes : la plèbe.

03:34 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : internationalisme | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il me semble que les choses sont beaucoup plus simples, cher Pascal : l'internationalisme aujourd'hui, c'est défendre les intérêts des vrais pauvres, ceux qui sont au sud, en admettant que l'élévation de leur niveau de vie passe très vraisemblablement par une réduction du nôtre. Du moins si l'on ne trouve pas les moyens de se développer sans détruire l'environnement et épuiser les ressources.
Ce que n'ont pas vraiment compris les altermondialistes et ce que combattent surtout les tenants du protectionnisme et nationalistes de tous poils (généralement - vous avez dit bizarres ? - ennemis de l'extension de l'OMC). Nous en débattrons précisément mardi 22 à 19 heures au CAC Voltaire avec Magali Orsini et ses amis d'Attac, en clôture de la première publique de mon film "Le Secret des Dieux" qui traite précisément de ces questions et de la manière dont le monde est et devrait être géré, au-delà des nations.

Écrit par : Philippe Souaille | vendredi, 18 septembre 2009

Mais vous écrivez n’importe quoi! Abritez par une citation de l’I.S, que vous n’avez pas visiblement comprise, ou si vous la comprenez, hélas bien trop tard et avec la même bêtise « a-critique » que les tiers-mondistes de l’époque.
Il reste encore dans votre texte, des éléments déjà liquidés par l’I.S. « l’internationalisme stalinien » en est un, « impérialisme » étant un mot convenable dans ce contexte. Il s’agit là, de fait, d’une tentative de réconciliation pseudo-critique avec le stalinisme et le « soviétisme russe », l’impérialisme ne pouvant dès lors se situer que de « l’autre côté » dans les autres nations, et surtout américain, nous le sentons.
Nous remarquons aussi dans votre texte, la dissolution proclamée par vous et avec une forme de triomphalisme qui nous fait douter de vos intentions réelles, du prolétariat « en tant que classe », qui plus est, ce qui pourrait encore être démenti par les faits, au grand étonnement des socialistes, mous ou ultra, prompt à enterrer ou a ensevelir ce prolétariat dont ils ignorent tant la définition que la volonté réelle, et dont TOUTE la politique menée par ces gauches, à tendu et tend à son étouffement, de même de la rébellion qui le fonde « en tant que classe ».
Grâce à « l’internationalisme chrétien » dont vous-même faites partie*, le tiers-mondisme-a-critique, n’a réussi qu’une chose ces trente dernières années :
Amener le « tiers-monde » ici, et se contempler le nombril de satisfaction « révolutionnaire » d’avoir donné un gigantesque coup de main aux gouvernants corrompus « décolonisés » qui jettent leurs peuples à la mer, ainsi qu’aux gouvernements (et propriétaires de ceux-ci) européens, satisfaits de voir monter les nationalismes et les « sentiments » d’insécurité corollaires à la pauvreté importée en sus.

Non content d’avoir participé à la création du monstre en gestation, cette même « gauche » a méprisé le peuple qu’elle à contribué à mettre en danger, en les taxant de racisme et de xénophobie « induite », justifiant jusqu’à l’extrême le piège dans lequel ses ADVERSAIRES les à enfermés.

« Gauches », le capital ne vous a pas assez remercié, selon nous.

Pour les trente prochaines années, nous pensons effectivement que vous devriez être stipendié.
L’abandon même de l’anti-cléricalisme, et par esprit « d’ouverture » le soutien apporté à une religion « impérialiste » importée d’office rend encore une fois le chaos, qui est la seule porte de sortie pour le capitalisme en état de nouvelle modernisation, possible.
Vous avez contribué,est pasdelamoindre manière à dresser la barrière afin que « le prolétariat en tant que classe » ne risque de sortir de la fosse commune dont cette gauche est maintenant chargée de surveiller et maintenir fermé le couvercle. Fermé et à double tour.
La guerre civile interethnique et inter religieuse, mais sans doute à vos yeux « révolutionnaire » ne sera pas évitée. Et si elle l’est, ce ne sera pas grâce à vous.

(Ex. vos appels à voter les accords capitalistes d’ouverture des frontières en Europe, au mépris des risques sociaux pourtant déjà prouvés)

Écrit par : Trio Infernal | vendredi, 18 septembre 2009

Quant à vous, Monsieur Souaille, a vous lire on ne peut être persuadé que vous ne savez pas ce QU'ETRE PAUVRE signifie quelle que soit la lattitude. Les "vrais" pauvres! De plus nulle part dans votre commentaire, il n'est fait allusion à une quelconque demande aux riches en monnaie! La solidarité sera donc une fois de plus demandée aux seuls pauvres! Partagez-vous ce crouton, sales pauvres!
Quand les trotskystes ex ou non, sont invités chez les riches, ils ne leurs crachent pas au visage!

Écrit par : Trio Infernal | vendredi, 18 septembre 2009

On pourrait définir "ETRE PAUVRE" de tas de manières différentes. Mais avoir fait des études, bosser comme cadre tous les jours dans des conditions difficiles, pour un salaire huit fois inférieur à ce que verse l'assistance publique à Genève à quelqu'un qui ne fait rien, me semble une assez bonne définition. Et cela on ne le trouve que dans les pays du sud, ou le coût des biens de consommation n'est guère inférieur à ce qu'il est chez nous.
Par ailleurs, il me parait évident que le niveau de vie de tous va baisser, y compris celui des vrais riches. D'ailleurs, avec la crise financière, le leur a déjà commencé à fondre. Mais toute la richesse des vrais riches de la planète (multi-millionnaires et milliardaires) répartie entre les vrais pauvres (moins d'un dollar par jour), ne ferait que doubler le revenu moyen de ces derniers, qui est globalement 100 fois inférieur au nôtre (classe moyenne occidentale).
Pour le reste, je n'ai effectivement pas l'habitude de cracher au visage des gens, quel que soit leur niveau de revenus, à fortiori lorsqu'ils m'invitent. Mais de leur dire en face ce que je pense, même sur des sujets qui fâchent, cela je le fais sans aucun doute. Et je l'écris dans mes livres et je le dis dans mes films. C'est d'ailleurs plus facile à faire entre personnes civilisées et bien élevées, comme le sont en général les riches qui me font l'honneur de m'inviter parfois et même de m'écouter. Ce dont je les remercie, car je pense qu'il vaut mieux faire avancer les choses en douceur que par la violence, et que ces riches dont nous parlons ont aussi des enfants, qu'ils voyagent beaucoup et qu'ils se sentent concernés par l'avenir de la planète.

Écrit par : Philippe Souaille | vendredi, 18 septembre 2009

"...l'internationalisme stalinien s'est finalement résorbé en une addition de nationalismes tribaux...."

Chassez le naturel, il revient au galop !

Le nationalisme tribal ressortit à la tendance naturelle de l'homme à privilégier ceux de sa communauté, alors que l'internationalisme, stalinien ou autre, est une posture intellectuelle artificielle sur tout un catalogue de voeux pieux angéliques et de postulats controuvés.

"... l'internationalisme aujourd'hui, c'est défendre les intérêts des vrais pauvres, ceux qui sont au sud, en admettant que l'élévation de leur niveau de vie passe très vraisemblablement par une réduction du nôtre."

En vertu, bien sûr, du principe qui veut que le Sud fournisse les estomacs et le Nord de quoi les remplir. C'est plus confortable, intellectuellement parlant pour les gens de gauche, que de s'interroger - en renégat, booouuuu ! :o) - sur les réelles capacités du Sud à se développer...

P.S. - Ce qu'il y a de bien, avec les humanistes "progressistes", c'est qu'on peut leur balancer les raisons pour lesquelles ils vont d'échecs en fiascos, decacades en naufrages, sans qu'ils ne modifient d'un quart de degré la trajectoire de leur course au mur.

Écrit par : Scipion | vendredi, 18 septembre 2009

Vraiment merci à Philippe Souaille de ce que vous écrivez: "je pense qu'il vaut mieux faire avancer les choses en douceur que par la violence". ATTAC est un exemple qu'on peut volontairement "réduire notre niveau de vie" afin de permettre à tous de survivre à moyen et long terme et les riches font partie du lot. Merci. cmj

Écrit par : cmj | vendredi, 18 septembre 2009

"On pourrait définir "ETRE PAUVRE" de tas de manières différentes. Mais avoir fait des études, bosser comme cadre tous les jours dans des conditions difficiles, pour un salaire huit fois inférieur à ce que verse l'assistance publique à Genève à quelqu'un qui ne fait rien, me semble une assez bonne définition."

Tout dépend du coût de la vie. Genève étant une des villes les plus chère au monde...


"Par ailleurs, il me parait évident que le niveau de vie de tous va baisser, y compris celui des vrais riches."

Ben voyons! C'est vrai que nos pauvres milliardaires qui auront perdu la moitié de leur fortune chez Madoff vont devoir considérablement réduire leur train de vie. Je ne sais pas moi, changer de Ferrari tous les deux mois au lieu de chaque mois, réduire la durée de leurs vacances sur une île privée des Antilles de 30 à 28 jours, diminuer le salaire de leurs nombreux domestiques de 10%, etc. Ils vont en effet vraiment souffrir les vrais riches...


"ne ferait que doubler le revenu moyen de ces derniers, qui est globalement 100 fois inférieur au nôtre (classe moyenne occidentale)."

Qui ne rêve de doubler son revenu? Ce serait déjà quelque chose d'extraordinaire que pas un pauvre ne refuserait. Mais quel mépris pour les pauvres dans votre remarque! Et quel soutien pour tous ceux qui accaparent les richesses. Tout en culpabilisant les classes moyennes occidentales. Un tour de force en si peu de mots.


"comme le sont en général les riches qui me font l'honneur de m'inviter parfois et même de m'écouter."

Et quelle déférence, pour ne pas dire humilité! Ils vous récompensent bien, au moins? Et vous leur servez à quoi? D'alibi? De bonne conscience?


"qu'ils se sentent concernés par l'avenir de la planète."

Correction: de LEUR planète. Car s'ils sont devenu riches, c'est en l'accaparant et en la pillant, la planète et ceux qui y travaillent.

Comment se fait-il qu'un soit-disant trotskyste n'ait rien compris aux bases de l'analyse marxiste et de la formation du capital?

Écrit par : Johann | vendredi, 18 septembre 2009

Ce qu'il y a de bien, avec les idenditaires anonymes, c'est que s'étant déjà aplatis dans le mur il y a plus de deux siècle, et le choc ayant apparemment anéanti leur mémoire, leurs déraisons folkloriques ne servent plus guère qu'à accompagner nos travaux de sape... douce musique...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 19 septembre 2009

ah oui, j'oubliais, à l'adresse du "trio infernal" : essayez de relire Marx, pour comprendre la différence entre le prolétariat "en tant que classe" (en soit) et "le prolétariat en tant que classe pour soi", c'est-à-dire consciente d'être une classe et s'organisant en tant que telle : c'est de la disparition de ce prolétariat-là que j'écrivais. Le prolétariat en tant que classe en soi n'a évidemment pas disparu...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 19 septembre 2009

"essayez de relire Marx"

Pourquoi "relire"?

Précision: le don de "trio infernal", c'est l'insulte. Faut quand même pas trop demander.

Écrit par : Johann | samedi, 19 septembre 2009

Il eut mieux valu que vous nous oubliez, ou du moins continué à feindre de. Votre imprécision ne fait que confirmer notre préhension, celle du rôle de fossoyeur de la révolte de classe, au profit d'une guerre civile simple, par la gauche sous toute ses formes, et de garde-chiourme du prolétariat, empêchant qu'il soit en soit et reste pour soi face à l'économie, qui ne peut en soit et pour soi, n'être que capitaliste. Essayez de relire Marx. Ou juste le sous-titre de la couverture du "Capital".
Et puisque nous en sommes au conseil de lecture, l'I.S ne s'est pas arrêtée en 62, elle à continuer à faire tomber les masques, et ceci bien après son auto dissolution.
Bien à vous.
Tout ceci est si fatiguant.

Écrit par : Trio Infernal | samedi, 19 septembre 2009

@Johan, Vous êtes un maître dans cet art, et nous vous le laissons volontiers.

Écrit par : Trio Infernal | samedi, 19 septembre 2009

"Ce qu'il y a de bien, avec les idenditaires anonymes, c'est que s'étant déjà aplatis dans le mur il y a plus de deux siècle..."

:o) Quand on voit le désastre sociétal engendré par les théories des Lumières-sic, on doit reconnaître que les Holenweg et consorts ont de quoi pavoiser, même si leur enthousiasme consubstantiel soit un peu tempéré par la sempiternelle faillite de leurs dogmes et théories...

P.S. - Pour rappel :

Les Lumières n’ont strictement rien apporté qui rende l’homme plus heureux, ni même pas le rende un peu moins malheureux.

Ils l’ont privé de la consolation religieuse, et ils l’ont laissé en plan au milieu d’un désert, où ce pauvre sinistré essaie de donner un sens à sa vie, en s’accrochant désespérément à un consumérisme absurde.

Tu parles d’un progrès... C’est pour ça qu’il vaut mieux ne pas situer ces abrutis par rapport aux "obscurantismes". Le bilan est trop désastreux...

Dans cette optique, on est bien obligé de se demander s’il était judicieux de priver l’homme des espoirs et des consolations de la religion pour élever le pognon au rang de divinité, dont le culte, férocement individualiste, se traduit par un consumérisme toujours recommencé, pour combler la vacuité, toujours recommencée elle aussi, d’une vie dénuée de sens.

Le psy, l’astrologue et le marabout, qui sont riches, ont remplacé le curé, qui était pauvre, et l’existence de l’humain, plutôt que par les cycles de la nature et par les fêtes religieuses qui soudaient la communauté autour des mêmes valeurs et des mêmes croyances, est rythmée par des événements vulgaires et insignifiants abondamment répercutés par la télévision, opium du peuple consommateur.

Écrit par : Scipion | samedi, 19 septembre 2009

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