vendredi, 11 septembre 2009

Anastasie, le retour

Deux députés libéraux ne supportant pas que la Ville fasse campagne contre les cadeaux fiscaux soumis au vote populaire dans deux semaines ont donc obtenu du Tribunal administratif le rétablissement de la censure préalable à Genève, au prétexte que toute " propagande électorale " est interdite à une municipalité, le TA ayant fort opportunément confondu une votation avec des élections. Ce déplacement du débat politique sur le terrain juridique est certes symptomatique à la fois de l'époque, et du lieu (Genève doit bien être la ville du monde où la proportion de juristes au sein de la population résidente est la plus élevée, et il faut bien que ce cheptel s'ébroue), mais sous les arguties juridiques, on n'a aucun mal à retrouver la motivation politique : ce qui est reproché à la Ville n'est pas de faire campagne (l'aurait-elle fait pour soutenir le Conseil d'Etat que nul, à droite, n'y aurait trouvé à redire ni à recourir), mais de faire campagne contre la braderie fiscale de l'automne.


Silence dans les rangs
Or donc, sous les applaudissements de l'éditorialiste de la " Julie " (qui trouve " grand-guignolesque " que la Ville " dilapide " quelques dizaines de milliers de francs pour défendre ses intérêts, et qu'on se réjouit de lire lorsqu'il sera proposé au canton de dilapider quelques centaines de milliers de francs, en sus des dizaines de millions déjà dilapidés, à offrir à la Fondation du Stade de la Praille), deux députés libéraux, transformés pour l'occasion en clercs du bailli cantonal, et un Tribunal administratif aux ordres, ont intimé à la Ville l'ordre de se taire dans le débat sur la grande braderie fiscale de l'automne. On espère sans trop y croire, que la Ville n'obtempérera pas à cette injonction féodale, qu'elle diffusera la publication dont elle est éditrice sans se plier à la censure préalable ressuscitée par les héritiers présomptifs de ceux qui combattirent il y a deux siècles pour l'abolir, qu'elle continuera à faire circuler l'information qu'elle avait prévue, et à participer au débat politique sans se soucier d'en demander l'autorisation. Et si, courageuse mais point téméraire, elle acceptait de se se plier aux états d'âme des robins, on fera ce qu'on peut pour suppléer à son silence forcé. Bon prince, le député Jornot condescend à laisser les magistrats de la Ville " répondre à des interviews ", mais " pour autant qu'ils ne franchissent pas la ligne " -que les libéraux auront eux-mêmes tracées, là où ça les arrange, quand ça les arrange. C'est encore trop de laxisme et notre libéral d'occasion devrait se retenir. Laisser s'exprimer des citoyens (et les membres du Conseil Administratif n'ont pas, que l'on sache, cessé d'être citoyen-ne-s en devenant magistrat-e-s), c'est mettre imprudemment le doigt dans un engrenage infernal : si étroite que soient les limites imposées à la liberté d'expression, celles et ceux qui s'en emparent finissent toujours par franchir ces limites et par s'exprimer librement. Et c'est ainsi, bonnes gens, que le libéralisme finit par accoucher, aux forceps, de la démocratie... horresco referens !

03:09 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : démocratie, censure, votation, politique, libéralisme | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pôvre Pascalou... La justice se met du côté de la loi et il parle de "censure préalable" et espère que la Ville n'obéira pas à l'injonction féodale...

Miséricorde... Que d'emphase, que de verbes creux et d'expressions... Grand-Guignolesques!

C'est l'hôpital qui se moque de la charité, surtout lorsque l'on sait les manières de la gauche au pouvoir: ukases, diktats et aurtes décrets d'exception.

Mais bon, notre Pascalou, fat et imbu de lui-même, n'en n'est plus à une sottise près...

Écrit par : Déblogueur | vendredi, 11 septembre 2009

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