vendredi, 28 août 2009

Ce que la mort du CIC nous dit de la politique culturelle genevoise

" La liberté de l'art, son indépendance vis-à-vis de ce que l'on exige de lui, se fonde dans l'idée d'une société libre et anticipe en un certain sens sa réalisation " (Theodor Adorno)

Elle passerait presque inaperçue (n'était la splendide affiche baudelairienne d'Exem), la votation municipale à l'ordre du jour du 27 septembre, sur le maintien ou non d'un gros million de subvention accordée par la Ville à la Fondation Saint-Gervais, et jusqu'alors affectée par celle-ci au Centre pour l'Image Contemporaine, avant que, pressé par la Fondation et le Conseil administratif, le Conseil Municipal n'entérine le transfert de cette subvention au Centre d'Art Contemporain (CAC) et au Fonds municipal d'Art Contemporain (FMAC), en signant du même coup l'arrêt de mort du CIC. L'enjeu est réel. Non pas financier, cet enjeu, mais culturel.


Exem2.jpgFondations preneuses d'otages
Le 27 septembre, Il ne s'agira pas de savoir si on dépensera ou non le million de subvention " déplacé " de Saint-Gervais au CAC et au FMAC, mais de savoir où il ira, et à quoi, ou à qui, il servira : à Saint-Gervais, lieu pluridisciplinaire depuis sa fondation il y a cinquante ans, où pouvaient se conjuguer et se confronter spectacles, collections, expositions, performances, débats... ou dans ce qui reste du grandiose projet " BAC ", où devaient être balancés tout ce que Genève abrite d'acteurs de la création contemporaine. La disparition du CIC n'ouvre aucun espace culturel nouveau, ne donne naissance à aucun acteur nouveau de création culturelle : elle n'aboutit qu'à parfaire la concentration de la création artistique contemporaine dans ce qui existe déjà, et où cette création ne se confronte plus qu'à elle-même et à ce qui lui ressemble. Chacun dans son enclos, ne mélangeons pas les genres, les expressions, les champs culturels, ça fait désordre. On pourrait répondre à ce prurit rationalisateur par les mots d'Olivier Py : " Il faut montrer qu'une politique culturelle ne produit pas une esthétique d'Etat. (…) L'institution doit être un lieu de liberté, de division, de confrontation politique ". La présence d'un acteur culturel tel que le CIC au sein d'une institution culturelle comme Saint-Gervais est bien l'une des conditions de l'usage de l'institution comme " lieu de liberté, de division, de confrontation politique ". Or il se trouve que, institutionnellement, le CIC n'a jamais existé. Il n'était qu'un élément de Saint-Gervais, fondation " privée " dont le Conseil de fondation est peuplé de représentants des collectivités publiques. C'est ce Conseil de fondation qui a décidé de la mort du CIC. Des acteurs culturels sont ainsi pris en otage par des fondations, publiques ou privées (le CIC aujourd'hui, par la Fondation Saint-Gervais, le Ballet du Grand Théâtre hier, par la Fondation du Grand Théâtre). La moindre des choses à faire désormais, quel que soit le résultat du vote du 27 septembre, serait bien de s'interroger sur le recours à des fondations (privées ou publiques) pour mener la politique culturelle : illusoirement démocratique, fauteur d'opacité et de gaspillages, multiplicateur de prébendes, ce système pourrait sans aucun préjudice pour l'action culturelle être avantageusement remplacé par une gestion publique directe, sous contrôle démocratique.

02:02 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : culture, saint-gervais, cic, votation | |  Facebook | | | |

Commentaires

"Il faut montrer qu'une politique culturelle ne produit pas une esthétique d'Etat. (…) L'institution doit être un lieu de liberté, de division, de confrontation politique."

Dans la mesure où la (fructueuse comme il se doit) confrontation politique oppose des extrémistes de gauche à des représentants de la gauche alternative, on ne voit pas très bien pourquoi le contribuable lambda, qui préfère l'abbé Bovet aux hélicoptères de Stockhausen et Eugène Burnand à Otto Dix, devrait être embringué dans des sodomisations de diptères qui ne le concernent en rien.

Écrit par : Scipion | vendredi, 28 août 2009

J'ai dû mal comprendre comment le maintien d'un CIC ringard et soixante-huitard peut contribuer à une quelconque politique culturelle.

En matière de culture, ce n'est pas parce qu'une institution disparaît, pour cause de péremption (son esprit fondateur étant plus que quadragénaire) qu'elle doit être remplacée par quelque chose de nouveau.

Le CIC fut une expérience. Réussie ou ratée, l'avenir le dira. Mais une expérience. Et l'expérience est terminée, point barre.

Genève doit impérativement se plonger dans le post-moderne et abandonner ces chantiers d'arrière-garde.

Écrit par : j.nizard | vendredi, 28 août 2009

Le problème est : qui a entendu parler du CIC? Quel est son bilan, et son utilité? Le PCG (Paysage Culturel Genevois) est aujourd'hui si dense, si concurrentiel, qu'il est très difficile de maintenir sa place (et ses subventions) quand on ne fait rien, ou trop peu…

Écrit par : jmo | vendredi, 28 août 2009

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