jeudi, 27 août 2009

Lécher des bottes pour rouvrir des marchés

Se prosternant aux pieds, augustes, mais virtuels (puisque représentés par ceux d'un sous-fifre) du colonel Kadhafi, le président de la Confédération agissant sans mandat du Conseil fédéral, dans le dos de la diplomatie suisse et à l'encontre des avis des experts consultés, a conclu un accord à la fois humiliant pour la Suisse, injurieux pour Genève, et inapplicable en droit. Tout cela pour quoi ? Pour hâter la " libération d'otages " (qui n'étaient déjà plus en fait qu'assignés à résidence, l'un à son domicile professionnel et l'autre à l'ambassade de Suisse à Tripoli) ou la réouverture d'un marché juteux qui avait été fermé aux entreprises suisses ? Les milieux d'affaire sont d'ailleurs les seuls (avec le régime libyen et ses avocats genevois, les Poncet et autres Lüscher) à se réjouir de l'obséquiosité merzienne : elle leur rapporte. Au sens le plus trivial, pour ne pas écrire le plus crapuleux, de l'expression.


Bon anniversaire, Mouammar...
La famille Kadhafi pourra fêter le 1er septembre, dans la joie et la bonne humeur, le 40ème anniversaire du coup d'Etat qui a porté Mouammar à la tête de la Libye, en renversant le vieux roi Idriss : Hans-Rudolf Merz a cédé à toutes les exigences du pouvoir libyen, au prétexte de permettre aux deux hommes d'affaire suisses retenus à Tripoli de regagner la mère-patrie… Le Conseil fédéral était d'accord que Merz exprime des " regrets " pour le sort réservé à Hannibal Kadhafi lors de son arrestation à Genève, l'an dernier -Merz a carrément présenté des " excuses ", et décrété, tout seul, comme un grand, que l'arrestation d'Hannibal était " inutile et injustifiée " et que les responsables seront punis. Les responsables de quoi ? des violences contre les domestiques d'Hannivbal ? non : des responsables de l'arrestation des auteurs de ces violences. Qu'en déduire ? Que pour le président de la Confédération Helvétique, le fils d'un potentat jouit du droit imprescriptible de bastonner ses domestiques, et qu'une police et une justice qui se mêleraient de vouloir l'en punir, à défaut d'avoir pu l'en empêcher, outrepasserait ses compétences ? Peu importe : l'équipée tripolitaine du président de la Confédération ne répond ni à ce qui s'est passé à Genève l'année dernière, ni au souci de " libérer des otages ", mais à celui de rouvrir un marché. La Libye était, avant la crise, le premier partenaire commercial de la Suisse en Afrique, avec 280 millions de francs d'exportations suisses, le pétrole libyen couvre normalement près de 30 % des besoins de la Suisse, et la Libye est un verrou de l'émigration illégale des Africains vers l'Europe (et donc vers la Suisse). De quoi expliquer, à défaut de la justifier, l'obséquiosité dont on la gratifie, et le bricolage d'un accord inapplicable en droit suisse, puisque la justice et la police sont affaires cantonales et que le président annuel de la Confédération ne dispose d'aucune compétence qui lui permettrait d'engager à la fois la République de Genève et la Confédération Suisse à respecter les conclusions d'un " tribunal arbitral " dont on a préjugé le verdict, bâclé la composition et calibré le mandat aux désirs d'une seule partie.

03:01 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : merz, libye, kadhafi | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Holenweg,

"plus qu'assignés à résidence"... un pays "prison" à eux tous seuls, quelle chance ! :o)

Non mais sérieusement, vous auriez préconisé quelle solution ?

L'un d'eux va mal et le président aura pris la décision qu'il fallait en fonction de facteurs que vous ne maitrisez pas.

Les laisser 8 ans là bas, pour comprendre que nous avons très mal géré le dossier dès le départ ?

Cette affaire nous apprendra beaucoup... sur notre incapacité à réagir lors de crise majeure. La première de notre Histoire où nos ressortissants auront servi de faire valoir.

Mais cette introspection indispensable devra se faire une fois qu'ils seront libres.

Maintenant, attendons patiemment, sans polémiquer.

Polémiques qui ne manqueront pas à leur retour...

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | jeudi, 27 août 2009

Deux noms me manquent cruellement dans votre fine analyse: celui de Micheline Calmy-Rey qui a si extraordinairement bien géré cette pénible affaire et celui de Jean Ziegler qui se rendra à Tripoli pour embrasser son vieux pote Muammar à l'occasion de l'anniversaire de ses 40 ans de Dictature.
Recevra-t-il l'une des 250 belles Chopard (montre suisse...) créées pour les invités de cette magnifique Fête ?

:o)

Écrit par : Blondesen | jeudi, 27 août 2009

@Stéphane et Blondesen

Avec ces excuses ont met le doigt dans l'engrenage... Il faudra payer 40 millions, puis suspendre des policiers genevois, et continuer à cirer les bottes pour que des "entrepreneurs" suisses puissent faire leurs affaires avec cet Etat dictatorial. Lamentable! Je me demande pourquoi on crée des unités spéciales pour sauver des suisses à l'étranger.... On aurait dû envoyer Carla Bruni!

Écrit par : Riro | jeudi, 27 août 2009

Je ne parviens toujours pas à me faire une opinion sur cette affaire, pour une raison très simple : à part l'abandon des deux otages dans l'ambassade de Tripoli des années durant, je ne vois pas ce qu'on pouvait faire d'autre que de céder aux exigences d'un descendant de chamelier caractériel...

Et je remarque, avec autant de satisfaction que d'ironie, que les plus virulents critiques de Hans-Rudolf Merz n'ont pas plus que moi de solution - j'insiste sur le singulier - de rechange...

Écrit par : Scipion | jeudi, 27 août 2009

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Riro,

bien évidemment je sais que nous ouvrons la boîte de Pandore. Mais l'otage du Mali aussi a été libéré à grand renfort de... mais non... bien évidemment.

En fait, nous avons toujours réglé ce genre de situation de la sorte.

Cette crise majeure de la diplomatie suisse devra nous apprendre, elle nécessitera une véritable doctrine en matière de gestion de nos relations, et soyons en sûr ces questionnements ne manqueront pas. Ce sera alors au National de travailler et de proposer.

Mais après leur retour...

Et puis réservons leur un accueil digne. Pour eux et leurs familles.

Bien à vous Riro,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | jeudi, 27 août 2009

bonjour ttlmde....
on avait deux choix...soit "la boite à pandore" avec Merz...soit "la boite à pantins" avec Calmy...et bien je préfère la solution de Merz !!!

Écrit par : M.U.R | jeudi, 27 août 2009

Eh oui, il faut souvent lécher des bottes pour ouvrir des marchés.

Et en suisse, nous n'avons que peu de choix, après tout :
Pas de ressources dans notre sol, pas la stature pour jouer à plus fort gagne, qu'avons nous vraiment ?

Sauf erreur, 70% des suisses travaillent dans le tertiaire. Or le tertiaire en suisse, c'est à 80% de la paperasserie. Qui est elle-même à 90% inutile en soit pour ce qui est de faire vraiment bouger les choses.

Sérieusement, nous n'exportons que des choses qui, si vous y réfléchissez vraiment, sont en soi inutiles. Et si nous voulons continuer à les vendre, ces services inutiles, il faut parfois lécher des bottes.


Pas d'accord avec moi ? Je comprends bien, alors essayons autrement :

Notre relation avec la Libye s'envenime, fort bien. Le temps que l'approvisionnement en pétrole se renégocie autrement, je vous propose 30% d'augmentation du pétrole. Des milliers de chômeurs en plus. Cela fait combien de chômeurs en plus à votre avis, 280 millions annuels d'exportations qui disparaissent ?


Et tout cela parce que des adultes qui plus est faisant de la politique ne sont pas au courant de la vraie vie et de la vraie marche du monde...
Ils veulent jouer aux Robins des bois modernes, casser du fils de, et voilà où nous en arrivons.
Ces mêmes Robins des bois n'iraient bien sûr jamais vérifier un diplomate qui vit à Genève et exploite une famille de domestiques...

Il y a vraiment des têtes qui je l'espère vont tomber à Genève.

Écrit par : Greg | jeudi, 27 août 2009

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