mercredi, 10 juin 2009

Elections européennes : La sclérose au poing

Pour la septième fois, les citoyennes et les citoyens des Etats membres de l'Union Européenne élisaient, entre le 4 et le 7 juin, le Parlement européen. Et le résultat de ces élections est sans équivoque : une lourde défaite de la social-démocratie, à quelques exceptions nationales près (la Suède, la Grèce), un renforcement des droites conservatrices, une progression des Verts. Et qu'on ne tente pas de dévaluer ces résultats en brandissant le taux de participation : l'abstention a certes été importante (plus de la moitié de l'électorat, pour élire un parlement qui aura plus de pouvoir qu'auparavant), mais elle se situe à un niveau que les Suisses connaissent depuis des lustres -celui, habituel, des élections et des votations dans notre bonne vieille démocratie semi-directe... Les élections européennes sont certes encore perçues comme des élections de deuxième ordre par les citoyens des Etats membres, mais rien, bien au contraire, ne les empêchait d'y prendre part massivement pour en faire des votes de défiance à l'égard des équipes dirigeantes de leurs Etats. Ils ne l'ont pas fait, faute de savoir à qui accorder leur vote protestataire.


Apprendre d'une défaite
Les socialistes européens paient comptant leur incapacité à proposer et à incarner une alternative, et donc à mobiliser leur base électorale réelle, sans même évoquer leur base électorale potentielle. Les partis socialistes et sociaux-démocrates n'ont été perçus à peu près nulle part comme un recours contre la crise, ni comme porteurs d'un autre modèle de société. Que d'entre les vainqueurs, au moins relatifs, de ces élections, on retrouve Sarkozy, Merkel et Berlusconi a quelque chose d'exemplaire : ces trois figures de la droite européenne (le nain, la paroissienne et le bouffon) sont au pouvoir et n'y font (ou n'y disent faire) rien d'autre qu'appliquer de vieilles recettes social-démocrates (la relance par l'intervention massive de l'Etat), auxquelles les sociaux-démocrates, dans l'opposition (comme en France ou en Italie), au pouvoir (comme en Espagne ou en Grande-Bretagne) ou le cul entre deux chaises (comme en Allemagne), n'opposent que des critiques formelles ou des revendications quantitatives -comme si l'alternative à la gestion capitaliste de la crise se résumait à une surenchère sur les milliards à injecter dans l' " économie ". La gauche de la gauche ne fait d'ailleurs pas beaucoup mieux, à l'image de celle de France, qui, en cumulant les résultats de trois listes, n'arrive pas à égaler les résultats des listes du PS (alors qu'il réalise l'un des plus mauvais résultats de son histoire) et des Verts (qui font un score historique, et égalent pratiquement celui des socialistes). On doit pouvoir apprendre autant, sinon plus, d'une défaite que d'une victoire : les socialistes européens ont un sérieux examen de conscience politique à faire. Et de ce point de vue, les socialistes suisses ne sont pas moins européens que leurs voisins.

01:19 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : élections, ps | |  Facebook | | | |

Commentaires

L'abstention n'a sans doute joué aucun rôle dans le résultat. Toutes les études montrent que l'abstention, sauf exceptions non réalisées en l'espèce, pénalise ou profite de manière générale à toutes les formations politiques et ne change pas grand chose au résultat d'ensemble.

La cause de cette abstention est à rechercher dans la lucidité de l'électorat, plus grande que ne l'imaginent les dirigeants. Tout l emonde sait que l'élection au parlement européen n'a aucune portée et que ce parlement ne jouit d'aucun pouvoir.

Le moindre des citoyens suisses, qui possède le droit d'initiative législative, possède plus de pouvoir que l'ensemble de ce "parlement", dénué de tout pouvoir d'initiative législative !

Écrit par : j.nizard | mercredi, 10 juin 2009

Merci l'Europe elle est en train de démontrer qu'elle prend la voie du précipice.

"Ils ne l'ont pas fait, faute de savoir à qui accorder leur vote protestataire."

Je trouve que c'est vite passé sur l'émergence les partis des extrêmes, voire Islamophobe chez les Hollandais, et le UKIP chez les anglais qui ont maintenant des sièges et dont il serait bien de lire le message entre les lignes!

Mais dès lors qu'il faut enterrer l'utopie et revenir à la réalité du terrain, à part l'UDC y aura-t-il quelqu'un pour aider à "débrancher le courant" avec le grand troupeau qui s'avance dangereusement vers la chute?

Écrit par : Corélande | mercredi, 10 juin 2009

Pour les élections européennes on peut déjà constater un scandale celui de la formidable propagande en faveur de l’écologiste qu’a été le film Arthus Bertrand « Home ».
Et il est à peu près certain que cette manœuvre est préméditée de longue date. Etonnant que toutes ces grandes gueules politiques socialistes ne réagissent pas plus sans doute parce que l’écologie est tellement à la mode actuellement qu’ils n’osent pas y toucher.
Que les socialistes dans toute l’Europe baissent même si le film « Home » n’était pas passé, n’a rien d’étonnant. Les électeurs ont assez de bouteille pour se souvenir que l’utopie socialo- marxisante a été une catastrophe au 20ème siècle.

Louis HERVE

Écrit par : Hervé | mercredi, 10 juin 2009

Bonjour,
Je trouve "amusant" la façon dont l'auteur de ce blog conçoit la démocratie. Pour lui, une élection européenne ne serait que le moyen de "dire" à son gouvernement tout le mal (le bien aussi?) que l'on pense de lui en votant pour un (des?) opposant(s). Il ne lui vient pas à l'idée que l'on puisse exercer convenablement son droit démocratique et voter pour une personne ou une liste que l'on soutient.
Il pense exactement comme les analystes politiques français lors de référendums. Il ne leur vient pas à l'idée que les votant(e)s répondent à la question posée. Que ces votant(e)s ne répondent pas à une autre question comme "êtes vous pour ou contre le président/gouvernement en place?.

C'est une bien piètre idée de la démocratie que nous voyons là!

Écrit par : salegueule | mercredi, 10 juin 2009

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