mercredi, 13 mai 2009

Politique culturelle : Genevois, encore un effort pour être républicains !

Samedi prochain, au théâtre Am Stram Gram, se tiendra la troisième et dernière session du Forum " Art, culture et création " organisé depuis 2008 par le (Rassemblement des artistes et acteurs culturels). Le RAAC va présenter urbi et orbi (" aux autorités, au monde politique, aux milieux culturels et au public ") ses huit propositions, et " poser quelques hypothèses de travail pour la Genève culturelle de demain " : que la création devienne la priorité des politiques culturelles, qu'elle soit inscrite dans la constitution et la loi, qu'elle dispose de nouvelles ressources, qu'on dispose d'un outil d'analyse du financement culturel, que la culture et la création soient intégrées dans les projets urbains, que les artistes et acteurs culturels aient un statut professionnel, que la République assume son rôle dans la politique culturelle et que les collectivités publiques de toute la région mènent ensemble une politique culturelle cohérente. Rien de révolutionnaire, mais rien que de nécessaire...


Brouillon de culture
" Calvin a-t-il tué la culture à Genève ? ", s'interrogeait-on gravement dans un débat entre gens de bonne compagnie, à la Comédie en mars dernier… Calvin a-t-il tué la culture ? on peut difficilement concevoir question plus absurde. La Réforme calvinienne est à Genève une révolution culturelle, puisque religieuse, qui produit une révolution politique. Et cette révolution culturelle n'a pas " tué " pas la culture, mais l'a installée au cœur de la société. Calvin et la Réforme font d'une ville de foires une ville du Livre et du livre, une capitale culturelle précisément. Et à ceux qui seraient tentés de s'appuyer sur ce passé glorieux pour purifier la ville présente de ses ferments et des lieux de contestation culturelle, on rappellera que la Réforme est un affrontement à l'institution culturelle (catholique) et aux institutions politiques (féodales) de son temps, et qu'elle constitue la République en usant de tous les moyens de la subversion. Les protestants du XVIe siècle squattent (les églises), déclenchent des émeutes, affrontent les forces de l'ordre, se moquent de la loi (fût-ce au nom de la Loi) et méprisent souverainement les pouvoirs en place. La Réforme, au XVIe siècle, les Lumières, deux siècles plus tard, les révolutions politiques qui les traduisent sont des négations violentes, et illégales par définition, de l'ordre existant. Cette négation est au cœur de toute création artistique, et donc de toute culture. Et si la négation artistique et culturelle de l'ordre existant est physiquement moins violente que la négation sociale et politique, elle en est la condition préalable : on ne se révolte que lorsque l'on conçoit qu'il est possible et légitime de se révolter, l'art et la culture disant cette légitimité en donnant à voir, à comprendre, à aimer ce qui était inconcevable avant que des créateurs l'eurent conçu. Quel rapport avec la situation présente, s'interrogera-t-on ? Aucun, précisément : le contraste entre la vigueur du projet culturel et politique de la Genève calvinienne et l'absence d'un tel projet, aujourd'hui, à Genève, est saisissant. Calvin a bon dos : aujourd'hui, c'est l'absence de la République dans les choix de politique culturelle qui tue la création culturelle.

02:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : genève, culture, raac, calvin | |  Facebook | | | |

Commentaires

Hum. Tout le monde admet qu'une fois la Réforme effectuée, Calvin a cherché à imposer un ordre aussi stable et clair que le catholicisme même, et que le but n'était pas tant de se rebeller que de bâtir un ordre nouveau, plus juste, mais pas moins ordonné. Servet et Castellion en ont fait les frais. C'est d'ailleurs vrai aussi des Lumières. Et Napoléon, qui en était l'héritier, a bien contraint la Genevoise Mme de Staël à rester à Coppet. Le vrai problème est dès lors, M. Holenweg, de trouver un principe qui ait une portée assez grande pour justifier le refus de suivre la règle commune, en proposant au fond une règle nouvelle, qui vaille mieux que la précédente. Mais il n'est pas vrai que toute rébellion présuppose l'existence d'un tel principe. Hugo même distinguait entre les deux. Marx a paru un certain temps posséder de telles justifications, de tels principes justifiant des résistances à l'autorité bourgeoise, mais peut-être que sa philosophie a perdu un peu de son lustre. Il faudrait soit le lui rendre, soit trouver autre chose. Mais le refus de la convention pour le refus de la convention ne mène à mon avis nulle part, même si dans le domaine culturel on a pu voir cela érigé en système: on a pu voir le génie assimilé à l'écart pris avec la masse. Le problème reste à mon avis que l'impulsion individuelle doit préexister à l'écart effectif; si celui-ci est issu d'une décision délibérée, je ne sais pas si on doit lui accorder une grande valeur.

Pour se réveiller, en d'autres termes, il faut avoir devant soi une belle lumière! Le réveil ne se décrète pas.

Écrit par : Rémi Mogenet | mercredi, 13 mai 2009

En d'autre termes le RAAC propose la creativité par obligation legale et des artistes fonctionnarisés. Nul doute qu'il va en emmerger de grandes oeuvres...

CE

Écrit par : Eastwood | mercredi, 13 mai 2009

Il faut remonter à très loin (Claude Ketterer peut-être) pour avoir à Genève un Ministre de la Culture digne de ce nom. Il n'y a eu ensuite que des accidents politiques, parfois sauvés par leurs conseillers avisés (René Emmenegger), parfois calamiteux (Alain Vaissade) ou très mal entourés (Patrice Mugny). Mais est-ce au Ministre de dicter sa politique? Lui se contente, dans le meilleur des cas, de jouer au mécène. Ce qui n'est pas désagréable! Bien sûr, il flingue de temps en temps un incapable. Mais ce n'est pas si souvent. Et s'il fallait flinguer tous les incompétents installés par ses prédécesseurs (Anne Bisang à la Comédie, par exemple) une vie n'y suffirait pas! Et Patrice Mugny n'est qu'un homme, catholique de surcroît!

Écrit par : jmo | mercredi, 13 mai 2009

Alerte au Mugny! Certains l'ont aperçu roder dans les combles de la cathédrale Saint-Pierre. Plus personne n'est certain de son aspect. Chacun tremble. Mythe ou réalité? Qui est le Mugny? Où est le Mugny? A qui va-t-il s'attaquer? Que va-t-il détruire? Faites-vos jeux!
Contre le Mugny, décorez vos maisons de rangs d'oignons et mugnyssez-vous de tea "sers". Le seul thé qui dissipe les cauchemars du Genevois.

Écrit par : Johanne | mercredi, 13 mai 2009

Ce qui tue la culculture, c'est la dictature élitiste des zinzintellectuels de gauche (pléonasme vicieux).

La culture populaire n'a besoin ni de ces infusoires en délire ni de l'argent des contribuables, elle a du public, elle !

Ainsi, si "nos" réalisateurs avaient, au besoin en s'addtionnant, le quart du talent qu'il faut pour tourner périodiquement un "Seigneur des anneaux" au choix, un "Jurassik Park" ou un "Harry Potter" parmi d'autres, ils pourraient, ensuite et à chaque fois, se financer dix ans de ces absconses hurlubeluteries à audience confidentielle, qui sont pleinement dans leur corde.

P.S. http://www.youtube.com/watch?v=KnzsiqLbVlM

Écrit par : Scipion | mercredi, 13 mai 2009

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