samedi, 18 avril 2009

Médecine à deux vitesses et en marche arrière

Hausse des primes maladie, taxation des patients

Une hausse moyenne de 10 % des cotisations d'assurance-maladie en 2010; des hausses pouvant aller, selon les caisses et les cantons, jusqu'à 500 francs de plus à paye, par assuré et par an : c'est ce que prévoit l'Office fédéral des assurances sociales (OFSP). On notera aussi, cerise sur le gâteau, cette proposition de l'Office fédéral de la santé publique : taxer tous les patients, avant chaque traitement, et à chaque consultation, d'une trentaine de francs pour inciter les malades à se rendre chez le pharmacien (où l'attend déjà sa franchise) avant de se rendre chez le médecin (où l'attendrait cette " taxe de consultation "). On rappellera enfin les menaces pesant sur les prestations de l'AI, les plans de " rationalisation " sévissant dans les hôpitaux, les entraves aux mesures de prévention des comportements à risques (de la clope à la malbouffe), et on aura décrit, dans les grandes lignes, ce qui se fait sous nos yeux : la perfection d'une " médecine à deux vitesses " qui se passent toutes deux en marche arrière.


Santé, conservation !
La hausse des coûts de la santé a vidé les caisses des assureurs (ils auraient, ensemble, perdu 800 millions de francs à fin 2008), et menacent de faire tomber leurs réserves moyennes sous le seuil légal des 11 %. Mais la disparité des situations selon les caisses et les cantons est considérable. Les hausses de primes envisagées, fortes en Valais et à Neuchâtel, très fortes à Berne, resteraient modestes à Genève, Frbourg, dans le canton de Vaud et dans le Jura. Genève, Zurich et Vaud ont contribué pour plus des trois quarts à la constitution des réserves des caisses, par l'accumulation de primes payées en trop pendant des années par les assurés, ce qui permettra d'y limiter les hausses de cotisations. Mais même dans ces cantons, on s'apprête à puiser dans le porte-monnaie des assurés, et à oublier, comme ailleurs, les belles, bonnes et rassurantes annonces opportunément faites juste avant le vote sur l'initiative populaire proposant l'instauration d'une caisse unique. Bref, en pleine crise économique, alors que le revenu disponible des personnes et des ménages stagne ou se réduit, et que le président de la Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS) prévoit que 75'000 personnes supplémentaires vont devoir recourir à l'aide sociale dans les trois prochaines années et ne pourront donc pas payer leurs primes d'assurance-maladie ; augmenter ces primes et donc réduire encore le revenu disponible, était certainement la dernière chose à faire -et c'est donc logiquement la première que le lobby des caisses (Santé Suisse) et ses relais politiques proposent de faire : " Toutes les pistes sont bonnes à explorer ", déclare le porte-parole du lobby. Toutes les pistes, surtout celles qui ne coûteront rien aux caisses mais taxeront les cotisants et les malades. Tout les dispositifs proposés depuis des années par les caisses et la droite concourent à dégrader la situation matérielle des patients les plus pauvres, qui sont souvent aussi les plus malades. Le système suisse d'assurance-maladie ne convient plus qu'à une seule catégorie de personnes : celles qui n'ont pas besoin d'assurance et qui ne sont pas malades.. Combien de temps et combien de hausses des primes, avant que la question d'une réforme complète du système, et de la constitution d'une véritable sécurité sociale, solidaire et fiscalisée, soit posée ?

01:53 Publié dans Santé, médecine | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : assurances | |  Facebook | | | |

Commentaires

Effectivement, il y a de quoi s'échauffer. De votre côté, vous considérez la réforme financière de notre système de santé, qui, soit dit en passant, est davantage un système de soins que de santé.
A la base, il y a tout de même la façon d'appréhender les maladies qui peut coûte plus ou moins cher.
Je fais un copié-collé d'un fragment de commentaire de aoki sur le blog d'hommelibre qui exprime très bien où nous en sommes dans notre limitation à nous soigner nous-mêmes, ce qui coûterait moins cher à la communauté:

"Ce qui ressort de ce débat - l'importance de la votation du 17 mai - c'est surtout de pouvoir garantir un choix culturel et social sur les moyens de se soigner. Mon regard la dessus est le suivant:
La médecine actuelle est devenue l'otage plus ou moins consentante de multinationales qui ont réussis à instaurer une logique de santé au niveau industriel et mondial. Cette mainmise sur tous les rouages de la santé qui se gèrent en terme de capital, de retour sur investissement, de rendement et de profits, avec une logistique de communication et d'images très efficace. Les réussites spectaculaires sont souvent rapides et superficielles et masquent les problèmes générés par ce types d'approches. Problèmes perçus surtout en termes de pertes financières, plus que de remises en questions du système.
Cela ressemble pour beaucoup à l'industrialisation de l'alimentation, et le lobbying archi-efficace des multinationales. Comme Monsanto pour le pire.
Dans les deux cas on parle de progrès et d'avenir par la technologie scientifique avec de très gros enjeux économiques à la clé et dans les deux cas la population se sent de plus en plus dépossédée de ses libres choix de mode vie."

Écrit par : Marie-France de Meuron | samedi, 18 avril 2009

Si l'assurance maladie était trop onéreuse, le 17 mai, une écrasante majorité d'électrices et d'électeurs enverraient le remboursement des frais de sorcellerie dans une oubliette qui serait tout de suite... oubliée.

Mais, ce n'est pas le cas. La multiplication par trois, quatre ou cinq des occasions et des possibilités de consulter aux frais des assurances, sera plébiscitée. Alors qu'on ne vienne pas m'em...der avec des histoires de médecine(s) à plusieurs vitesses et à marche arrière.

Je fais pleinement confiance aux gaspilleurs qui, voulant en avoir pour leur pognon, d'anthroposophes en naturopathes, d'acupuncteurs en réflexologues, de phytothérapeutes en homéopathes, en auront pour leur pognon. Voire pour le pognon des consommateurs de médecine plus raisonnables !

Écrit par : Scipion | samedi, 18 avril 2009

A l'époque du vrai Scipion, sans doute fallait-il consulter plusieurs fois pour obtenir un réel soulagement.
Actuellement, tout est beaucoup plus affiné, organisé même dans les thérapies que vous ne semblez connaître que très superficiellement. Alors justement, le geste adéquat au moment opportun permet de faire de très grandes économies en énergie vitale, temps et argent.

Écrit par : Marie-France de Meuron | dimanche, 19 avril 2009

"... le geste adéquat au moment opportun permet de faire de très grandes économies en énergie vitale, temps et argent."

En particulier avec les hypocondriaques, qui squattent les salles d'attente. En outre, s'il faut commencer par consulter pour définir quel type de rebouteux consulter, ça fait déjà deux consultations.

Écrit par : Scipion | mardi, 21 avril 2009

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