jeudi, 09 avril 2009

Droit démocratique ou mise au pilori?

Les communistes lancent une initiative populaire cantonale proposant de donner au peuple la possibilité de demander par voie d'initiative populaire la révocation d'un-e Conseiller-e d'Etat, procureur-e général-e ou conseiller-e administrative. Ça part d'un bon sentiment, d'un juste principe et d'une bonne idée (la preuve : nous l'avons eue, et l'avons toujours) mais ça arrive à une mauvaise proposition, qui s'apparente plutôt au tire-pipe sur magistrat-e (en gros : l'exercice auquel se livre le MCG en ce moment sur Charles Beer) qu'à un véritable droit populaire de révocation des autorités élues. La révocation populaire n'est pas la mise au pilori et devrait se traduire non par une révocation à la tête du client, mais par une révocation de tout le collège auquel il appartient. C'est d'ailleurs cette proposition là que nous fîmes en des temps fraîchement révolus, pendant la campagne pour l'élection de la Constituante (voir les articles 27, 36, 39 et 50 du projet disponible sous www.perso.ch/troubles/constitution.pdf).


Démocratie et réouverture de la chasse (à l'homme)
Toute autorité ne tenant, en démocratie, sa légitimité que du peuple, toute autorité doit pouvoir être révoquée par le peuple : ce vieux principe, qui fut l'une des revendications de la Commune de Paris, justifie que soit inscrit dans une constitution démocratique le droit populaire à révoquer les autorités élues. Encore faut-il ne pas se tromper de cible, d'arme et de munition : nous parlons ici d'un droit et d'autorités politiques; nous ne parlons ni d'un tir au pigeon, ni d'une mise au pilori. Or l'initiative lancée par les communistes ne propose que le droit de révoquer des individus, non celui de dissoudre un pouvoir. Les communistes jouent d'ailleurs de malchance : ils lancent leur initiative au moment même où le MCG s'en prend, pour manifester sa propre existence six mois avant des élections où il joue sa survie parlementaire, à un Conseiller d'Etat en particulier -et non au gouvernement et à sa politique. Or ce sont bien les institutions politiques, en tant que telles, qui doivent être l'objet du droit de révocation, et non les individus qui y siègent. Dans un système qui se veut et se dit collégial, tout membre d'une institution est co-responsable des actes de ses collègues, pour le meilleur et le pire, partageant les bénéfices des actions des autres dans la même mesure où il doit en assumer les débours et les échecs. Et si l'on veut, à raison, donner aux citoyennes et aux citoyens le droit de révoquer celles et ceux qu'ils ont élus, c'est la révocation du gouvernement, de la municipalité et des parlements qu'il faut proposer, sauf à réduire le droit de révocation à un droit au règlement de compte et les motifs de la révocation au délit de sale gueule, pour ne pas évoquer de plus sombres motivations encore -la couleur de la peau, la religion, le sexe, les préférences sexuelles, le mode de vie... Il y a un quart de siècle, Genève a aboli la chasse aux animaux. On ne va pas y réintroduire la chasse à l'homme.

22:32 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, élections, démocratie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Partiellement d'accord. Je crois que l'un des objectifs des cocos est aussi d'en finir avec cette collégialité qui signifie précisément que les élus finissent toujours par renoncer à leurs convictions une fois élus...

Si ça peut être un moyen de renforcer la conflictualité au sein des exécutifs et de rendre la politique plus claire, je n'y suis pas opposé. S'il s'agit de faire une chasse à l'homme personnifiée à la sauce MCG (révoquer Cramer pour les déchets napolitains, Beer pour le bonnet d'âne, etc.), c'est fondamentalement idiot.

Cela dit, c'est un droit démocratique supplémentaire, on ne va pas cracher dessus. Ca ne peut pas être mauvais en soi, tout dépend l'usage qu'on en fait. Rien n'oblige d'ailleurs à s'en servir.

Cela dit, si Yves Nidegger ou Olivier Jornot devaient une fois accéder au Conseil d'Etat, je serais le premier dans la rue pour récolter les paraphes pour le(s) faire tomber au plus vite.

Écrit par : Sandro Minimo | vendredi, 10 avril 2009

N'ayant pas lu le texte de l'initiative en question, mais parcouru le document en lien, j'en pense ceci: Vous citez la Commune de Paris en exemple. Bien que j'en cite souvent l'exemple, Mahkno et les makhnovistes ne sont pas ma seule référence, ni idolatré par moi. Ceci posé leur expérience est riches en enseignement. Hors, tant dans les "conseils" que dans l'armée makhnoviste, "les autorités" et officiers était élues et révocables si jugée défaillante. De plus, aucun avantage ne pouvait être retiré de ces situations. Il s'agissait d'un pouvoir par délégation. Ce n'est absolument pas une telle organisation qui amena leur défaite, mais un manque de puissance de feu de leur armée. Ce dernier point appartient à l'histoire. Il me semble, que vous confondez la campagne politique d'un parti (juste ou non, là n'est pas le propos)avec la potentielle volonté populaire. Le peuple semble, selon vous être en quelque sorte enfantin. Quant à vos craintes, " délit de sale gueule, pour ne pas évoquer de plus sombres motivations encore -la couleur de la peau, la religion, le sexe, les préférences sexuelles, le mode de vie..", elles me semblent en masquer un autre : la demande de résultat(s) d'une partie de la population, déception qui provient effectivement plus des attentes du peuple envers la gauche.
Effectivement, cette "gauche" (et ses ELUS)... et pas seulement à Genève, ni dans la seule Confédération, non plus qu'en Europe... A QUELQUE CHOSE A PERDRE, alors que le peuple lui...
Et vous, au fait, Monsieur Hollenweg?

Écrit par : Kurt Deroy | vendredi, 10 avril 2009

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