Acquittons le jury !

Imprimer

Bonne nouvelle : le front politique qui semblait s'être constitué, des socialistes aux libéraux en passant par les verts, les radicaux et les démo-chrétiens, pour appeler le peuple à condamner le jury populaire à mort, se désagrège : radicaux et verts ont lâché leur groupe parlementaire et leurs magistrats professionnels, et appellent désormais à refuser la suppression du jury. L'UDC et le MCG d'un côté du champ politique, l'AVIVO et " A Gauche toute de l'autre ", ont pris ou prendront très vraisemblablement la même position. Et au bout du compte, il n'y aura plus guère que le PDC, les socialistes et les libéraux (et encore : les derniers cités sont vacillants) pour récuser le jury. Le PS, les libéraux, les démo-chrétiens ? trois partis sur-représentés dans l'appareil judiciaire, et au sein desquels la corporation judiciaire est sur-représentée : on hésitera à ne voir qu'une coïncidence hasardeuse entre cette sur-représentation et le mot d'ordre de ces trois partis. On n'hésitera pas, en revanche, à recommander de voter " non ", le 17 mai, à la suppression d'une institution pas moins démocratique que celles qui en recommandent la mise à mort...

Eros, Themis et les professionnels de la profession
De quoi le jury est-il coupable, qu'on veuille le condamner à la disparition ? De dater de 1794 ? Et alors ? Le suffrage universel (masculin) aussi... va-t-on lui aussi le décréter atteint par la limite d'âge ? Le nouveau droit fédéral n'exige nullement la suppression du jury, s'il exige de l'adapter, là où il est institué (à Genève, en correctionnelle et aux Assises), aux changements apportés dans une indifférence quasi-générale à l'acte de juger. Mais il incombe toujours aux cantons d'organiser leurs tribunaux, et rien ne les empêche d'y maintenir le jury. Un avis de droit de l'ancien juge fédéral (socialiste, sauf erreur) Claude Rouiller conclut d'ailleurs à la compatibilité du jury et du nouveau droit fédéral, moyennant quelques adaptations, et relève au passage que les jugements rendus par des magistrats professionnels ne font pas moins l'objet de recours que ceux rendus par des jurys populaires, et ne sont pas moins fréquemment cassés. La justice est une chose trop sérieuse pour être laissée à des juges Elle est un principe trop important pour que les citoyennes et les citoyens soient tenus à l'écart de son application. Elle est un acte porteur de tels dangers (condamner un innocent, innocenter un coupable) qu'il convient, non de le faciliter, mais au contraire de rendre son accomplissement le plus difficile possible. Et surtout, le plus légitime possible. Etre jugé par ses pairs ou par une corporation n'a pas le même sens, et pas la même légitimité. Le jugement d'un jury est rendu par des sociétaires au nom de la société, le jugement d'un tribunal de magistrats par des " professionnels " membres d'un appareil d'Etat. Et l'amour et la justice n'ont peut-être qu'une seule chose en commun : si en faire profession ne vous interdit plus de reposer au cimetière de Rois, en réserver le monopole à leurs professionnel-le-s dévalue et l'amour, et la justice. Ce n'est tout de même pas trop demander que pouvoir choisir par qui on sera baisé ou jugé.

Lien permanent Catégories : Justice 2 commentaires

Commentaires

  • Excellente nouvelle!

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Bonjour M. Holenweg,

    il faut bien reconnaître que cette fois je suis bien d'accord avec vous.

    Gardons les jurés.

    Bien à vous,

    Stéphane

Les commentaires sont fermés.