mercredi, 08 avril 2009

Défendre les rentes, et après ?

Le référendum contre la baisse des rentes du 2ème pilier a abouti

Le référendum contre la baisse des rentes du 2e pilier a abouti, et largement, avec trois fois plus de signatures (150'000) qu'exigé. A elle seule, Unia a récolté 60'000 signatures (et aurait donc pu faire aboutir le référendum sans ses alliés -le PS, l'USS, le PdT, l'Avivo). La majorité du Parlement fédéral en avait décidé : à terme, le " taux de conversion LPP " devrait passer de 7% Ã 6,4%. Traduction : les rentes futures du 2ème pilier devraient baisser, d'ici 2015, et pour la seconde fois, d'environ 10 %. Cette mesure s'ajouterait à d'autres, du même genre : le taux de rendement minimum LPP a été diminué de 50 % entre 2004 et 2009, passant de 4 à 2 %, avec un effet cumulatif sur l'ensemble de la période de cotisation, une baisse de 2 point du taux de rendement aboutissant à une perte de capital d'un tiers après 35 ans de cotisation. Cette baisse du capital des assurés correspond à une hausse du profit pour les actionnaires des assurances privées, et des rémunérations de leurs dirigeants millionnaires. On votera donc sur la baisse des rentes du Deuxième pilier. Cela dit, on aimerait bien que les Suisses-ses se mobilisent aussi massivement lorsqu'il s'agit de défendre les droits démocratiques, ou le droit d'asile, que lorsqu'il s'agit de défendre leurs rentes personnelles.


Piller le deuxième pilier ?
Pour justifier sa proposition de baisser les rentes de la prévoyance professionnelle, la droite a prétexté à peu près tout et n'importe quoi : les mauvais rendements boursiers, les perspectives économiques, le vieillissement de la population… Les raisons du choix de la majorité parlementaire sont cependant bien plus triviales, et les pressions du lobby des assureurs privés, qui gèrent un tiers des montants en jeu, pèsent bien plus lourd que ces prétextes : la réduction des rentes s'inscrit dans une stratégie visant au remplacement progressif d'un " deuxième pilier " déjà contestable (il s'agit d'une retraite par capitalisation, et donc inégalitaire, en sus d'être fondée sur une épargne forcée) par un système purement privé, encore plus inégalitaire, et réservé à celles et ceux qui pourront se le payer. Bref, sous le voile des arguties techniques, se dissimule, assez mal, un objectif politique : parfaire la privatisation de la protection sociale, pour satisfaire l'appétit des assurances, qui cherchent constamment à réduire leurs obligations envers les cotisants pour réaliser un profit maximum. Jouer les rentiers contre les actionnaires, et les assureurs privés contre des fondations de prévoyance qui ont pour mission de servir les meilleures rentes possibles aux pensionnés, obtiennent de meilleurs rendements que les assurances privées, prélèvent des frais de gestion moins élevés, et ne demandent pas des diminutions de taux. La gauche en appelle au peuple, par un référendum, pour contrer la baisse des retraites. Mais sauver le Deuxième Pilier est un mauvais combat, parce que le Deuxième Pilier est un mauvais système. Et s'il faut tout de même, dans l'immédiat, combattre le pillage des rentes par les assurances-vie, leur interdire de gérer les avoirs du 2e pilier, et les réserver au fondations spécialisées, il faudrait surtout penser un autre système de retraite, privilégiant le premier pilier (l'AVS) censé couvrir les besoins vitaux (ce qu'il ne fait plus), et fondé sur un financement solidaire.. Bref : une véritable assurance sociale au lieu d'une épargne forcée.

01:22 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : retraites, avs, prévoyance, assurances | |  Facebook | | | |

Commentaires

Oui, et sans compter que les fonds du 2ème pilier et du 3ème, ont servi à boursicoter, et donc à ruiner maints et maints pays, et sur une misère sociale grandissante partout, avant la chute, les pertes etc. Mais Monsieur Hollenweg, j'ignore ce point, n'y a-t-il aucune loi existante (en admettant qu'une telle loi s'applique, hein?) pour leur faire "rendre gorge"?

Écrit par : Kurt Deroy | mercredi, 08 avril 2009

Bonjour Monsieur,

Je ne retiendrai ici que le vieillissement de la population, fait avéré, s’il en est, en prenant un simple petit exemple non sophistiqué (soit sans entrer dans un cadre trop technique avec prise en compte des intérêts, actualisation, revenu/s théorique/s des fonds gérés, projections actuarielles, etc.) :
- en primauté des cotisations le capital que je dois avoir à la retraite est de 1000 pour une espérance initiale moyenne de vie admise de 10 ans, soit une rente prévue annuelle de 100 ;
- arrivé à la retraite mon employeur et moi-même avons bien mis 1000 sur mon compte (ce qui ne serait assurément pas le cas dans les caisses publiques de retraite à système obscur et mal géré de primauté des prestations), mais l’espérance moyenne de vie est désormais de 15 ans, sans que rien n’ait été fait pour tenir compte (niveau des cotisations et/ou des rentes) de cette augmentation de l’espérance moyenne de vie.

La question que je vous pose : qui va payer ma rente après 10 ans et qu’elle sera la situation de la caisse de retraite ultérieurement si ne serait-ce que ce seul phénomène de vieillissement n’est pas pris en considération dès sa survenance connue et avérée, toutes autres choses restant égales, par ailleurs ?

Et je ne parle même pas ici du profond, pour ne pas dire scandaleux, problème des caisses publiques de retraite caché actuellement par les politiques et qu’il faudra bien résoudre un jour, à la charge des contribuables d’alors, bien évidemment, contribuables d’alors qui sont nos actuels enfants, car l’Etat est garant desdites caisses.

Écrit par : Claude Marcet | mercredi, 08 avril 2009

Monsieur Marcet,

Vos questions sont pertinentes!
Un seul homme est en mesure de répondre correctement à celles-ci. Brélaz Daniel, il se nomme!
Il est LE spécialste du calcul actuariel, (calcul des probabilités spécifique à la branche des assurances), domaine des mathématiques de niveau universitaire. Une branche des maths que ce "génie" maîtrise parfaitement par le verbe, mais branche qu'il est incapable de maîtriser dans les faits: il est assis dessus et il la scie! Une preuve qu'il doit s'agir d'une très grosse brnache, sinon il serait déjà parterre!

Je me permets de vous proposer la lecture d'un "billet" que j'avais pondu sur le sujet, il y a quelques temps déjà:
http://peresiffleur.blog.24heures.ch/archive/2008/05/08/mathematicien-ou-grand-calculateur.html

Écrit par : Père Siffleur | mercredi, 08 avril 2009

Il faut renforcer l'AVS, qui tabout des tabout permet une solidarité entre riches et pauvres en plus ! C'est d'ailleur pour cela que la droite conchie ce genre d'assurance sociale :

- Solidarité entre génération
- Solidarité des riches vers les pauvres

Écrit par : Djinius | mercredi, 08 avril 2009

@éditorialiste: La justice sociale est aussi un des Droits de l'Homme que je sache. Ou alors je n'ai pas lu mes classiques correctement.

Écrit par : Joel Bonjour | mercredi, 08 avril 2009

C'est en effet la question des assurances sociales dans son entier qu'il faudrait revoir, pour ne pas dire sauver de la déroute. Le système de capitalisation du 2e pilier a clairement démontré ses limites et sa propension à enrichir les sociétés qui gèrent les fonds de pension. Notre pays est sans doute bien trop conservateur cependant pour envisager une solution équitable et une initiative visant à fusionner AVS et LPP dans un système de redistribution ne recevrait probablement pas un tel soutien. Solution qui aurait pourtant le mérite de garantir le montant des prestations indépendamment des résultats des marchés financiers.

Écrit par : Yvan | mercredi, 08 avril 2009

@Père-siffleur, la foooooooorme!
@Yvan, bonjour, ça va? justement Kurt Deroy me parlait de vous, l'autre jour, "envie de raconter"... etc.

Écrit par : redbaron | mercredi, 08 avril 2009

Bonjour Monsieur,
Je n’ai pas eu le plaisir de lire une réponse de votre part à la question pourtant simple que je vous ai posée, à savoir qui va payer ma rente alors que le capital (initialement correct) mis en réserve n’est plus mathématiquement suffisant (ne serait-ce déjà que vous une raison d’augmentation avérée de la durée moyenne de vie) pour couvrir la somme totale à terme des rentes envisagées.
N’y-a-t-il à nouveau pas de réponse autre que celle : LES AUTRES ET ON VERRA BIEN APRES, D’AUTANT PLUS SI JE NE SUIS PLUS LA.
Au plaisir de lire votre réponse ... peut-être

Écrit par : Claude Marcet | jeudi, 09 avril 2009

"qui va payer ma rente ?"... mais vous, et vous seul : le 2ème pilier est un système de capitalisation, et personne d'autre que le rentier lui-même n'alimente le capital qui produit sa rente. La question que vous posez est légitime (et urgente) s'agissant d'un système de répartition comme l'AVS, où ceux qui cotisent aujourd'hui paient les rentes versées aujourd'hui -mais dans un système de capitalisation, elle n'a pas d'autre sens que celui de l'épargne (forcée, en l'ocurrence). Ce système est donc doublement injuste : il l'est parce qu'il reproduit dans les rentes les inégalités préalables de revenu, et il l'est ensuite parce que vous n'avez aucune garantie de toucher réellement la rente pour laquelle vous avez été contraint d'épargner mois après mois. C'est ce système qu'il faut remettre en cause... Et c'est le système de répartition, celui de l'AVS, qu'il faut renforcer, pas le système de capitalisation...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 09 avril 2009

Bonjour Monsieur,

Je crois que vous n’avez pas bien compris ma question (ou n’avez peut-être pas voulu le faire), car la réponse que vous me faites est malheureusement erronée.

En effet, dans le cadre précis de l’exemple que je vous ai présenté et qui n’est qu’un simple cas d’école que l’on rencontre actuellement déjà dans le système de la primauté des cotisations (je ne parle donc même pas ici du système de la fonction publique, soit celui de la primauté des prestations avec ses déficits structurels actuariels annuels qui déjà eux conduisent au monumental et inadmissible trou caché par les politiques, trou que devront combler les contribuables demain) ce n’est pas moi qui vais payer, mais les autres pour moi, sauf si ma rente diminue pour tenir compte d’éléments nouveaux et incontournables.

Je vous rappelle donc la donnée de base (que le rappelle très simplifiée uniquement pour l’exemple) telle que je l’ai présentée :
> j’arrive à la retraite avec 1000 de capital dans la caisse ;
> initialement je devais recevoir une rente de 100 pendant 10 ans ;
> l’espérance de vie a augmenté de 5 ans ;
> je vais donc toucher 1500, mais je n’ai mis que 1000,
donc sauf à réduire ma rente à 66,66 (modification du taux de conversion), ce n’est pas moi qui vais prendre en charge l’insuffisance de couverture initiale, MAIS BIEN LES SUIVANTS.

En ce qui concerne le système de répartition (AVS) que vous préconisez, avec des rentrées basées sur le salaire, c’est bien pour une première base, comme c’est le cas actuellement, mais un système de capitalisation (qui doit être maintenu) doit permettre à ceux qui veulent prévoir l’avenir (de moins en moins) de mettre de côté les moyens qui leur permettront d’envisager une retraite sans souci et de le faire sans se dire que ce qu’ils font c’est pour permettre aux imprévoyants d’en profiter. J’ai beaucoup mis dans ma caisse de retraite, car j’ai beaucoup travaillé pour ce faire, et j’admets donc sans nul problème une modification de mon taux de conversion pour tenir compte de la réalité économique du moment, mais nullement de voir mon capital se fondre dans une caisse pour permettre à ceux qui se sont “glandés” toute leur vie (bien souvent déjà à la charge des autres, mais ce n’est pas une généralité, j’en conviens) de venir profiter, la retraite venue, du fruit de mon labeur incessant.

Je vous rappelle encore qu’un problème majeur va encore nous arriver bientôt sur le coin de la figure, celui des caisses publiques de retraite pour lesquelles il va falloir déjà changer le système en celui de la primauté des cotisations (APRES QUE LES CONTRIBUABLES AIENT BOUCHE LES TROUS) et prévoir une gestion en parfaite corrélation avec la réalité économique (plusieurs aspects) du moment. Mais ce n’est pas encore demain la veille, car trop de politiques dépendent de la fonction publique (importance réelle du nombre de votants potentiels) pour asseoir leurs propres carrières et maintenir en place ... leurs propres acquis sociaux.

Écrit par : Claude Marcet | vendredi, 10 avril 2009

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