jeudi, 26 mars 2009

Le " mouvement social " : une machine à inclure

Depuis quelques années, la gauche politique emplit ses discours de références " citoyennes ", au " mouvement citoyen ", aux " actions citoyennes ", au " mouvement social ". Le qualificatif mesure l'ambition de ce qu'il qualifie : il ne s'agit pas de changer de société, mais d'inclure dans la société existante celles et ceux qu'elle a rejetés, comme si, en ayant admis qu'il n' a plus de révolutionnaires, il fallait se contenter de revendiquer qu'il n'y ait plus que des citoyens et des sociétaires " inclus " dans une société qu'il ne s'agirait plus désormais que d'étendre jusqu'à ses marges.


Le citoyen contre la plèbe
Brandissant le citoyen, le mouvement citoyen nie les classes. Brandissant le peuple, le mouvement populaire le dilue. Tout cela participe d'une triple crédulité : que la démocratie soit une alternative au capitalisme (alors qu'elle en est le produit), que l'Etat soit un rempart contre le libéralisme (alors qu'il en est l'instrument), que les " citoyens "  puissent être une base sociale (alors qu'il ne leur est demandé que d'être des individus abstraits). Dans nos pays, le "  mouvement citoyen "  est, par ses références autant que par celles et ceux qui pour l'essentiel le composent, un mouvement fondamentalement, social-démocrate, issu de classes moyennes que leur déréliction panique et qui transforment en principes les moyens de défendre leurs acquis en renégociant le contrat social et en " humanisant le capitalisme ".  La méthode de cet " mouvement social " est celle de la participation aux institutions, ou de la pression sur les institutions. Il n'est pas un parti politique, mais en faisant pression sur les partis politiques, il admet comme n'importe quel lobby le principe de la délégation politique, de la représentation parlementaire et gouvernementale, et le primat de l'apparence médiatique (le signe de la présence du mouvement dans le champ social est sa présence dans le champ médiatique, fût-ce à la faveur de la répression). Et on arrive à ceci, que l'Etat lui-même va faire dans le " citoyennisme ", et faire du mouvement citoyen un appareil social : un conflit survient, pour la maîtrise duquel les instruments idéologiques, répressifs et sociaux courants ne suffisent pas ? On organisera une " conférence citoyenne ", une concertation, une table-ronde, des " Etats généraux " (de la culture, de l'action sociale, de l'élevage de poules en batteries…). On écoutera les citoyens. On fera ensuite ce que l'on veut de ce qu'on aura entendu d'eux. Ils pourront toujours fournir caution à la répression des nouvelles classes dangereuses, des multitudes indisciplinées et des individus non contrôlés -bref, de la plèbe.

04:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : société | |  Facebook | | | |

Commentaires

"...le mouvement citoyen nie les classes..."

Chaque fois que j'entends parler de classes sociales, je pense à ces prolos du milieu du XIXe siècle qui, dans le meilleur des cas, ne mangeaient de la viande qu'une fois par mois, ainsi qu’à Pâques, à Noël et au Nouvel-An. Ils vivaient dans des appartements insalubres, sans eau courante ni tout à l’égout, travaillaient cent heures par semaine, avec une espérance de vie de 50 ou 60 ans peut-être moins, et leurs enfants entraient à l’usine à 8 ans…

Je me suis toujours demandé la tête que ferait tonton Karl, si une machine à voyager dans le temps lui permettait de côtoyer des « damnés de la terre », propriétaires de leur habitat, roulant voiture automobile et allant trois semaines à la mer en été et une semaine au ski en hiver. C’est peu de dire qu’il aurait l’air d’un c…

Écrit par : Scipion | jeudi, 26 mars 2009

je suis certaine d'avoir vu dans une statistique sur le travail des gens vers 1800-1850, qu'aujourd'hui on bosse plus que nos ancêtres, contrairement à ce qu'on croit !

Écrit par : Louise | jeudi, 26 mars 2009

Louise@ Là, vous vous moquez. les semaines étaient de 7 jours sur 7, les journées de 12, ou beaucoup plus, heures par semaine.
A 18 ans (en 1970), j'ai bossé (pendant mes vacances) dans une entreprise de BTP à Bex. J'ai rencontré un vieux maçon tout près de la retraite qui avait commencé à travailler à 13 ans, six jours par semaine, 12 heures par jour, pour quelques centimes de l'heure.
En Russie, avant 1917, certains devaient travailler 21 heures sur 24. La révolution bolchévique ne s'est pas faite par hasard : il n'y avait simplement pas d'autres choix. Le génie de Hitler a été de le reconnaître et de combattre ce genre de patrons en Allemagne...

Écrit par : Géo | jeudi, 26 mars 2009

@Scipion, pour le premier paragraphe: Et ça à changé tout seul?! Par la bienfaisance innée de la bourgeoisie? Si le sang des révoltes n''avait pas séché ou été absorbé par le sol, vous devriez vous déplacer avec une bouée! Et il faut y ajouter toutes le vies brisées par l'appétit insatiable de ces psychopates jusqu'à maintenant...

Deuxième paragraphe: Votre anti marxisme primaire vous aveugle. Enfin vous rend borgne, puisque vous parlez DES damnés de la terres, propriétaires, etc. Déjà, rien qu'en Suisse des propriétaires de leur logement y en a pas des masses! Ensuite, au condition du XIX ème siècle, les propriétaires des moyens de production, bagnoles, télé, marinas de bord de mer, n'ayant personne pour les acheter, devrait stocker leurs m.archandise, jusque sur le canapé Luis XV de leur salon.

Écrit par : Karlo | vendredi, 27 mars 2009

"Scipion, pour le premier paragraphe: Et ça à changé tout seul?!"

C'est-à-dire que le changement n'a pas vraiment été celui que prophétisait le hippie de Trèves :o)

"Si le sang des révoltes n''avait pas séché ou été absorbé par le sol, vous devriez vous déplacer avec une bouée!"

Pareil pour les cent millions de morts du communisme...

"Déjà, rien qu'en Suisse des propriétaires de leur logement y en a pas des masses!"

Certes, certes, mais pendant longtemps, les Suisses n'avaient pas vraiment intérêt à devenir propriétaires, à la différence des Italiens ou des Français, tout aussi, sinon plus, "damnés de la terre" que les Helvètes.

"Ensuite, au condition du XIX ème siècle, les propriétaires des moyens de production, bagnoles, télé, marinas de bord de mer, n'ayant personne pour les acheter, devrait stocker leurs m.archandise, jusque sur le canapé Luis XV de leur salon."

Et s'il n'y avait rien à vendre, personne ne gagnerait rien, donc personne ne pourrait rien acheter et Marx n'aurait jamais pu élaborer ses meurtrières, parce qu'aberrantes, âneries... Pour le reste, récrire l'histoire avec des "si" est l'exercice intellectuel le plus stérile qui soit, en même qu'une des façons les plus stupides de perdre son temps.

Écrit par : Scipion | vendredi, 27 mars 2009

Scipion, je parie que Karlo a fêté dignement les 40 ans de l'entrée de ces petits "camarades" avec leurs chars d'assaut à Prague ! Pour lui, le "Printemps de Prague" est une grande victoire des troupes de l'Union des Républiques Socialistes (j'insiste) Soviétiques ! La gloire du communisme quoi ! Il se peit qu'il n'ait pas connu l'invasion, par ces mêmes petits copains, de la Hongrie en 1956 !

Écrit par : Octave Vairgebel | vendredi, 27 mars 2009

" Il se peut qu'il n'ait pas connu l'invasion, par ces mêmes petits copains, de la Hongrie en 1956 !"

Que la "Voix z'Ouvrière" saluait comme une victoire du peuple hongrois ! La collection de l'alors quotidien qu'on trouve dans toutes les bonnes biliothèques universitaires, en témoigne.

Si vous avez un après-midi à perdre, c'est vraiment captivant... La mort de Staline a, elle aussi donné lieu à des épanchements qui peuvent briguer l'Award en catégorie lyrisme kitsch.

Écrit par : Scipion | vendredi, 27 mars 2009

Scipion, c'est certainement un des membres très influant du PSS qui trouvait fantastique Ceaucescu et qui félicitait son secrétaire général J.P. Mettral pour l'envoi des voeux pour les 40 et 45èmes anniversaires de la République Socialiste de Roumanie ! J'ai même lu qu'il estimait que la Suisse devrait prendre exemple sur la Roumanie ! 3 semaines après le dernier envoi, les roumains fusillaient le Génie des Carpates et sa femme au grand dam du Parti Socialiste Suisse ! Le PS a toujours eu des relations bizarres avec les grands dirigeants des pays de l'Est. Souvenez-vous qu'Helmut Hubacher passait ses vacances chez Honecker en RDA !

Écrit par : Octave Vairgebel | vendredi, 27 mars 2009

A geo

Ben en fait maintenant je me souviens où j'ai vu ça : à la Maison du Blé et du Pain à Echallens. Mais je crois que c'était valable pour les paysans de montagnes et/ou les vignerons, je sais plus très bien ! mais je vous jure que c'est vrai !
Ceci dit, dans l'industrie ça devait être bien différent... Quqoique je me souviens d'avoir lu un truc qui disait que pour les horlogers c'était le paradis, ils étaient pas stressés comme maintenant dans les fabriques de montres, alors ils faisaient des trucs bien, très travaillés (bon, maintenant aussi hein) parce qu'ils avaient LE TEMPS (si j'ose dire...)et qu'on leur mettait pas le feu au cul comme à nous. Enfin...pas tous...si j'écris ici cet après-midi c'est que j'ai pas trop les fesses en feu donc...crise oblige.
Oui je sais je suis d'une mauvaise foi écoeurante:-)

Écrit par : Louise | vendredi, 27 mars 2009

Louise@ Ce n'est pas très facile de se replacer dans les conditions antérieures. Il y a eu dans la condition ouvrière des situations extrêmement dures. Les jeunes Espagnols qui coulaient le plomb dans l'imprimerie lausannoise des années 50-60 qu'on renvoyait au bout d'une année pour éviter qu'ils ne crèvent de saturnisme chez nous.
Idem pour ces jeunes Turcs des fonderies françaises qu'on envoyait se jeter à 1 mètre de l'acier en fusion avec un seau d'eau pour le tremper. Poumons brûlés ils étaient renvoyés au même rythme dans leur Cappadoce natale pour y crever rapidement "fortune faite"...
Si vous voulez des témoins encore en vie je peux vous les fournir sans problème.

Si vous voulez vous faire une idée de ce que représente les capacités d'exploitation de l'homme par l'homme : allez en Afrique dans un petit bled et observez ces gamines de 5 à 10 ans qui triment du matin au soir pour leur "tante" et que les hommes du clan ne se gênent pas de tringler en prime tout en n'oubliant pas que les mégères de la zone lui ont coupé le clitoris avec un tesson de bouteille sale. Vous vous ferez ainsi une bonne idée de ce que le genre humain est capable de réaliser dans le domaine...

Écrit par : Géo | vendredi, 27 mars 2009

@Scipion, Alors on se défoule?

Écrit par : Karlo | samedi, 28 mars 2009

@Octave, Alors on se défoule?

Écrit par : Karlo | samedi, 28 mars 2009

@Scipion et Octave, pour que vous puissiez y aller à fond! Vous êtes à côté de la plaque! A tous les niveaux! Karlo fêterais plutôt la commune de Paris, avant la semaine sanglante et ses 100'000 morts (qui doivent s'être suicidés)

Écrit par : Karlo | samedi, 28 mars 2009

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