Dur, dur, Durban II

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Genève accueille dès le 20 avril une Conférence mondiale contre le racisme, devant dresser le bilan des mesures engagées depuis la conférence de Durban (Afrique du Sud), en 2001. Parallèlement, un Forum de la société civile et des ONG se réunira. La Conférence de Genève semblait assez mal partie : le Canada, Israël, l'Australie et les USA refusaient de participer à un sommet que nombre de pays arabes voulaient transformer en un procès du seul Israël, et auquel l'Organisation de la conférence islamique voulait proposer une déclaration finale condamnant la " diffamation des religions ". On s'acheminait vers un dialogue de sourds et un jeu de chaises musicales vides, quand un nouveau projet de déclaration finale a été présenté pour faire consensus. Mais consensus sur quoi ? Et acquis au prix de quels compromis ? " Aucune barrière de taille ne devrait plus entraver un résultat couronné de succès ", a déclaré la Haut Commissaire. Sans doute. Surtout si le succès d'une conférence se mesure à l'adoption finale d'un texte acratopège.

Examen, consensus et non-dits
" Nous avons une bonne et solide base de discussion pour entrer dans la dernière ligne droite de la conférence d'examen ", a déclaré Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits humains. " Conférence d'examen " de la lutte contre le racisme, donc. Menée par qui, cette lutte ? Par les Etats. Tous les Etats. Même les Etats racistes -et ils ne sont pas rares, si grande soit leur habileté à retourner l'accusation de racisme contre leurs propres accusateurs antiracistes -bonne vieille méthode dont use aussi l'extrême-droite raciste européenne et nord-américaine lorsqu'elle dénonce le " racisme anti-blanc ". On en est là : la banalisation du terme " racisme ", son usage pour désigner toute discrimination, finit par lui ôter toute signification. La confection du projet de déclaration finale de la conférence de Genève fut conflictuelle, avant qu'un obstétricien russe finisse par accoucher d'un texte valant au moins autant par ses non-dits que par son contenu, " substantiel " selon le Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme). Pour qu'un accord puisse se faire sur un texte, l'Organisation de la conférence islamique a abandonné son exigence d'y voir figurer une condamnation de la " diffamation des religions ", étrange concept vouant laïques, agnostiques et athées aux gémonies à la moindre critique contre une religion; en échange, la référence à la discrimination liée à l'orientation sexuelle a aussi été supprimée; les Africains, de leur côté, ont accepté que la question des réparations des méfaits du colonialisme ne figure pas dans le texte final. Dommage : d'entre ces méfaits, le moindre n'est pas l'installation par le colonisateur sur le départ, au moment des indépendances formelles des Etats africains, ou par les récupérateurs des luttes de libération, de régimes parfaitement odieux : Omar Bongo ou Robert Mugabe chantres de l'antiracisme, ce serait grotesque si ce n'était nauséabond.

MANIFESTATION CONTRE LE RACISME ET LA XENOPHOBIE
A l'occasion de la Conférence mondiale contre le racisme à Genève, et en solidarité avec le Forum de la société civile
Samedi 18 avril, 15 heures, Place Neuve

Lien permanent Catégories : Monde 1 commentaire

Commentaires

  • "...bonne vieille méthode dont use aussi l'extrême-droite raciste européenne et nord-américaine lorsqu'elle dénonce le " racisme anti-blanc "."

    Vous manquez de précision, sur ce point... précis. Voulez-vous dire que le racisme anti-blanc n'existe pas, ou estimez-vous qu'il est amplement justifié dans le contexte historique ?

    Que des blancs soient insultés, agressés, violés, tués pour certains, en raison de la couleur de leur peau, n'est pas vraiment niable* et, sans réponse de votre part, nous devrons conclure que vous estimez qu'il s'agit d'un juste retour des choses... Ce qui serait, je m'empresse de le préciser, votre droit le plus strict.

    *Pour plus di'informations : http://www.racismeantiblanc.bizland.com/

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