jeudi, 05 mars 2009

Danse macabre autour d'un pluralisme médiatique défunt

Que " Le Matin Bleu " disparaisse et que Tamedia reprenne les activités suisses d'Edipresse ne changera pas grand chose au " paysage médiatique " de ce pays, et ne réduira guère ce qui y subsiste de pluralisme de l'information écrite. On n'assiste pas à la mise à mort de ce pluralisme, mais à la danse macabre des marchands et des publicitaires, dont les dépendances entrecroisées (Publicitas détient encore un cinquième du capital d'Edipresse, un quart de celui de la Basler Zeitung, plus d'un quart de Hersant-Suisse, par exemple) réduisent la presse écrite au rôle d'étal de souk. Que le souk soit de moins en moins achalandé n'est sans doute pas sans expliquer les incestueuses épousailles annoncées hier ces jours : la publicité est en recul de 25 à 30 % dans les deux premiers mois de 2009, les offres d'emploi en recul de 70 % dans certaines régions. Deux crocodiles assoiffés convolent dans un marigot asséché…


Requiem
La fusion d'Edipresse et de Tamedia n'est pas un séisme; à peine est-elle une réplique, le moment d'un processus entamé depuis quarante ans. Ceux qui comme nous ont bientôt l'âge d'être candidats au Grand Conseil sur une liste de l'AVIVO se souviennent sans doute de ce temps où Genève comptait cinq quotidiens, où chaque courant politique et chaque parti politique avait le sien (un vrai journal, pas un bulletin de paroisse), où la Romandie comptait plusieurs dizaines de quotidiens, et la Suisse, s'il nous en souvient, autour de 300, dont une bonne dizaine de quotidiens socialistes, des AZ à la " Sentinelle ", en passant par la Libera Stampa et la Tagwacht... Las ! des cinq quotidiens genevois, il ne reste plus que la Tribune (encore s'est-elle vendue à Edipresse) et Le Courrier. Morte, La Suisse; mort, le Journal de Genève, morte La Voix Ouvrière. Et morts tous les quotidiens socialistes. Le paysage médiatique écrit n'a pourtant pas été ravagé. Il a seulement été normalisé. On lit encore la presse quotidienne en Suisse plus que dans n'importe quel autre pays " développé ", mais on a de moins en moins de journaux différents à lire -et ces journaux diffèrent de moins en moins par leur contenu. Quelques journaux indépendants résistent (la Liberté de Fribourg, par exemple), les plus acérés politiquement (Le Courrier de Genève, par exemple) s'exerçant depuis des années à un funambulisme financier les condamnant régulièrement à faire appel à la générosité de leurs lecteurs pour assurer leur survie, mais après tout, ce qui devrait être le lot commun de tous les media, s'ils ont quelque chose à dire et pas seulement quelque chose à vendre. Un journal qui vit par ses lecteurs se légitime par le fait même, un journal qui vit de la pub peut disparaître. On ne pleurera pas le " Matin Bleu ".

01:36 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tamedia, edipresse, presse | |  Facebook | | | |

Commentaires

La presse est bien le dialogue incessant entre les médias et le lecteur, beucoup de lecteurs notamment dit, d’où provient juste l’idée de ce pluralisme médiatique. C’est d’un jeu consciencieux, que le discours doit aller.

Écrit par : Caitlin - Photo Gallery | mercredi, 22 avril 2009

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