Union sacrée pour la défense du recel

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Mobilisation générale pour le secret bancaire

Le ton monte : on en est aux roulements de tambours et aux affiches de mobilisation générale pour défendre la vache sacrée, le totem, le tabou -bref, le secret bancaire, contre le complot étranger qui le menace et la cinquième colonne (avouons : nous en sommes...) qui oeuvre pour la défaite de nos armées de receleurs. " Faire Front ", titre l'édito du canard patronal " Entreprise romande ", qui somme " tous les Suisses et tous ceux qui aiment assez ce pays pour l'avoir reconnu beau et fort " (et riche) de " se lever pour le défendre. Comme on n'a jamais défendu un pays en temps de paix ". Pas moins. D'ailleurs, ponctue sur la gauche du plateau de " Léman Bleu " (horizon) le Che Velasco, " c'est la guerre ". Roulez tambours, sonnez trompettes, la patrie est en danger, aux armes citoyens et organisons la résistance…


Papy fait de la résistance
La guerre est donc déclarée. Et la Résistance des receleurs s'organise : " Ici Vaduz, les Helvètes parlent aux Helvètes " : au nom des FFI (Forces fiscales de l'Intérieur), le Vychinsky libéral de service, avant de passer dans une périlleuse clandestinité, dénonce dans Entreprise romande (organe des FTP, les Francs tireurs Patronbaux) les ennemis de l'intérieur " tout frétillants dans leurs manoeuvres de déstabilisation " : " Il faut appeler un chat un chat. Un traître un traître. Et un ennemi un ennemi ". A quoi, bien entendu, nous ne pouvons répondre de notre gouttière que par un fier, sonore et printanier " miaou !", puisque chat nous nous voudrions, que, comme Gorz, traître nous nous revendiquons, et ennemi des ces spadassins bouffons nous nous honorerions d'être ! Les ennemis, les traîtres et les chats sont d'ailleurs désignés dans le canard patronal par leurs noms de Judas, d'Iznogoud et de Mistigri : ils sont les socialistes en général, Christian Levrat et Carlo Sommaruga en particulier, mais aussi " certains Verts ", comme Antono Hodgers. Nos " résistants " en peau de lapin bombent le torse, appellent au combat et décrètent la mobilisation générale. Et tout ce tintamarre pour défendre quoi ? L'indépendance du pays, la démocratie, les droits humains, quelque grand principe ? Non : pour défendre le secret du recel ! " Ami entends-tu le cri sourd du secret bancaire qu'on malmène " ? Voui, voui, j'entends, il gueule assez fort pour que j'entende... Avec Hans-Rudolf Merz en de Gaulle, Pierre Weiss en Jean Moulin, le Vercors à la Bahnofstrasse et les Glières dans le quartier des banques, on est bien partis pour une belle page d'histoire héroïque que sanctifiera dans vingt ans un Malraux local tonnant dans le cimetière des Rois : " Entre ici, Pierre Mirabaud, avec ton cortège de courtiers... "

Lien permanent Catégories : Suisse 7 commentaires

Commentaires

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Bonjour M. Holenweg,

    si des failles commençaient à apparaitre dans le secret bancaire, les riches receleurs finiraient pas s'en aller sous d'autres lattitudes où des pays souverains ne se laisseront pas em..... par une pseudo morale venue d'ailleurs.

    Que direz vous aux dizaines de milliers de personnes qui risquent de perdre leur job, que moralement c'est mieux ainsi ?

    Réfléchissez aux conséquences qu'aurait l'abandon du secret bancaire... ormis le fait incontestable que l'on nous reproche d'appliquer la loi Suisse sur notre territoire... et ici l'évasion fiscale et les forfaits fiscaux ne sont en rien illégaux.

    Alors nous comptons sur vous, M. Holenweg, pour trouver les dizaines de milliers de postes de travail qui se jouent ces jours et facultativement les compensations financières pour maintenir le train de vie de l'Etat et garantir l'ensemble des prestations pour nos concitoyens.

    Bien à vous,

    Stéphane

  • Etant opposé depuis toujours à la soustraction fiscale et au fait que le secret bancaire la couvre, je voudrais tout de même vous dire, cher Pascal, que les accents belliqueux d'Entreprise Romande, pour déplacés qu'ils peuvent paraître, n'en sont pas moins réalistes et opportuns. Je dirais que si le ton est un peu forcé, le fonds est bon. Je m'explique.
    La Suisse présente un certain nombre de caractéristiques dignes d'un paradis fiscal, c'est indéniable et cela n'est pas ce dont je suis le plus fier dans ce pays qui m'a offert sa nationalité il y a quelques temps, après 40 années de séjour. Mais des Paradis fiscaux, il y en a d'autres. Notre principal concurrent, n'est autre que la Couronne britannique qui avec ses dépendances traite le quart de la fortune mondiale offshore. Exactement comme nous, à 1% près. La France, les Etats-Unis, la Chine et les Emirats Arabes Unis servant de parapluie à 90 % du reste...
    Au-delà de l'aspect moral des choses, il y a donc un aspect concurrentiel et un aspect pratique.

    L'aspect concurrentiel, auquel nous devons tous être sensible, c'est que la finance occupe la première place de notre économie, de nos emplois et de nos rentrées fiscales. Donc d'accord de moraliser, c'est même nécessaire, mais pas juste pour avoir le plaisir de voire partir la manne chez des concurrents moins scrupuleux, d'autant que la place financière suisse a de forts beaux arguments à faire valoir, à armes égales, en dehors du secret bancaire. Et que même d'un point de vue écolo, déclencher une décroissance dans un mouchoir de poche comme le notre ne servirait à peu près à rien.
    L'aspect pratique, c'est que si le but est de rétablir le droit pour les Etats d'imposer les grosses fortunes, droit qui me paraît légitime (même si dans mon livre l'Utopie Urgente, je suggère d'autres pratiques fiscales, économiquement et écologiquement plus productives), il ne sert à rien de supprimer un paradis en oubliant les autres. Il faut arriver à les contrôler et les limiter tous en même temps. Et la crise, comme la volonté retrouvée d'actions mondiales coordonnées en sont l'occasion toute trouvée.

    Maintenant pour les va-t-en-guette style UDC et autres messagers politiques à usage intérieur, il faut rappeler que l'on est dans un rapport de forces international et qu'il n'est pas en notre faveur. En appeler à l'alleingang, au réduit national et à la force de nos bras noueux n'a aucun sens. Le filon que nous avons su exploiter avec succès depuis 60 ans coule de l'étranger. Il passe aujourd'hui par des connexions bancaires informatiques et il est soumis aux lois de spays d'origine. Il est assez facile d'en interdire le flux, ou de faire en sorte que les fonds qui seraient ici ne puissent plus rapporter assez.

    Nous ne réussirons pas à convaincre l'étranger, ni leurs opinions publiques, ni leurs gouvernements, que l'évasion fiscale c'est bien et que nous sommes les gentils de l'histoire. Inutile d'essayer. Et il serait stupide de croire que d'une quelconque manière, nous puissions leur inspirer une crainte salvatrice. Ils nous considèrent sinon comme des voleurs, du moins comme des receleurs (dans le cas de l'UBS aux Etats-Unis, ce fut pour le moins du recel incitatif...), et ils n'ont donc aucune raison de se gêner.

    Notre seul objectif et notre seul espoir se conjuguent, cela doit être d'obtenir une réglementation globale, effective et simultanée de TOUS les paradis fiscaux sur la planète. Et de cette urgente nécessité, il faut convaincre les opinions publiques de par le monde. C'est le boulot de nos autorités et des pouvoirs économiques, mais pas seulement. Nous sommes tous ici des blogueurs, et il y a des arguments à faire valoir dans les blogs du monde entier, à commencer par le monde francophone.

    Je pense à ceux des grands médias, le Monde, l'Obs, Libé, mais aussi Agoravox et mêmes les blogs altermondialistes. Le message à faire passer, c'est celui de la réalité des paradis fiscaux, y compris ceux qui dépendent de la France. Lorsque tous seront sous contrôle, le monde tournera mieux et la Place financière suisse pourra faire honnêtement un travail honnête.

  • "Que direz vous aux dizaines de milliers de personnes qui risquent de perdre leur job, que moralement c'est mieux ainsi ?"

    A mon avis, si d'aventure il ne s'en fout pas complètement, c'est qu'il espère que les nouveaux pauvres qui en résulteront, viendront renforcer les maigres effectifs électoraux de sa mouvance politique, qui spécule largement sur l'échec et le ressentiment.

  • Vous connaissez tous cet insupportable sentiment d’injustice qui s’empare de nous quand on se fait « punir » pour une infraction et que votre voisin, qui a commis la même, échappe au châtiment. Il est tentant alors de pleurnicher, de se plaindre, « pourquoi moi et pas les autres?! ». Mais c’est trop tard. Le Roi a perdu son bénard.

    Qu’une partie importante de l’économie de notre pays ait été fondée sur une pratique qu’on peut qualifier au minimum d’indélicate vis à vis de nos voisins et partenaires, voilà qui ne fait plus guère de doute ; que les conséquences de cette indélicatesse, quand elle cesse d’être tolérée par ses « victimes », risquent d’affecter durablement l’ensemble des habitants de ce pays c’est évidemment regrettable. Mais les responsables de cette situation sont ici à Zürich, à Genève et pas à Washington, à Paris ou ailleurs. Le jésuitique distinguo que nos brillants condottiere bancaires prétendaient établir entre « fraude » et « évasion » n’a plus cours. Le discours, qu’on continue d’entendre, sur les taux d’impositions « excessifs » de ces états qui provoquent (provoquaient ?) l’afflux de capitaux en Suisse, accompagné du « c’est bien fait pour eux », n’est plus de mise.

    Il est un peu tard, quand on s’est fait prendre la main dans le sac, pour réclamer une « moralisation » générale des pratiques financières. Et l’attitude consistant à dire « si ce n’est pas moi qui le fait, ce sera un autre » n’est pas acceptable. L’hypocrisise des « autres » ne saurait servir de justification à la nôtre. C’est même l’occasion ou jamais pour « nos » banquiers de prouver qu’ils sont les « meilleurs » en ne se contentant pas de se comporter en receleurs.

    Car ainsi que le proclamait Freewheelin’ Franklin: «Smoking pot and drinking beer is like pissing into the wind! »

  • Ce n'est pas qu'une question de morale, Azrael. Et l'on n'est pas forcé d'attendre la réciproque pour agir, je vous l'accorde. Mais d'un point de vue politique, le but étant tout de même de rétablir un peu d'équité sur l'ensemble de la planète, il faut saisir l'occasion pour obtenir un contrôle de TOUS les paradis fiscaux.
    Cela sera plus sûrement atteint en passant par un processus de négociation généralisé, qu'en offrant d'entrée de jeu notre tête sur un plateau de manière unilatérale.
    Je dirais même que l'équité n'est pas forcément un but en soi, mais que l'existence d'hyperfortunes chiffrées en centaines de millions, milliards et mêmes dizaines de milliards est un danger pour la démocratie et l'équilibre de la planète, car les détenteurs de ces fortunes peuvent se reproduire et les transmettre en dépit de toute logique ou justice, en échappant à l'impôt et au contrôle démocratique.
    A ce niveau de fortune, ils peuvent acheter qui ils veulent et c'est dommageable. A cette nouvelle aristocratie de l'argent il faut opposer un contre-pouvoir et cela passe forcément par un contrôle des Paradis fiscaux internationaux.
    Il y a là une convergence d'intérêts entre ce que j'appellerai l'intérêt supérieur de l'humanité, l'intérêt particulier de l'économie suisse et même avec la morale, qu'elle soit protestante ou autre... C'est suffisamment rare pour ne pas la laisser passer

  • "il faut saisir l'occasion pour obtenir un contrôle de TOUS les paradis fiscaux. " : certes. Mais si on s'en tient à cet objectif, et qu'on remet au moment de cette abolition généralisée celui de l'abolition de NOTRE secret bancaire, les autres paradis fiscaux faisant d'ailleurs de même et usant du même prétexte pour ne rien remettre en cause de leurs pratiques, cet objectif ne sera rien d'autre qu'un horizon : une ligne virtuelle qui s'éloigne dans le même temps où l'on s'en approche. On n'est jamais en droit d'attendre des autres que ce qu'on est capable de faire soi-même...

  • Cette opposition met en effervescence tout le public. Une épopée de la soustration et du recèlement. Mais où donc sera-t-on capable de retrouver la solution ? je demeure muette pour l’instant...

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