• Retraite flexible et parachutes dorés

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    La droite manque de pot, mais pas d'air

    La campagne pour l'initiative syndicale (soumise au vote le 30 novembre) en faveur d'une AVS flexible n'avait pas commencé que s'abattaient déjà sur le bon peuple des prédictions affabulatrices et abracadabrantesques sur son coût. La droite politique et patronale s'apprêtait à faire feu de tout bois pour démolir, à grands coups de chiffres invérifiables, une revendication minimale : pouvoir prendre sa retraite dès 62 ans… Manque de pot : la crise financière, le sauvetage de l'UBS à coup de dizaine de milliards, les parachutes dorés des dirigeants de l'économie et la confirmation des subventions accordées aux partis politiques (de droite) par les banques, ont sérieusement entamé la crédibilité des adversaires de l'initiative et des experts autoproclamés convoqués en hâte pour expliquer à la fois que la retraite flexible coûterait trop cher et que les 68 milliards du sauvetage de l'UBS sont un bon investissement…

    Premier pas

    Sitôt annoncée la mise en votation de l'initiative syndicale pour " l'âge de l'AVS flexible ", les partis de droite et les organisations patronales s'étaient mis en campagne, à grands coups d'estimations invérifiables, en mobilisant moult experts et en faisant monter au front tout ce qui pouvait se mobiliser, du président de la Confédération au directeur de l'Office fédéral des assurances sociales. Las ! La crise financière a rattrapé ces hérauts de l'austérité sociale, et le bon peuple s'est mis à douter : si on peut trouver 68 milliards pour sauver une banque privée, ne pourrait-on trouver cent fois moins pour accorder à des travailleurs de 62 ans le droit de prendre leur retraite pendant qu'ils sont encore en état d'en profiter ? On entend moins prôner l'élévation de l'âge de la retraite à 70 ans depuis que de joyeux quinquagénaires ou de sémillants sexagénaires ont pu prendre la leur avec quelques dizaines de millions de primes, gratifications, indemnités et autres honoraires somptuaires, quels qu'aient été les résultats concrets de l'exercice de leur pouvoir sur les grandes entreprises qu'ils dirigeaient. Les crises sont révélatrices de réalités que les apparences de prospérité voilent. Et d'entre ces réalités, celle-ci : Aujourd'hui, la retraite anticipée est un privilège de nantis qui disposent de très solides deuxième, troisième, quatrième et Xèmes piliers. L'initiative syndicale pour la retraite flexible ne bouleverse rien (c'est d'ailleurs son défaut), et son adoption ne serait qu'un premier pas -qui ne coûterait pas grand chose. Mais on n'entame pas une longue marche sans ce premier pas, comme disait le Grand Timonier. Pas Couchepin, l'autre.

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  • Une droite soldée

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    Partis politiques ou succursales bancaires ?

    Ça n'est même pas une surprise, juste une confirmation : les banques subventionnent largement les partis de droite (UDC, PRD, PDC). Une subvention intéressée -autrement dit, un investissement, dont le retour s'est fait spectaculairement en pleine crise financière. En faisant renflouer l'UBS par la Confédération, sans garanties ni contrôle, la droite se renfloue elle-même. Des 68 milliards balancés par les caisses fédérales et la Banque nationale dans le grand trou creusé par l'UBS, quelques millions finiront donc dans les caisses radicales, démo-chrétiennes et udécistes. Ces partis sont, au sens littéral du terme, à la solde des banques. A-t-on d'ailleurs encore affaire à des partis politiques, ou seulement à des succursales bancaires ? Les ex-dirigeants de l'UBS peuvent bien ruminer aigrement dans leurs retraites, aussi dorée que leurs parachutes, l'ingratitude de leurs commis politiques : quand ceux-ci leur collent toute la responsabilité de la crise sur le dos, pour s'en disculper eux-mêmes, c'est aussi pour en disculper un système qu'ils veulent sauver. A tout prix…


    Arroseurs arrosés

    Selon une enquête du SonntagsBlick, les radicaux, le PDC et l'UDC reçoivent chaque année deux millions de l'UBS et du Crédit Suisse. Un investissement intelligent, de la part des banques : filer deux millions à des gens qui vous obtiennent 68 milliards quand il s'agit de vous renflouer, c'est assez bien vu. Mieux vu, en tout cas, que d'investir dans les subprimes américains. Que pouvait-on d'ailleurs attendre d'autre de ces partis, et de leurs élus, qu'une grande disponibilité à puiser dans les caisses fédérales et la Banque nationale pour arroser ceux qui les arrosent ? Après tout, la soumission du politique à l'économie est leur projet, et il n'est pas surprenant qu'il se manifeste par une solde versée aux partis bourgeois par les banques, comme on solde des mercenaires. Les bons comptes font les bons amis : L'UDC, dont la campagne électorale extraordinairement dispendieuse l'automne dernier avait démontré clairement qu'on pouvait remplir les urnes avec de l'argent, s'est particulièrement illustrée dans le soutien apporté au plan de sauvetage de l'UBS par l'Etat, tout en protestant de son adhésion à l'orthodoxie libérale et en demandant l'inscription du secret bancaire dans la Constitution... Le Parti socialiste exige que l'UDC, les radicaux et le PDC remboursent les sommes reçues de l'UBS et du Crédit Suisse. Bonne idée, mais à qui les rembourser ? à l'UBS, sauvée du naufrage par les fonds publics ? A la Confédération et à la Banque nationale qui ont fourni ces fonds ? ou aux contribuables de ce pays, à qui on n'a pas plus demandé leur avis sur le subventionnement des partis de droite par les banques qu'on ne le leur demandera sur le sauvetage des banques par les caisses publiques ?

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  • Ne plus acheter, pour ne plus se vendre

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    29 novembre : Journée sans achat

    Le 29 novembre se tiendra la " Journée Sans Achat " . A l'ordre du jour : ne rien acheter pendant 24 heures (ne rien acheter, pas ne rien voler ou ne rien troquer…) Organisée dans au moins 55 pays, la Journée Sans Achat veut nous interroger sur la réalité de notre société mercantile et consumériste, dénoncer une publicité omniprésente et une incitation permanente à amasser, se libérer d'un rêve de croissance infinie qui se transforme en cauchemar pour la majorité de la population humaine de la planète. A Genève aussi, la Journée Sans Achat sera l'occasion d'une critique de la marchandise, de la consommation et de la croissance. Cesser d'acheter pour ne plus se vendre : ça tombe au bon moment, et si la crise du système financier mondial, en faisant planer le " spectre de la récession ", pouvait concourir à une remise en cause radicale de nos comportements ?

    Ne plus consommer, mais consumer

    Une " Journée Sans Achat " pourquoi ? Pour se défendre de la marchandise, et de la mercantilisation. Pour remettre en cause la réduction de toute valeur d'usage à une valeur d'échange, de tout lien social à la propriété d'un signe d'appartenance (une bagnole, un home cinema, une console de jeu, un portable...). Cette socialisation de la marchandise, rigoureusement conjointe à la réification du lien social, est la marque du capitalisme socialisé. Ne pas acheter pendant un jour ne suffit évidemment pas à une critique de la marchandise, mais du moins en manifeste l'urgence. Pour le reste, et pour la suite, il n'est qu'un moyen de se délivrer de la marchandise : la détruire en tant que marchandise, c'est-à-dire détruire sa valeur d'échange. Celui qui détruit la marchandise s'en rend maître. Le gaspillage, le vol, le pillage, détruisent en effet ce qui, dans la marchandise, contient la valeur de l'exploitation du temps de travail qui l'a produite. L'exploitation ainsi niée, reste à nier aussi l'aliénation. Et à passer de la critique de la consommation à l'exercice de la consumation. On rejoint ici l'objectif que nous pouvons assigner à la décroissance : être non seulement l'instrument de la défense de l'environnement naturel contre les agressions humaines, ou de la défense des plus vulnérables d'entre les humains contre les actes et les comportements des privilégiés, mais être surtout la charge d'explosif dynamitant un ordre social fondé sur l'impératif de produire toujours plus, de consommer toujours plus, et de n'être plus que producteurs et consommateurs -surtout pas citoyens.

  • " Langage du peuple " ou conneries de bistrot ?

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    Congrès du Parti socialiste suisse :
    " Langage du peuple " ou conneries de bistrot ?


    Après deux jours de débats parfois laborieux, le Parti socialiste a donc adopté un " positionpapier " (en tudesque dans le texte) sur la " sécurité ". On se souvient que la première version, ouvertement social-xénophobe, de cette proposition de prise de position avait suscité, outre les ricanements d'une UDC, assez satisfaite de voir ses obsessions légitimées par son principal adversaire politique, une levée de boucliers en Romandie et dans la gauche du parti, et une avalanche d'amendements destinés à corriger le tir. La seconde version du texte, intégrant une bonne partie de ces amendements, corrigeait effectivement le tir -mais sans pour autant renoncer à l'ambition exprimée de récupérer un électorat " populaire " en tenant ce qu'un délégué alémanique au congrès a désigné comme étant " le langage du peuple ". Exercice qui a essentiellement consisté à reformuler en dialecte politiquement correct les conneries entendues au bistrot. Au final, le PSS a produit un texte bancal, contradictoire, nappant de références " de gauche " des propositions franchement de droite.

    S'en prendre aux mendiants plutôt qu'aux banquiers ?

    Le parti socialiste cherche ses marques, parce qu'il les a perdues, et qu'elles se sont dissoutes dans des stratégies carriéristes personnelles, couronnées de succès électoraux non moins personnels (ceux des Daniel Jozitch, Chantal Galladé ou Simonetta Sommaruga, par exemple) sur fond de défaites électorales collectives. Les Romands, la Jeunesse socialiste, les Femmes socialistes ont tenté, sans grand succès, d'extirper du texte " sécuritaire " du parti les relents de xénophobie, de paranoïa, de populisme graveleux, qui y étaient resté. Et qui y ont été maintenus, à l'exemple de ces passages du texte légitimant la " double peine " (prison plus expulsion) pour les " étrangers délinquants ", la vidéosurveillance et la répression de la mendicité. Qu'est-ce qu'un paragraphe sur la lutte contre la mendicité fait dans un texte socialiste sur la sécurité ? Est-ce que les mendiants menacent la sécurité ? Est-ce que la mendicité est un facteur d'insécurité ? Est-ce que la pauvreté est un crime, dont il faille punir les pauvres ? De quels mendiants parle le PSS ? De ceux qui nous dépouillent de près de 70 milliards pour sauver l'UBS, ou de ceux qui nous demandent un franc à l'entrée de la poste ou de la Migros ? Il a largement été fait allusion lors du congrès socialiste à la vieille métaphore libérale de la " main invisible " organisant spontanément le marché. La main des mendiants, elle, est visible. Contrairement à la main des pickpockets puisant dans les fonds publics pour nous faire payer à tous le prix de leur arrogance et de leur incompétence. Et c'est aux mendiants que le PS devait s'en prendre ?

    (voir dans les commentaires le texte de l'intervention genevoise à propos des mendiants)

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  • Cité de Calvin et bûcher de Servet

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    Commémorations : choisis ton camp, camarade…
    Cité de Calvin et bûcher de Servet


    Lundi 27 octobre, cela fera 455 ans que Michel Servet, médecin, philosophe, théologien et géographe aura été brûlé vif pour hérésie à Champel. L'année prochaine, on célébrera le 500ème anniversaire de la naissance de son accusateur : Jean Calvin. Calvin n'a pas allumé lui-même le bûcher de Champel. Il a seulement produit le réquisitoire théologique qui a mené Servet au bûcher. On commémorera abondamment la naissance de Calvin, et la fondation du Collège, dans les mois à venir. On parlera peut-être un peu de Servet, pendant quelques jours. Le premier a sa statue, imposante, sur le mur, imposant, des Réformateurs. Le second, une petite stèle expiatoire érigé par quelques " disciples fidèles " (et contrits) du " grand Calvin ", plaidant pour qu'on lui pardonne une " erreur qui fut celle de son siècle ". Qu'on la pardonne, ou qu'on l'oublie ?

    Calvin vous gonfle ? Gonflez Calvin !

    Le Grand Conseil a décidé de contribuer pour un demi-million au financement des manifestations de la commémoration calvinienne : congrès scientifique, spectacles et animations au centre-ville, concerts, " village huguenot " dans le parc des Bastions (avec participations de hooligans le jour de la Saint-Barthélémy ?) expositions au Musée de la Réforme et à la Bibliothèque de Genève, conférence à Saint-Pierre, publications diverses, timbre-poste spécial, calendrier illustré par des bédéistes, édition d'un " Calvin pour les nuls ", culte en Eurovision et gadgets divers (swatch, stylo, pilulier...), les édits somptuaires étant passés de mode (quoiqu'une bonne récession pourrait les y ramener). Mais il manque quelque chose à ce programme. Quelque chose sans quoi aucune manifestation d'envergure ne saurait plus se tenir à Genève : une baudruche au-dessus du jet d'eau. Nous lançons donc ici une souscription pour le financement de ladite baudruche, à l'effigie de Jean Calvin. Baudruche qui devra, elle, résister au vent, à la bise, aux encycliques papales, à Tariq Ramadan, aux vengeurs de Michel Servet et aux partisans de Sebastien Castellion. Envoyez vos chèques à Jean-Pierre Jobin : s'il n'y a pas assez pour se payer une baudruche, on se payera un banquet.

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  • La prison ? Brisons-la !

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    " La privation de liberté (est) le plus sûr moyen d'insulter à l'être, de l'abaisser pour l'atteindre dans son âme, dans ce qu'il a d'unique et de singulier "
    (Julien Green)

    Dans un discours de 1847 à propos de la loi sur les prisons, Victor Hugo adjurait les parlementaires : " Dans le temps où nous sommes, on flatte beaucoup le peuple. Messieurs, ne le flattons pas, aimons-le "... Du temps où l'on " flatte le peuple ", pour mieux l'abêtir, nous ne sommes pas sortis : c'est au nom du " peuple " qu'on réclame l'agrandissement des prisons existantes, la construction de prisons nouvelles, d'établissements spécialisés pour les jeunes prisonniers, les prisonnières, les prisonniers souffrant de troubles psychiatriques, les prisonniers en instance d'expulsion vers des prisons pires que les nôtres -celles des pays qu'ils ont fui. C'est au nom du " peuple " qu'on réclame l'imprescriptibilité de certains crimes, l'enfermement à vie de certains criminels, quand ce n'est pas purement et simplement le rétablissement de la peine de mort, faute sans doute de pouvoir réclamer celui de la torture.

    Le vol du temps
    Là où le monde dont nous sommes, et voulons changer se révèle le plus clairement à nous, c'est là où il croit nous priver le plus sûrement de toute possibilité d'agir sur lui -et à plus forte déraison, contre lui. Sommes nous si sûrs de ce que nous faisons habituellement, qu'il nous faille en prendre le deuil lorsque nous ne pouvons plus le faire ? si efficaces " dehors " que nous serions impuissants " dedans " ? si libres dans la rue, au travail, en famille, dans nos organisations, que la prison serait l'ombre de cette lumière ? De quoi la prison nous ampute-t-elle ? De temps. Lorsque vous aurez dépouillé la prison de tout ce qu'elle a de stupidement, d'inutilement, de sadiquement vexatoire, et que vous serez débarrassés du fatras de prétextes politiques la recouvrant pour mieux en celer la réalité, vous la rendrez visible pour ce qu'elle est : la plus efficace et la plus formidable machine à voler le temps des hommes et des femmes qu'on y enferme. Pour le reste, la prison n'est pas un monde hors du monde : elle est la caricature du monde qui la produit, et ses tares sont celles de la société qui l'a instituée comme un lieu de mise à l'écart, un lieu de surveillance et un lieu de punition, et qui prétend encore contre toute évidence en faire un lieu de rééducation, de resocialisation et d'amendement -prétentions que la simple observation des faits suffit à rendre risible. Instrument de l'Etat de Droit, elle laisse les droits derrière sa porte, et le droit du plus fort et du plus riche régner en ses murs, en y produisant plus de violence encore que celle dont elle prétend préserver la société. La prison est une survivance d'âges obscurs dont nous peinons à nous défaire. Post tenebras lux ou Post tenebras semper tenebrae ?


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  • Le verdict des burnes

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    17,5 % de femmes à la Constituante, une seule élue socialiste, aucune élue de SolidaritéS ou des associations :
    Le verdict des burnes

    14 femmes, pas une de plus, ont été élues à la Constituante. Et cinq jeunes de moins de trente ans, pas un-e de plus. Une Constituante à plus de 80 % masculine, composée pour près de la moitié par des sexagénaires et des septuagénaires. L'âge moyen des futurs auteurs du projet de " Constitution genevoise pour le XXIe siècle " est de 56 ans. Pendant la campagne électorale, on nous avait jusqu'à plus soif asséné cette vérité première : on écrit une Constitution pour les générations futures. Version raccourcie : on écrit la Constitution de nos enfants. En fait, ça sera plutôt la Constitution des petits enfants ou des arrière-petits enfants de Constituants dont la majorité sera à la retraite (ou morts) quand la Constitution entrera en vigueur. Pour le renouvellement du personnel politique, c'est raté. Pour celui de la Constitution, on attend de voir.

    Le Männerchor de Genf

    Quatre des onze listes représentées à la Constituante, dont la liste associative et celle de SolidaritéS, ne comptent aucune élue (et la liste socialistes " pluraliste "n'en compte qu'une seule). La moyenne d'âge des élu-e-s elle est de plus de cinquante ans pour toutes les listes sauf celle des Verts, de plus de soixante ans pour celles de l'AVIVO et de SolidaritéS. Dans un communiqué, le PS exprime sa " grande déception " à propos de la " portion congrue réservée aux femmes ". Il a raison, le PS. D'autant qu'aimant se présenter comme à l'avant-garde du combat pour l'égalité des droits, il se retrouve dans la Constituante avec l'un des groupes faisant aux femmes la portion la plus " congrue ". Mais aussi, vu le grand nombre de candidates placées en tête des " viennent ensuite ", dans la meilleure position pour corriger cette situation lamentable et faire entrer quelques jeunes écrevisses dans ce panier de vieux crabes : il suffirait d'en faire renoncer trois ou quatre à leur élection. Et comme on ne fera ni au PS, ni à SolidaritéS, ni aux associations, l'injure du moindre soupçon d'hypocrisie, on attend avec une impatience non dénuée de scepticisme cette belle manifestation de cohérence et on félicite d'avance les vieux mâles dominants qui renonceront au bénéfice de la loi salique. Moins naïvement, on misera sur la mauvaise conscience de gauche pour espérer une éruption de féminisme compensatoire, et on attend donc ces propositions que le PS promet, pour forcer le Männerchor de Genf à devenir un chœur mixte. Il s'agit donc d'intégrer dans le projet de constitution des règles contraignant les institutions et les partis politiques à respecter concrètement l'égalité des droits, en changeant totalement de comportement pré-électoral. Mais on n'est pas vraiment sûrs qu'ils y soient prêts, ni qu'ils y aient intérêt.Le Männerchor de Genf
    Quatre des onze listes représentées à la Constituante, dont la liste associative et celle de SolidaritéS, ne comptent aucune élue (et la liste socialistes " pluraliste "n'en compte qu'une seule). La moyenne d'âge des élu-e-s elle est de plus de cinquante ans pour toutes les listes sauf celle des Verts, de plus de soixante ans pour celles de l'AVIVO et de SolidaritéS. Dans un communiqué, le PS exprime sa " grande déception " à propos de la " portion congrue réservée aux femmes ". Il a raison, le PS. D'autant qu'aimant se présenter comme à l'avant-garde du combat pour l'égalité des droits, il se retrouve dans la Constituante avec l'un des groupes faisant aux femmes la portion la plus " congrue ". Mais aussi, vu le grand nombre de candidates placées en tête des " viennent ensuite ", dans la meilleure position pour corriger cette situation lamentable et faire entrer quelques jeunes écrevisses dans ce panier de vieux crabes : il suffirait d'en faire renoncer trois ou quatre à leur élection. Et comme on ne fera ni au PS, ni à SolidaritéS, ni aux associations, l'injure du moindre soupçon d'hypocrisie, on attend avec une impatience non dénuée de scepticisme cette belle manifestation de cohérence et on félicite d'avance les vieux mâles dominants qui renonceront au bénéfice de la loi salique. Moins naïvement, on misera sur la mauvaise conscience de gauche pour espérer une éruption de féminisme compensatoire, et on attend donc ces propositions que le PS promet, pour forcer le Männerchor de Genf à devenir un chœur mixte. Il s'agit donc d'intégrer dans le projet de constitution des règles contraignant les institutions et les partis politiques à respecter concrètement l'égalité des droits, en changeant totalement de comportement pré-électoral. Mais on n'est pas vraiment sûrs qu'ils y soient prêts, ni qu'ils y aient intérêt.

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  • Sauvetage de l'UBS : Non à l'acharnement thérapeutique !

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    On chipote sur le financement des assurances sociales, mais au chevet des grandes banques, les états d'âme budgétaires se dissipent comme brume au soleil : Six milliards de francs vont directement sortir des caisses fédérales et être injectés dans l'UBS sous forme d'un prêt à 12,5 % remboursable en 30 mois (si l'UBS peut le rembourser), et 54 milliards de francs sont empruntés (à intérêt) par la Banque Nationale à la Réserve fédérale américaine, pour être balancés dans un fonds spécial (basé… aux îles Caïman) reprenant les actifs pourris de l'UBS. L'impact sur les bénéfices de la BNS et donc sa redistribution aux cantons et à la Confédération est " difficilement prévisible " nous disent des " experts " devenus beaucoup plus prudents qu'il y a quelques semaines, lorsqu'ils paradaient du haut de leur immarcescible compétence…

    Banque sous perfusion ou suicide assisté

    Le " plan de sauvetage " de l'UBS par la Confédération, avalisé au nom de la " sauvegarde des intérêts du pays " (confondus avec ceux de la banque), ne sera pas soumis aux Chambres fédérales, puisque le Conseil fédéral a choisi, comme en temps de guerre et de pleins pouvoirs, de légiférer par ordonnance. C'est dire si la pilule est amère (en plus d'être d'une efficacité douteuse). La gauche voulait que le parlement se prononce, la droite ne lui fera pas ce cadeau politique, qui menacerait le cadeau financier. " On fait au niveau suisse ce que Genève et Berne ont fait pour leurs banques cantonales ", pontifie Jean-Pierre Ghelfi, président de la Banque cantonale neuchâteloise. Peut-être, mais les banques cantonales genevoise et bernoise étaient des banques publiques -pas l'UBS, banque privée qui ne s'est jamais privé de donner des leçons de libéralisme. Et a d'ailleurs été très libérale dans la distribution de primes de départ à ses anciens responsables. On débloque donc (le terme s'impose) soixante milliards pour sauver l'UBS de la banqueroute, sans rien exiger (ou presque) en échange. La droite applaudit, tout libéralisme rentré. Le PSS a annoncé un plan " alternatif " à celui monté par le Conseil fédéral. Pour le PS, si l'Etat investit massivement (et aventureusement, puisqu'il s'agit de racheter des titres pourris) dans l'UBS, il doit pouvoir exercer un véritable contrôle sur la banque, et pouvoir plafonner les salaires mirobolants de ses dirigeants On est bien contents qu'il y ait un plan " alternatif ". Mais on se demande tout de même si la véritable alternative ne consisterait à appeler au chevet du système financier international, et de l'UBS, non pas les banques centrales, mais Exit et Dignitas.

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  • Genève accouche d'une Constituante de vieux mâles universitaires

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    Genève accouche d'une Constituante de vieux mâles universitaires :
    Qu'en faire ?


    De tous les processus politiques, le processus constituant devrait être le plus démocratique -à Genève, il sera oligarchique : 80 personnes représentant 15 % de la population vont rédiger la Constitution de tout le monde. L'assemblée chargée de rédiger une nouvelle charte fondamentale de la République n'aura finalement été élue que par un-e habitant-e de la République sur six : la majorité de la population en avait été exclue d'emblée, la majorité de celles et ceux qui pouvaient malgré tout participer à cette élection ne l'ont pas fait, et une bonne partie de celles et ceux qui l'ont fait, l'ont fait pour rien, leurs listes préférées n'ayant pas obtenu le quorum. Et la question reste posée : Genève a mollement consenti à élire une Constituante. Mais pour en faire quoi ?

    " Ni rire, ni pleurer "
    (Spinoza)

    Si l'abstention a été aussi importante que prévu, si les listes des partis représentés au Grand Conseil ont comme prévisible raflé près de 80 % des sièges, la plupart des listes " associatives " échouant devant l'obstacle du quorum (on ne pleurera d'ailleurs pas sur " Halte aux déficits ", " Pic Vert " et " propositions.ch "), l'élection de la Constituante genevoise a tout de même été marquée par quelques surprises -et elles sont généralement bonnes. D'abord, l'échec de la liste patronale et le succès de celle de l'AVIVO : avec dix fois moins de moyens financiers que la première, la seconde obtient moitié plus de sièges : la compétence en matière d'investissement productif ne se niche pas là où on la proclame. Ensuite, le fait que, menacées par la barre du quorum, les listes de SolidaritéS et des Associations l'ont finalement franchie. Enfin, un rapport de force équilibré s'établit au sein de l'Assemblée constituante entre la gauche (au sens large) et la droite (toutes tendances confondues) : on est loin de la Chambre introuvable dont le Grand Conseil fournit l'image depuis trois ans. Ce bilan " globalement positif ", comme disait l'autre, recèle néanmoins quelques lignes saumâtres : on regrettera, sans en être surpris, l'échec de la liste des femmes et d' " Expression citoyenne " : ces listes étaient de trop (elles auraient dû se joindre à la liste des associations et la renforcer). On regrettera aussi la place très réduite faite aux femmes et aux jeunes au sein des élus socialistes -et d'une manière générale, de la Constituante : cette assemblée sera mâle, mûre et notabiliste. Et si la menace d'un projet de constitution totalement réactionnaire s'estompe, la chance d'un projet de constitution radicalement réformiste se dissout dans le même temps. A élection tiède, assemblée tiède : on n'attendait guère mieux, et on craignait bien pire.

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  • Constituer l'autre Constituante

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    Il faudra forcément nous y mettre :
    Constituer l'autre Constituante 


    On saura demain de quoi sera faite la Constituante. Disons-le : nous n'attendons pas grand'chose de ces résultats. Les conditions posées à l'élection de cette assemblée en ont, avant même que la première des listes ait été déposée, dévalué la légitimité : l'instauration d'un quorum, même abaissé, l'exclusion des étrangers du corps électoral, à elles-seules ces deux restrictions pèsent lourd : la Constituante ne pouvait être élue que par une minorité de la population; l'abstention s'ajoutant aux restrictions légales, l'assemblée ne sera finalement élue que par une minorité de la minorité -de laquelle il faudra encore retrancher toutes celles et tous ceux dont les suffrages se seront portés sur des listes n'ayant pas obtenu le quorum, et qui auront finalement " voté pour rien ". La nouvelle Constitution de la République sera donc vraisemblablement rédigée par une assemblée élue par 15 % de la population de ladite République. A moins de trouver le moyen de faire sortir le travail constituant de l'assemblée constituante. Et de constituer l'autre Constituante : la vraie. De celle-là, en tous cas, nous voulons être.
     
    Des " Sentinelles de la liberté " aux " Sentinelles de la Constituante "

    Quel que soit le résultat de l'élection de dimanche, quel que soit le rapport des forces politiques qui s'y établira, que les listes " associatives " y soient représentées ou non, que la gauche y soit représentée en proportion de sa force électorale ou, comme au Grand Conseil, de son incompétence tactique, et que nous mêmes y soyions, (invraisemblablement) élus ou (vraisemblablement) non,  il nous faudra faire sortir le débat constituant de la Constituante. Les vases clos peuvent convenir aux mictions ou aux cendres des aïeux, pas à des choix démocratiques. Sitôt l'assemblée constituante élue, il faudra donc commencer à la subvertir. De l'intérieur et de l'extérieur (comme il convient de le faire de nos propres organisations politiques). Et puisque nous nous sommes appropriés la fonction de " Sentinelles de la liberté ", il nous faudra être " Sentinelles de la Constituante " : surveiller les travaux de l'assemblée, en rendre compte, y participer d'une manière ou d'une autre, qu'on y siège ou non, faire nos propositions, les relayer, organiser régulièrement des réunions et des débats pour finalement opposer à la Constitution mollement consensuelle qui sortira probablement du cénacle un projet de constitution " radicalement réformiste " (à défaut de désir de révolution), et trouver le moyen de faire de cette opposition un véritable choix offert au " peuple souverain " au moment du vote populaire final. Subvertir la constituante, parce que la Constitution est une chose trop sérieuse pour être laissée à des constituants patentés.

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  • Vers un salaire minimum, enfin ?

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    Initiatives populaires, motion syndicale :
    Vers un salaire minimum, enfin ?


    A Genève, SolidaritéS a fait aboutir son initiative populaire cantonale pour un salaire minimum ; au sein de la Constituante qui sera élue dimanche, la proposition d'inscrire dans la constitution cantonale le principe d'un salaire minimum sera faite, toutes les listes de gauche ayant inscrit cette revendication à leur programme constitutionnel ; dans le canton de Vaud, la même proposition a été faite (l'initiative genevoise s'en inspirant) ; une initiative parlementaire à été déposée à Neuchâtel, une initiative populaire va être lancée en Valais, toujours en faveur du principe d'un salaire minimum. Enfin, le premier congrès d'UNIA a accepté une proposition du Comité central du syndicat demandant à la direction d'étudier la possibilité d'inscrire un salaire minimum dans la loi. En fait, cette proposition était une contre-proposition à une motion d'UNIA-Genève, qui demandait plus franchement le lancement d'une initiative populaire pour un salaire minimum légal. Les choses bougent, donc, dans un pays où jusqu'à ces dernières années, la seule évocation d'un salaire minimum légal faisait frémir les appareils syndicaux. Dans un pays, surtout, où la moitié des salariés ne sont couverts par aucune convention collective, et une grande partie des conventions collectives qui couvrent l'autre moitié ne prévoient aucun salaire minimum.

    Hâte-toi lentement

    Ils y ont mis le temps, ils ont freiné des quatre fers pendant des décennies, fétichisant les conventions collectives et portant aux nues le seul " partenariat social ", mais ils y viennent: les syndicats acceptent enfin d'entrer en matière sur la revendication d'un salaire minimum légal. A Genève, le salaire médian tourne autour de 6500 francs brut par mois (6350 franc en 2006). Fixer ici, où les salaires sont 13 % plus élevés que dans le reste de la Suisse, mais où le coût de la vie est aussi plus élevé que n'importe où ailleurs, un salaire minimum de 4000 francs par mois, n'est ni une revendication irréaliste (4000 francs par mois, c'est ce qui est nécessaire, aujourd'hui, à une personne sans charge de famille pour vivre dans des conditions socialement acceptables), ni une menace pour les salaires les plus élevés. En revanche, pour les travailleurs et (surtout) les travailleuses les plus mal payés, dans les secteurs les moins syndicalisés, un salaire minimum n'est rien moins que la reconnaissance de leur dignité de travailleuses et de travailleurs. L'initiative de SolidaritéS a des défauts, et son lancement solitaire (qui n'a pas empêché son aboutissement, ce qui témoigne au moins d'une assez solide capacité militante) n'est pas irréprochable. Mais ça n'est pas parce que la Constituante aura à débattre de propositions allant dans le même sens que l'initiative qu'il se justifiait d'attendre que ladite Constituante ait terminé son travail pour lancer le débat. Et pour le poursuivre. La Communauté genevoise d'action syndicale, et les principaux syndicats genevois (Unia et le SIT) vont s'y atteler. La conjonction des forces politiques et syndicales sera d'autant plus nécessaire que l'opposition patronale s'annonce déjà féroce.

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  • Putain, un an…

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    Ça grenouille déjà pour les élections au Conseil d'Etat de 2009…
    Putain, un an…


    A plus d'un an des élections cantonales, ça grenouille déjà à droite (et ça glandouille encore à gauche) : les partis tentent de clarifier leurs stratégies, pour le moins divergentes -et même de se mettre les uns les autres devant quelques faits accomplis. L'UDC a désigné le 16 juin son candidat pour l'élection du Conseil d'Etat, un an et demi avant l'élection. Le Parti libéral a emboîté le pas en annonçant qu'il désignera le colistier de Mark Muller avant la fin de l'année. Un an avant l'élection du Conseil d'Etat, on en a déjà marre. Suffisamment pour nous demander si la vieille méthode athénienne du tirage au sort des édiles ne pourrait pas être instaurée par la Constituante. Histoire d'éviter que la courbure du dos des candidats et de la ligne des partis finisse par confirmer la vieille règle énoncée par Jonathan Swift : " L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c'est ainsi qu'on grimpe dans la même posture que l'on rampe ".

    Courbures et postures…

    L'UDC a son candidat pour le Conseil d'Etat : Yves Nydegger, celui qui expliquait que la courbure du dos du cheval prouve l'existence de Dieu, et qui entend désormais démontrer que la courbure du dos des partis de l'Entente prouve la mortalité de l'âme en politique. Pourquoi Yves Nydegger ? C'est simple : c'est " le seul à pouvoir endosser de telles responsabilités ", selon le Secrétaire général de l'UDC de Piogre, Eric Bertinat, qui ne semble guère se faire d'illusion sur la qualité du vivier politique de son parti. En fait, si l'UDC désigne son candidat si tôt, c'est pour mettre l'Entente en général, et le parti libéral en particulier, face à un choix cornélien (du Corneille de la comédie, plutôt que de la tragédie) : s'allier avec elle, ou s'affaiblir face à l'actuelle majorité gouvernementale " centre-gauche " (mais surtout centre). L'UDC a annoncé qu'elle présentera de toute façon un candidat, que ce soit dans une alliance avec l'Entente ou dans une sorte de Sondertbund électoral avec les seuls libéraux (surtout si ceux-ci présentent aux côtés du représentant de la Chambre genevoise immobilière, Mark Muller, un crypto-UDC du genre Jornot). Pour l'heure (mais l'horloge tourne et les calculettes chauffent), le PDC s'est dit et redit totalement opposé à toute alliance avec une UDC genevoise " en raison de (sa) ligne blochérienne ". Même posture, chez les radicaux, qui posent trois conditions à l'UDC pour une alliance: un soutien clair aux bilatérales (Blocher ayant donné le ton, ça ne devrait pas poser de problème à l'UDC genevoise), " un soutien résolu au dialogue social ", ce qui ne mange pas de pain, et des garanties sur la forme des messages lors des campagnes électorales -en clair, la fin des campagnes nauséabondes auxquelles l'UDC se livre (avec succès) depuis une décennie. Cause toujours…

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  • Le marché casse ? l'Etat casque…

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    Plus de 2000 milliards pour sauver une économie parasitaire

    Le champagne est de retour dans les bourses. Pour combien de temps, on ne sait pas, mais ils s'y sont tous mis pour remplir les flûtes : le Fonds monétaire international, le G7, le G20, l'Eurogroupe (les Etats de la zone Euro)... Au final, l'Europe aura balancé deux fois plus de fonds que les Etats-Unis dans le trou que les Etats-Unis ont pourtant creusé. A elle seule, la Grande-Bretagne a prévu près de 100 milliards de francs pour entrer dans le capital des banques les plus touchées par la crise, et plus de 480 milliards pour garantir les prêts interbancaires. Et les dirigeants des pays " émergents " de s'interroger publiquement, face à ceux qui se posaient en modèles : nous avons suivi vos conseils, et maintenant vous nous plombez du poids de vos conneries ? Qu'ont fait vos agences de notations ? Qu'ont surveillé et régulé vos organismes supranationaux ?

    La main invisible dans le sac

    Ceux-là même qui nous chantaient depuis des lustres l'air du catalogue des vertus du marché saluent l'intervention massive des Etats pour boucher les trous du marché, et admettent que les Etats puissent prendre (temporairement, bien sûr -le temps de vider les caisses publiques pour garantir le retour des profits privés) le contrôle de banques privées. Eteints, les appels à l'équilibre budgétaire, rentrés les sanglots longs autour des déficits et de la dette : creusons les déficits, accroissons les dettes publiques, puisque c'est pour sauver les bourses. Ces deux mille (et plus) milliards de dollars ou d'euros puisés dans les réserves des banques centrales, sortis des planches à billet, obtenus par l'emprunt ou ponctionnés sur les budgets publics, vont manquer aux collectivités publiques locales et régionales, aux Etats, aux organisations internationales, pour financer l'accomplissement de leurs tâches essentielles. Le sauvetage du désordre financier international va, à terme, se compter non en dollars ou en euros, mais en destins individuels : celui de millions de travailleurs mis au chômage ou déplacés dans une économie aussi grise que leur avenir; celui de dizaines de millions de gens modestes repoussés dans la pauvreté, de dizaines de millions de pauvres basculant dans la misère et de dizaines de miséreux expulsés dans le néant. Que pèsent-elles, ces ombres, face au moral des bourses ? Et qu'est-ce qu'on peut bien en avoir à foutre, au G7, au FMI, dans l'Eurogroupe ou à l'Association suisse des banquiers, de gens qui vivent avec moins d'un dollar par jour, qui n'auront jamais de compte en banque, qui ne votent nulle part, n'ont rien à nous vendre et ne peuvent rien nous acheter ?

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  • Tiens, fume, c'est du Genevois…

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    Tabagisme passif et juridisme actif

    Un obscur avocat genevois s'est fait un nom il y a quinze jours -c'est la minute de célébrité qu'Andy Warhol promettait à tout un chacun (à condition que le " tout un chacun " en question vive à Greenwich Village ou à Saint-Germain-des-Prés, parce qu'au fin fond du Sahel, la promesse s'étiole). L'avocat, recourant contre le règlement provisoire interdisant depuis trois mois de fumer dans les lieux publics et ouverts au public, a fait annuler ledit règlement, faute de base légale, alors que 80 % des votantes et votants avaient approuvé le principe de l'interdiction en octobre dernier, et que le gouvernement croyait, comme le suggérait dans un avis de droit la direction des Affaires juridiques de la Chancellerie, que la Constitution suffisait comme base légale. Le pari était jouable -il est perdu. Il y a toujours un juriste pour dire le contraire d'un autre juriste -et quand l'un des deux est fédéral et l'autre cantonal, c'est le fédéral qui gagne.

    La clope au bec (dans l'eau)

    La guerre des clopes est rallumée, les cendriers reviennent sur les tables des bistrots (toujours libres pourtant d'appliquer l'interdiction de fumer), les Verts dégainent un projet de loi reprenant mot pour mot le règlement annulé, les initiants lancent une pétition plus restrictive, et le Conseil d'Etat dépose un projet de loi que les libéraux promettent de rendre le plus inopérant possible. Résultat : l'interdiction générale de fumer dans les lieux publics n'entrera pas en vigueur avant le printemps prochain, dans le meilleur des cas, ou la fin 2011 si on fait traîner les choses Les premières victimes de l'arrêt fédéral ne sont pas les consommateurs non-fumeurs, mais la serveuse ou le serveur, qui, eux, n'ont pas vraiment le choix. Fumeurs, nous avons parfaitement le droit, personnel, de nous enfumer; avons nous le droit d'imposer ce risque aux autres ? Oui, répond (et fait répondre le TF) l'industrie du tabac; non, avaient répondu les citoyennes et yens genevois ayant approuvé à 80 % le principe général de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. On avait donc le choix : respecter la volonté populaire ou satisfaire les intérêts d'un secteur économique. On a choisi.
    Cela étant, le texte que vous êtes en train de lire ayant été écrit dans un nuage de fumée (de tabac) issu de la pipe du rédacteur, vous êtes invités à désinfecter votre imprimante après l'avoir imprimé, ou votre écran d'ordinateur après l'avoir lu, on sait jamais. Faudrait quand même pas risquer de souffrir de tabagisme passif avant d'avoir eu le temps de claquer à cause de la pollution lâchée par (entre autres) les bagnoles des non-fumeurs (ou les avions amenant les spécialistes de la fumée passive à un congrès international).

    Lien permanent Catégories : Genève 13 commentaires
  • Politique d'asile : Le dur désir de durcir

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    On ne s'attendait pas à autre chose, on n'est donc ni surpris, ni déçus, ni scandalisés : la politique d'asile qu'entend mener Eveline Widmer-Schlumpf est la même que celle que menait Christoph Blocher. Un projet de révision des lois sur l'asile et les étranger va être mis en consultation : il durcit encore la politique d'asile de notre terre d'asile, devenue terre du refus de l'asile : Admission provisoire (au lieu d'un statut de réfugié) pour les objecteurs de conscience et les déserteurs, suppression de la possibilité de déposer une demande d'asile dans les ambassades, interdiction faite (sous peine d'amende) aux requérants d'asile de participer à des manifestations en Suisse ou de critiquer son pays sur internet…

    Cité interdite du refuge…

    Dénoncée comme traîtresse par l'UDC, la Conseillère fédérale Widmer-Schlumpf se taille un bel uniforme de garde-frontière xénophobe pour rassurer ses anciens amis : elle n'est pas moins xénophobe que son prédécesseur, si elle l'est plus suavement. Sa politique est celle de la Suisse. Doit-on se résigner à ce qu'elle soit aussi celle de Genève ? Genève est le siège du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, et le texte fondamental du droit international d'asile est une convention signée à Genève. Faudra-t-il que Genève s'émancipe de la Suisse pour que la " Cité du Refuge " reste fidèle à son propre héritage, et réponde à l'écho de son nom ? Si l'inconscience des électrices et électeurs nous y expédie, nous proposerons donc à la Constituante d'inscrire dans le projet de nouvelle Constitution genevoise les principes suivants -et peu nous chaut qu'ils soient ou non compatibles avec le droit fédéral :

    - Toute personne persécutée dans son pays a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile auprès de la République.

    - Aucune autorité, instance ou force de la République ne doit concourir à l'expulsion vers un pays où elle court un risque sérieux de mort, de torture ou de traitement inhumain ou dégradant, d'une personne ayant sollicité l'asile de la République.

    - Les édifices religieux, les bâtiments de l'Université, le siège du gouvernement de la République, le siège du Parlement de la République et les Mairies sont réputés lieux d'asile, inviolables sauf sur demande expresse, respectivement des organes décisionnaires des institutions propriétaires des édifices religieux, du Rectorat de l'Université, du Conseil d'Etat, du Bureau du Grand Conseil ou du Conseil administratif.

    Lien permanent Catégories : Solidarité 2 commentaires
  • Vive la Constituante ! Bolivienne…

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    Un véritable processus démocratique, accouchant d'une véritable réforme constitutionnelle, c'est possible :
    Vive la Constituante ! Bolivienne…


    Le 10 août dernier, les deux tiers des Boliviens ont confirmé, lors d'un référendum demander pour le révoquer, le président Evo Morales dans ses fonctions. Sitôt cette campagne référendaire terminée, une autre s'est ouverte : pour l'approbation d'une nouvelle Constitution, porteuse de changements fondamentaux : contrôle démocratique des ressources naturelles (la terre, le gaz, le pétrole), égalité des droits et donc émancipation des Indiens (60 % de la population) et des pauvres… Ces changements, la vieille oligarchie " blanche " de Bolivie n'en veut pas. Elle mène depuis l'élection d'Evo Morales une campagne violente et raciste, avec l'appui des Etats Unis et de 90 % des media du pays. Face à cette mobilisation " à la chilienne " (modèle 1973) de toutes les forces réactionnaires de Bolivie, les mouvements sociaux qui soutiennent le président Morales ont eux-mêmes besoin d'un soutien international. C'est à ce soutien que nous appelle le SOLIFONDS.

    " Que pouvons-nous attendre d'un sale Indio ? "


    Le " sale Indio " de cette élégante interpellation, c'est le président bolivien, Evo Morales, ainsi présenté par le comité des femmes de droite de Santa Cruz, lorsque Morales a annoncé la 28 août que le projet de nouvelle Constitution du pays sera soumis au vote populaire le 7 décembre. Il y a des processus de révision constitutionnelle qui aboutissent réellement à des projets de " réforme radicale " : c'est le cas du projet proposé par la Constituante bolivienne, et soutenu par les mouvements sociaux regroupés au sein du MAS à l'initiative des syndicats. Mais ces mouvements manquent de moyens, face à une opposition de droite qui détient la quasi totalité des media du pays, contrôle les provinces les plus riches, entretient des bandes armées et bénéficie du soutien actif des Etats-Unis. Pour la campagne référendaire sur le projet de nouvelle constitution, le syndicat des petits paysans, le CSCB, veut former 15'000 militants chargés d'expliquer l'enjeu du scrutin et le contenu du texte soumis au vote, et de mobiliser la " Bolivie d'en-bas ", la Bolivienne paysanne, indienne et pauvre qui a élu Morales.

    Soutenez la collecte de fonds destinée par le SOLIFONDS au syndicat des Colonizadores :

    SOLIFONDS
    mail@solifonds.ch
    www.solifonds.ch
    Compte de chèques postaux 80-7761-7



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  • L'UDC débordée sur sa droite

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    La votation fédérale sur le " paquet " réunissant la reconduction de l'accord sur la libre circulation et son extension à la Bulgarie et à la Roumanie a été fixée par le Conseil fédéral au 8 février 2009. Le référendum lancé par les " Démocrates Suisses " (l'ex-Action Nationale), la Lega et les jeunes UDC a en effet abouti, alors que les référendaires avaient été lâchés par l'UDC (sur pression des milieux économiques) et, dans la foulée, par sa succursale, l'Action pour une Suisse indépendante et neutre, qui a poussé le souci de l'alignement sur l'UDC jusqu'à refuser de consulter sa base (47'000 membres), probablement majoritairement partisane du soutien au référendum.

    Quelle " libre circulation ? "

    L'UDC avait renoncé à lancer le référendum contre l'accord sur la " libre circulation " au prétexte que " le paquet approuvé par le parlement (...) empêche l'expression sûre et fidèle de la volonté populaire ". En réalité, l'UDC avait surtout eu peur de fâcher ses sponsors patronaux, qui ont besoin de la " libre-circulation ". Et quand le parti blochérien expliquait qu'il renonçait à un " faux semblant " de référendum, il renonçait surtout à un " faux semblant " d'opposition à ceux qui le financent. Résultat : l'UDC se retrouve aujourd'hui contrainte de se prononcer sur une " libre-circulation " dont elle ne veut pas, mais qu'elle ne peut combattre ouvertement. Quant à la gauche, elle est dans une situation rigoureusement inverse : favorable en principe -sauf à se renier- à la libre-circulation, elle ne l'est pas forcément à celle qui est proposée. Et pas non plus aux conditions dans lesquelles elle sera appliquée. Et on ne peut pas dire que les institutions européennes contribuent beaucoup à calmer les inquiétudes de celles et ceux qui craignent que la " libre-circulation " ne soit finalement que le moyen de la sous-enchère salariale et sociale. A chaque fois qu'elle s'est prononcée sur une contradiction entre une réglementation nationale et une réglementation européenne, la Cour européenne de justice a tenu le même raisonnement : on ne doit pas aller au-delà des protections sociales offertes par les dispositions communautaires, si en allant au-delà on contrevient à la libéralisation. La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne mais marche dans le même sens qu'elle. Cela étant rappelé, on rappellera aussi que la social-xénophobie ne vaut pas mieux que la xénophobie tout court., et que notre tâche n'est pas d'ériger des barrières à l'abri desquelles on devrait se livrer au nom de la défense des salaires à la chasse au faciès des travailleurs d'ailleurs.

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  • Du développement durable comme tarte à la crème (bio, la crème)

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    Un consensus qui sonne creux :
    Du développement durable comme tarte à la crème (bio, la crème)


    Quand un concept fait l'unanimité, il y a de fortes chances pour que ce soit en raison de sa vacuité. Et quand tout le monde, de l'UDC aux Communistes, et nous compris, prône le " développement durable ", c'est vraisemblablement que le concept ne gênant personne, il ne sert à rien. Sinon à remplir les discours de campagnes électorales. C'est le principe du tambour : ça résonne parce que c'est creux.

    Développement du râble

    Ce qu'il y a de plus durable dans le concept de " développement durable " est bien l'usage qu'on en fait pour tenter de pérenniser des comportements et des modes d'organisation sociale qui sont tous contradictoires des beaux objectifs proclamés. Il n'y a pas de développement " durable " concevable dans la poursuite d'une croissance fondée sur l'utilisation de ressources non renouvelables, sur la production et de la consommation de biens marchands acquis non pour leur utilité mais pour le signe d'intégration sociale qu'ils manifestent et sur l'appropriation privée de l'espace. Bref : il n'y a pas de développement durable sans rupture avec notre mode de vie actuel -pas de développement durable sans décroissance. Or tel qu'il nous est vanté, le " développement durable " n'est qu'une forme de croissance. Une croissance light, soft, fit, tant qu'on voudra, mais une croissance. Or c'est bien, désormais, la décroissance qui devrait s'imposer, et avec la décroissance, un changement radical des répartitions de la richesse, des ressources et du pouvoir. La crise financière actuelle pourrait-elle le provoquer ? Les Etats font et feront tout pour qu'il n'en soit rien. Avec les plus de 1000 milliards de dollars affectés par les USA et les Etats européens et asiatiques au sauvetage d'un système financier parasitaire, on éradiquerait la faim, l'analphabétisme et la plupart des maladies endémiques qui ravagent encore la périphérie; on assurerait l'accès universel à l'eau potable et aux soins. Et quand on s'inquiète ici sur le coût d'un plein pour sa bagnole, on a des soucis d'une toute autre nature ailleurs : 1,5 milliard de personnes, soit le quart de la population mondiale, sont menacées par la dégradation croissante des terres desquelles elles dépendent directement. Et la flambée des prix des denrées alimentaires a entraîné une augmentation de 50 millions du nombre des affamés dans le monde.

  • Projet Praille-Acacias-Vernets : L'assourdissant silence de la gauche

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    C'est, nous assure-t-on, le " projet du siècle " à Genève. Mais de quel siècle ? A en juger par son contenu, le projet Praille-Acacias-Vernets est bien un projet du XXe siècle grégorien. C'est-à-dire du siècle passé : des tours, des centres commerciaux, des parking, et entre eux, des logements et quelques équipements publics. Volume de l'opération : cinq milliards (en gros et en francs). Depuis des mois, les milieux immobiliers s'agitent autour du pactole, et assurent que le financement privé du projet ne posera pas de problème, et que d'énormes fonds d'investissements américains sont sur les startings blocks (en anglais dans le texte, forcément). Quoiqu'on puisse nourrir quelques doutes depuis quelques semaines sur la santé financière de ces mammouths (Carlyle, Blackstone, Apax, Apollo)... De toutes façons, la question n'est pas celle du financement, mais celle du contenu du projet. Et sur cette question, dans le tintamarre promotionnel, on a quelque peine à distinguer les positions de la gauche. Et même à savoir si elle en a une, de position, la gauche, sur le PAV.

    Sous le PAV, la plage

    Le projet "Praille-Acacias-Vernets" (PAV pour les intimes) est bien plus daté qu'il semble : il ressemble comme deux crachées de bétonnière à ce qui se commit dans les grandes capitales européennes il y a vingt ou trente ans. Pour l'inventivité, faudra aller chercher ailleurs. Peu importe d'ailleurs aux promoteurs du machin : ce dont il s'agit est de parfaire la spécialisation de l'espace central genevois (dont le PAV fait partie intégrante) dans ce que le projet d'agglomération, avec la poésie qui caractérise les technocrates, définit comme " les activités à haute ou très haute valeur ajoutée ". On y ajoutera certes quelques bibelots sociaux et culturels -mais comme on place un tableau au mur de la salle d'un Conseil d'administration : parce que ça se fait. Quant aux activités économiques " courante ", au véritable logement social, à la culture alternative (s'il en reste) ou émergente (si on l'autorise à émerger), la périphérie y pourvoira. En attendant quoi, le gouvernement pond des instances comme une poule en batterie des oeufs (un comité de pilotage, une direction du projet, une délégation du Conseil d'Etat, un groupe d'experts) et embarque avec lui les trois communes concernées, sans qu'aucune opposition s'exprime, sinon à la marge (au sein, par exemple, de " l'Assemblée des Mal-LogéEs "). Une marge qu'il nous revient d'élargir. Pour que, le jour où il faudra voter sur les projets de loi autorisant le déclassement de la zone du PAV, des voix critiques se assent mieux entendre qu'actuellement. En édito, la " Tribune de Genève " du 10 septembre reprochait au Conseil d'Etat d'avoir " perdu du temps " et " laissé le doute s'instiller sur sa capacité à conduire l'opération"" Laissons donc du temps au temps. Pour que le doute (et plus) s'instille sur l'opération elle-même, son contenu, ses critères et ses effets…

    Lien permanent Catégories : Genève 6 commentaires
  • Les réponses du Parti socialiste aux questions du RAAC

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    Les réponses du Parti socialiste aux questions du RAAC

    Quels sont pour votre parti les enjeux centraux en matière culturelle à Genève et les changements que vous souhaiteriez mettre en œuvre ou voir appliquer ces dix prochaines années ?

    Il y a d'abord un enjeu global, que nous aurons à affronter bien au-delà  du terme des dix prochaines années : défendre l'espace de la création culturelle contre l'emprise du marché. Il y a ensuite quatre enjeux concrets, à relever à Genève -et que Genève a les moyens, politiques et financiers, de relever :

    1.    Une nouvelle répartition des compétences et des charges financières en matière de politique culturelle, entre le canton, la Ville et les 44 autres communes. Nous souhaitons affirmer et ancrer dans la Constitution (et dans les lois qui en découlent) le rôle central de coordination et d'incitation du canton en matière culturelle, et imposer au canton  d'avoir une politique culturelle et les moyens financiers, institutionnels, administratifs et humains de cette politique et de la responsabilité qu'il a à y prendre. Nous persistons à trouver invraisemblable que la République de Rousseau n'ait ni politique culturelle, ni les moyens d'en avoir une. Nous souhaitons et proposons en outre la création de deux instances permanentes réunissant l'ensemble des collectivités publiques du canton, et financées par elles toutes :
    - un fonds de financement des grandes institutions culturelles existantes et à créer, afin de permettre à la Ville et aux quelques communes qui assurent actuellement le financement de ces institutions d'affecter les ressources qu'elles y consacrent à d'autres champs culturels ayant besoin de ressources supplémentaires ;
    - une Commission culturelle permanente réunissant des représentants de toutes les collectivités publiques de la région (Vaud et France compris), des institutions culturelles, des artistes, créateurs et acteurs culturels non institutionnels, et des sources privées de financement culturel régulier.

    2.    La régionalisation de la politique culturelle, c'est-à-dire la concertation permanente entre collectivités publiques genevoises, vaudoises et françaises. Nous souhaitons ouvrir les lieux, existants et à créer, de concertation et de décision en matière culturelle aux représentants des collectivités publiques vaudoises et françaises de la région. Nous souhaitons également affirmer la nécessaire dimension romande de toute politique culturelle " genevoise ".

    3.    Une nouvelle répartition des ressources allouées à la culture, entre celles qui vont assurer le fonctionnement des institutions et la pérennité des lieux, d'une part, et celles qui vont permettre de les utiliser pour la création et sa représentation, d'autre part.

    4.    Une nouvelle répartition des ressources allouées à la culture entre celles qui le sont aux institutions pérennes et celles qui le sont à la création indépendante.
    Ces deux derniers points doivent accompagner un accroissement global des ressources allouées par les collectivités publiques genevoise (toutes les collectivités publiques genevoises) à la culture. Par ressources, il ne faut pas seulement entendre des ressources financières, directes (subventions) ou indirectes (prises en charges de dépenses), mais également des ressources en espaces et en lieux.

    Nous tenons également à réaffirmer le lien entre la culture et l'école, et la nécessité de concevoir la culture comme l'un des piliers de l'instruction publique.

    Il y a enfin quatre principes qui doivent structurer la politique culturelle :
    - pas de hiérarchie des formes d'expression et des domaines culturels ;
    - pas d'exclusivité ni de dispense accordées à certaines communes (ou au canton) pour le subventionnement de la culture : toutes doivent y contribuer, aucune ne doit y contribuer de manière disproportionnée ;
    - pas de politique culturelle sans les créateurs et les acteurs culturels ;
    - pas de ségrégation sociale (par les ressources financières ou le bagage culturel) pour l'accès à la création et à la représentation culturelles : il est totalement illusoire de croire que tout habitant de Genève dispose actuellement des moyens financiers nécessaires pour accéder à l'offre  culturelle genevoise.

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin d'améliorer la coordination et la complémentarité entre les entités Ville-Etat-communes ?

    -    Le renforcement, constitutionnel, législatif et matériel, du rôle du canton comme instance de coordination de la politique culturelle ;
    -    L'implication du canton et de toutes les communes dans la politique culturelle ;
    -    La création d'une commission culturelle régionale (transfrontalière) permanente, rassemblant tous les acteurs publics et privés pérennes de la culture, et disposant de sous-commissions thématiques, par champ culturel. Cette commission et ces sous-commissions effectueraient un travail de réflexion, de prospective, de propositions ; elles donneraient des préavis sur les actes publics dans le domaine de la culture, seraient consultées par les collectivités publiques, et pourraient s'autosaisir de projets.
    -    La création d'un fonds de financement des grandes institutions culturelles, existantes ou à créer, fonds alimenté par des contributions du canton et de toutes les communes, en fonction  de leur capacité financière ;
    -    La cantonalisation des grandes institutions culturelles régionales publiques et la prise en charge par le canton de leurs subventions d'exploitation (…)de telle manière que des ressources municipales soient libérées pour d'autres interventions dans le champ culturel.


    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de mettre en place une politique de financement par les pouvoirs publics en phase avec les développements actuels du secteur culturel ?


    Il s'agit ici d'abord de dégager des ressources municipales (en particulier en Ville) en transférant au canton une grande partie de la charge financière des grandes institutions culturelles, de telle manière que les ressources que la Ville et quelques grandes communes affectent à ces institutions puissent être affectées aux formes, aux contenus et aux lieux culturels émergents. (…)

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de développer le soutien à la création, à la recherche artistique novatrice ?

    Il s'agit d'abord de laisser à libre disposition des créateurs et acteurs culturels émergents des lieux et des espaces. (…)

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de défendre la diversité de l'offre culturelle et l'accès pour tous à la culture ?

    On ne peut défendre que ce qui existe, et existe suffisamment. La diversité de l'offre culturelle genevoise est réelle (…) mais l'accès de tous à la culture reste problématique, matériellement pour une bonne part de la population. (…).

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de soutenir le développement des liens entre école et culture ?

    Evoquer des " liens entre école et culture " tient de l'évidence puisque l'école est une institution culturelle (…) Il convient donc de développer le plus possible les collaborations entre l'école (…) et les autres acteurs culturels (…).

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de favoriser la mise à disposition de lieux de travail et de production pour les artistes ?

    (…) Dans tout projet d'aménagement important, une partie minimale du volume soit obligatoirement affectée à des espaces culturels (…). Tout plan d'utilisation des sols devrait également comprendre un pourcentage minimal d'affectation à de tels espaces (…).

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de permettre la réalisation de grandes infrastructures culturelles ?

    L'affirmation du rôle central du canton dans la politique culturelle genevoise doit permettre de dépasser les oppositions locales (municipales, de quartier…) à l'implantation de grandes infrastructures culturelles. De même, l'existence d'un fonds de financement des institutions culturelles, impliquant l'ensemble des communes (en sus du canton) devrait assurer le financement de telles infrastructures, au lieu que d'en laisser supporter la charge par une seule commune, parfois deux, et parfois le canton. (…)

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de garantir aux artistes et acteurs culturels une protection sociale minimum ?

    Il ne devrait pas être question de garantir aux artistes et acteurs culturels une protection sociale  " minimum " : il ne peut être question, pour nous,  que de leur garantir ni plus ni moins que les droits sociaux qui sont ceux de toutes les personnes actives. Nous continuerons donc de nous battre pour que la loi sur le chômage intègre les artistes et créateurs indépendants dans le champ de la protection sociale " normale ", en tenant compte des spécificités du secteur culturel. Au niveau cantonal, les collectivités publiques accordant des subventions à des institutions et des lieux culturels doivent veiller à ce que les bénéficiaires de ces subventions assument leurs obligations d'employeurs et que les subventions assurent les moyens nécessaires à la couverture de ces obligations. Le canton devra enfin étudier la possibilité de compenser l'absence de deuxième pilier pour un grand nombre d'artistes et d'intermittents du secteur culturel.

    Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin  de donner une place aux artistes et acteurs culturels dans les réflexions qui précèdent les prises de décision ?

    La représentation des artistes et acteurs culturels dans les instances de décision des grandes institutions culturelles, ainsi que du fonds de financement et de la commission culturelle permanente que nous proposons. Il convient cependant d'ajouter qu'une telle représentation suppose l'existence de mouvements, d'associations, d'organisations représentant artistes et acteurs culturels dans la durée.

    Dans quelle mesure votre parti serait-il prêt à travailler en concertation avec le RAAC sur les problématiques culturelles ?

    Aucune politique culturelle n'est concevable sans les acteurs culturels. Nous sommes donc évidemment prêts à continuer de travailler en concertation avec le RAAC (et tout autre mouvement rassemblant les, ou des, acteurs culturels de la région) sur des problématiques qui nous mobilisent déjà, et pour lesquelles nous ne concevons pas de travailler seuls, en vase clos et sans les mouvements sociaux actifs dans les champs sociaux et politiques concernés.

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