mardi, 28 octobre 2008

" Langage du peuple " ou conneries de bistrot ?

Congrès du Parti socialiste suisse :
" Langage du peuple " ou conneries de bistrot ?


Après deux jours de débats parfois laborieux, le Parti socialiste a donc adopté un " positionpapier " (en tudesque dans le texte) sur la " sécurité ". On se souvient que la première version, ouvertement social-xénophobe, de cette proposition de prise de position avait suscité, outre les ricanements d'une UDC, assez satisfaite de voir ses obsessions légitimées par son principal adversaire politique, une levée de boucliers en Romandie et dans la gauche du parti, et une avalanche d'amendements destinés à corriger le tir. La seconde version du texte, intégrant une bonne partie de ces amendements, corrigeait effectivement le tir -mais sans pour autant renoncer à l'ambition exprimée de récupérer un électorat " populaire " en tenant ce qu'un délégué alémanique au congrès a désigné comme étant " le langage du peuple ". Exercice qui a essentiellement consisté à reformuler en dialecte politiquement correct les conneries entendues au bistrot. Au final, le PSS a produit un texte bancal, contradictoire, nappant de références " de gauche " des propositions franchement de droite.

S'en prendre aux mendiants plutôt qu'aux banquiers ?

Le parti socialiste cherche ses marques, parce qu'il les a perdues, et qu'elles se sont dissoutes dans des stratégies carriéristes personnelles, couronnées de succès électoraux non moins personnels (ceux des Daniel Jozitch, Chantal Galladé ou Simonetta Sommaruga, par exemple) sur fond de défaites électorales collectives. Les Romands, la Jeunesse socialiste, les Femmes socialistes ont tenté, sans grand succès, d'extirper du texte " sécuritaire " du parti les relents de xénophobie, de paranoïa, de populisme graveleux, qui y étaient resté. Et qui y ont été maintenus, à l'exemple de ces passages du texte légitimant la " double peine " (prison plus expulsion) pour les " étrangers délinquants ", la vidéosurveillance et la répression de la mendicité. Qu'est-ce qu'un paragraphe sur la lutte contre la mendicité fait dans un texte socialiste sur la sécurité ? Est-ce que les mendiants menacent la sécurité ? Est-ce que la mendicité est un facteur d'insécurité ? Est-ce que la pauvreté est un crime, dont il faille punir les pauvres ? De quels mendiants parle le PSS ? De ceux qui nous dépouillent de près de 70 milliards pour sauver l'UBS, ou de ceux qui nous demandent un franc à l'entrée de la poste ou de la Migros ? Il a largement été fait allusion lors du congrès socialiste à la vieille métaphore libérale de la " main invisible " organisant spontanément le marché. La main des mendiants, elle, est visible. Contrairement à la main des pickpockets puisant dans les fonds publics pour nous faire payer à tous le prix de leur arrogance et de leur incompétence. Et c'est aux mendiants que le PS devait s'en prendre ?

(voir dans les commentaires le texte de l'intervention genevoise à propos des mendiants)

02:06 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : ps, mendiants, roms | |  Facebook | | | |

Commentaires

Congrès du Parti socialiste suisse, Aarau 25-26 octobre
Bloc de discussion D 4.6, chiffre 9
Intervention Pascal Holenweg (PS Ville de Genève) 26.10
Conntenu : Accepter la proposition A-80 du PS de la Ville de Genève et les propositions allant dans le même sens, refuser la proposition du Comité directeur

Il y a un peu plus d'un an, juste avant les dernières élections nationales -et ça n'est pas un hasard-, la droite et l'extrême-droite genevoises se sont lancées dans la chasse aux mendiants Rroms.
A grands coups de statistiques tronquées, d'affirmations mensongères, de discours paranoïaques, s'est installée à Genève une ambiance d'épuration sociale et ethnique.

On a annoncé une invasion de mendiants Roms -recensement fait, ils était moins de 300, dans un canton de 500'000 habitants ;

On a dénoncé des " réseaux d'exploitation d'enfants contraints à mendier " -vérification faite, tous les mendiants Rroms étaient adultes, sauf quatre enfants qui accompagnaient leur mère, parce qu'elle ne voulait pas les laisser seuls sous un pont.

On a affirmé que la mendicité accroissait l'insécurité -elle ne suscitait que la gêne des commerçants -et encore, pas tous- et de leurs clients -et encore, pas tous.

Quels ont été les effets de cette entreprise d'épuration sociale et ethnique, ccompagnée de discours racistes, et de la résurrection d'un millénaire de lieux communs sur les Tziganes crasseux, voleurs de poules et d'enfants ?
La chasse aux mendiants a transformé les policiers genevois (sauf quand ils font grève) en racketteurs de mendiants et en videurs de sébilles. Est-ce à cette tâche de camorristes que nous voulons vouer le service public de la police ?
La chasse aux mendiants a transformé des mendiants en voleurs. Quitte à être la cible de la police, autant que cela soit pour des actes qui peuvent apporter de quoi vivre… Est-ce ainsi que l'on fait reculer l'insécurité ?
Enfin, la monnaie saisie dans les sébiles des mendiants s'est transformée en bulletins de vote et la chasse aux mendiants a fait élire un Conseiller national libéral et un Conseiller national UDC.

Voilà, camarades, tout le bilan de la chasse genevoise aux mendiants Rroms
Les mendiants sont toujours là. Encore un peu plus pauvres.
Les Rroms sont toujours là. Encore un peu plus pourchassés, un peu plus marginalisés,
un peu plus poussés à la délinquance.
L'insécurité n'a pas reculé d'un pouce, ni l'insécurité réelle, ni le sentiment d'insécurité.

Alors, camarades, posez-vous la question : qu'est-ce qu'un paragraphe sur la mendicité fait dans un texte socialiste sur la sécurité ?
Est-ce que les mendiants menacent la sécurité ?
Est-ce que la mendicité est un facteur d'insécurité ?
Est-ce que la pauvreté est un crime, dont il faille punir les pauvres ?

Et enfin, de quels mendiants parlons-nous ? De ceux qui nous dépouillent de plus de 60 milliards dans l'opacité des négociations entre l'UBS, le Conseil fédéral et la Banque nationale, ou de ceux qui nous demandent un franc à l'entrée de la poste ou de la Migros ?
On a largement fait allusion hier à la vieille métaphore libérale de la " main invisible " organisant spontanément le marché.
La main des mendiants, elle, est tendue, et visible. La main des banquiers dans les fonds publics, c'est sans doute cela, la main invisible.
Et c'est aux mendiants que le PS devrait s'en prendre ?

Camarades, nous vous invitons à traiter ce point comme il le mérite, et à en faire le seul usage possible dans un texte socialiste : le supprimer.
Il n'a qu'une destination concevable à cette reprise par des socialistes des refrains épurateurs entonnés par la droite genevoise il y a un an -une seule destination possible : la poubelle.

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 28 octobre 2008

Tiens ... il y a une "gauche du parti" dans le PS ?
Y'a-t-il des dissensions ?
Pourquoi pour l'UDC on parle de blochérisme, tandis que pour les socialistes on ne parle jamais de syndicalisme, depuis l'arrivée de Levrat ?

Daniel Jositsch, Chantal Galladé sont des sous-marins de partis de droite ...

Camarades, les rroms sont bel et bien de retour et organisés.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | mardi, 28 octobre 2008

Monsieur "Chemin Creux",

J'espère que vous neseraz pas fâché que je vous nomme ainsi! Je le fais uniquement pour que tous comprennent bien que vous êtes un vrai descendant de Guillaume Tell: celui qui se bat pour les petites gens...
Mais, dès lors, que faites vous encore dans ce parti qui n'est à gauche, que par rapport à l'aile la plus à droite de l'UDC ?

Écrit par : Père Siffleur | mardi, 28 octobre 2008

"Qu'est-ce qu'un paragraphe sur la lutte contre la mendicité fait dans un texte socialiste sur la sécurité ? Est-ce que les mendiants menacent la sécurité ? Est-ce que la mendicité est un facteur d'insécurité ?"

C'est-à-dire que les mendiants font chenis et les Suisses n'aiment pas le chenis. Même les électrices et -teurs du PS.

"On a annoncé une invasion de mendiants Roms -recensement fait, ils était moins de 300, dans un canton de 500'000 habitants..."

Et alors, ça prouve quoi ? Que Genève peut en entretenir 3'000 pour le plus grand profit des chefs mafieux qui se royaument dans leurs villas des bords de la mer Noire ?

Mais, mes bons amis, 300 mendiants, ça en fait trente ou quarante par kilomètre carré dans un centre ville que d'exigeants visiteurs étrangers jugent complètement dégradé du fait d'une présence incongrue dans un pays ordré, comme la Suisse l'est encore dans l'esprit de beaucoup.

Moi-même, quand j'en voyais cinq entre chez moi et la... (4 min à pied), ça ne correspondait pas du tout à l'idée que je me fais du pays qui est le mien, et quand la municipalité (de gauche) a foutu tout ça dehors, je n'ai pas entendu une seule critique à son égard.

Cela dit, le PS se goure. Quand on cherche à récupérer des électeurs dans le camp d'en face, on en engrange certes quelques-uns, mais on en perd bien davantage dans son camp à soi. Le PS a désormais la dàétestable image du parti de la préférence étrangère, il ne s'en débarrassera pas avec quelques gesticulations sécuritaires.

Écrit par : Scipion | mardi, 28 octobre 2008

"le PS se goure. Quand on cherche à récupérer des électeurs dans le camp d'en face, on en engrange certes quelques-uns, mais on en perd bien davantage dans son camp à soi. Le PS a désormais la dàétestable image du parti de la préférence étrangère, il ne s'en débarrassera pas avec quelques gesticulations sécuritaires."

Tout à fait d'accord. Mais les "gesticulations sécuritaires" de quelques carriéristes zurichois, entérinées sans examen par une majorité de délégués au congrès, feront certainement profit à ces carriéristes, prêts à tout pour être élus. Même si leur élection se paie de la défaite de leur parti -c'est exactement ce qui s'est produit à Zurich lors des dernières élections fédérales.

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 29 octobre 2008

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