vendredi, 17 octobre 2008

Vers un salaire minimum, enfin ?

Initiatives populaires, motion syndicale :
Vers un salaire minimum, enfin ?


A Genève, SolidaritéS a fait aboutir son initiative populaire cantonale pour un salaire minimum ; au sein de la Constituante qui sera élue dimanche, la proposition d'inscrire dans la constitution cantonale le principe d'un salaire minimum sera faite, toutes les listes de gauche ayant inscrit cette revendication à leur programme constitutionnel ; dans le canton de Vaud, la même proposition a été faite (l'initiative genevoise s'en inspirant) ; une initiative parlementaire à été déposée à Neuchâtel, une initiative populaire va être lancée en Valais, toujours en faveur du principe d'un salaire minimum. Enfin, le premier congrès d'UNIA a accepté une proposition du Comité central du syndicat demandant à la direction d'étudier la possibilité d'inscrire un salaire minimum dans la loi. En fait, cette proposition était une contre-proposition à une motion d'UNIA-Genève, qui demandait plus franchement le lancement d'une initiative populaire pour un salaire minimum légal. Les choses bougent, donc, dans un pays où jusqu'à ces dernières années, la seule évocation d'un salaire minimum légal faisait frémir les appareils syndicaux. Dans un pays, surtout, où la moitié des salariés ne sont couverts par aucune convention collective, et une grande partie des conventions collectives qui couvrent l'autre moitié ne prévoient aucun salaire minimum.

Hâte-toi lentement

Ils y ont mis le temps, ils ont freiné des quatre fers pendant des décennies, fétichisant les conventions collectives et portant aux nues le seul " partenariat social ", mais ils y viennent: les syndicats acceptent enfin d'entrer en matière sur la revendication d'un salaire minimum légal. A Genève, le salaire médian tourne autour de 6500 francs brut par mois (6350 franc en 2006). Fixer ici, où les salaires sont 13 % plus élevés que dans le reste de la Suisse, mais où le coût de la vie est aussi plus élevé que n'importe où ailleurs, un salaire minimum de 4000 francs par mois, n'est ni une revendication irréaliste (4000 francs par mois, c'est ce qui est nécessaire, aujourd'hui, à une personne sans charge de famille pour vivre dans des conditions socialement acceptables), ni une menace pour les salaires les plus élevés. En revanche, pour les travailleurs et (surtout) les travailleuses les plus mal payés, dans les secteurs les moins syndicalisés, un salaire minimum n'est rien moins que la reconnaissance de leur dignité de travailleuses et de travailleurs. L'initiative de SolidaritéS a des défauts, et son lancement solitaire (qui n'a pas empêché son aboutissement, ce qui témoigne au moins d'une assez solide capacité militante) n'est pas irréprochable. Mais ça n'est pas parce que la Constituante aura à débattre de propositions allant dans le même sens que l'initiative qu'il se justifiait d'attendre que ladite Constituante ait terminé son travail pour lancer le débat. Et pour le poursuivre. La Communauté genevoise d'action syndicale, et les principaux syndicats genevois (Unia et le SIT) vont s'y atteler. La conjonction des forces politiques et syndicales sera d'autant plus nécessaire que l'opposition patronale s'annonce déjà féroce.

02:59 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : salaire, unia, syndicats | |  Facebook | | | |

Commentaires

Gérard Léroux disait à propos de la rétribution du PDG d'UBS, (près de 10 millions, SI, tout va bien), que cela allait être le SMIC genevois, SI, la crise continue ...

Bientôt, tous ... millionnaires ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | vendredi, 17 octobre 2008

Et bien c'est le moment de devenir réaliste et pragmatique. Je ne sais pas si c'est l'opposition patronale ou la résistance syndicale qui sera la plus féroce.

N'oublions pas que "l'ultralibérale" état de Californie a un salaire minimum légal depuis des lustres (1916 il me semble). Aujourd'hui il est de 8$/heure ce qui n'est pas ridicule par rapport au coût de la vie.

A partir du moment ou il est le même pour tous et est réellement un salaire "minimum" et non pas « moyen » ça ne devrait pas poser de distorsion a la concurrence ni de problème patronal particulier hormis pour quelques moutons noires.

Par contre les syndicats risque d'y perdre de l'influence. De même que la gauche en général dans le cas ou ça provoquerait un glissement de l'aide sociale publique vers des salaires décents privés.

CE

PS: Techniquement il est plus utile de parler salaire horaire que mensuel.

Écrit par : Alain Fernal | vendredi, 17 octobre 2008

Il est possible en effet qu'un salaire minimum horaire soit plus aisé à imposer qu'un salaire horaire mensuel, mais je crois que c'est un point de détail : l'important est que le salaire minimum ne soit pas "trop minimum" (sinon il n'a plus d'"effet plancher", et qu'il soit interprofessionnel...
uant à l'impct sur les sndicats, vous avez parfaitement raison : le passage de la fixation du salaire de la convention à la loi correspond à une perte de prérogative des syndicats. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il se sont si longtemps opposés au salaire minimum. Mais c'est à eux de compenser cette perte d'influence dans les négociations par leur renforcement dans les entreprises...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 18 octobre 2008

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