mardi, 07 octobre 2008

Projet Praille-Acacias-Vernets : L'assourdissant silence de la gauche

C'est, nous assure-t-on, le " projet du siècle " à Genève. Mais de quel siècle ? A en juger par son contenu, le projet Praille-Acacias-Vernets est bien un projet du XXe siècle grégorien. C'est-à-dire du siècle passé : des tours, des centres commerciaux, des parking, et entre eux, des logements et quelques équipements publics. Volume de l'opération : cinq milliards (en gros et en francs). Depuis des mois, les milieux immobiliers s'agitent autour du pactole, et assurent que le financement privé du projet ne posera pas de problème, et que d'énormes fonds d'investissements américains sont sur les startings blocks (en anglais dans le texte, forcément). Quoiqu'on puisse nourrir quelques doutes depuis quelques semaines sur la santé financière de ces mammouths (Carlyle, Blackstone, Apax, Apollo)... De toutes façons, la question n'est pas celle du financement, mais celle du contenu du projet. Et sur cette question, dans le tintamarre promotionnel, on a quelque peine à distinguer les positions de la gauche. Et même à savoir si elle en a une, de position, la gauche, sur le PAV.

Sous le PAV, la plage

Le projet "Praille-Acacias-Vernets" (PAV pour les intimes) est bien plus daté qu'il semble : il ressemble comme deux crachées de bétonnière à ce qui se commit dans les grandes capitales européennes il y a vingt ou trente ans. Pour l'inventivité, faudra aller chercher ailleurs. Peu importe d'ailleurs aux promoteurs du machin : ce dont il s'agit est de parfaire la spécialisation de l'espace central genevois (dont le PAV fait partie intégrante) dans ce que le projet d'agglomération, avec la poésie qui caractérise les technocrates, définit comme " les activités à haute ou très haute valeur ajoutée ". On y ajoutera certes quelques bibelots sociaux et culturels -mais comme on place un tableau au mur de la salle d'un Conseil d'administration : parce que ça se fait. Quant aux activités économiques " courante ", au véritable logement social, à la culture alternative (s'il en reste) ou émergente (si on l'autorise à émerger), la périphérie y pourvoira. En attendant quoi, le gouvernement pond des instances comme une poule en batterie des oeufs (un comité de pilotage, une direction du projet, une délégation du Conseil d'Etat, un groupe d'experts) et embarque avec lui les trois communes concernées, sans qu'aucune opposition s'exprime, sinon à la marge (au sein, par exemple, de " l'Assemblée des Mal-LogéEs "). Une marge qu'il nous revient d'élargir. Pour que, le jour où il faudra voter sur les projets de loi autorisant le déclassement de la zone du PAV, des voix critiques se assent mieux entendre qu'actuellement. En édito, la " Tribune de Genève " du 10 septembre reprochait au Conseil d'Etat d'avoir " perdu du temps " et " laissé le doute s'instiller sur sa capacité à conduire l'opération"" Laissons donc du temps au temps. Pour que le doute (et plus) s'instille sur l'opération elle-même, son contenu, ses critères et ses effets…

02:02 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : pav, urbanisme, praille | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pour un projet d'une telle ampleur, il faut prendre du temps de la discussion avec les communes concernées Carouge, Lancy et Genève et toutes les parties prenantes en abordant tous les sujets de discorde,les points de divergence, les souhaits de chacun bref faire une travail de conciliation afin de partir sur de bonnes bases, puis dans un deuxième temps les administrations doivent s'activer pour donner toutes les autorisations dans un temps record...A partir de cela, plus aucune opposition individuelle, associative ou politique de doit entacher ce projet, et le temps de la réalisation peut commencer....

Écrit par : demain | mardi, 07 octobre 2008

La vieille rengaine: les religions nous diraient pourquoi nous sommes ici, quel est donc le sens de la vie, et elles sont seules dépositaires de ce quelque chose que certains appellent la "spiritualité". Quelle tristesse! Ayant admis qu'une conduite morale n'existait pas l'adhésion à une religion quelconque, les hommes ne sont toujours pas jugés capables de se forger des sens à leurs vies individuelles et sociales. Il est vrai que c'est une tâche ardue et cela d'autant plus s'ils exigent l'absolu. Mais nous savons bien que seules les mythes donnent toutes les réponses aux besoins et aux désirs des hommes, car elles sont infiniment plastiques et adaptables. Le vrai savoir, lui, accepte sa finitude et sa nature provisoire, en le regrettant parfois peut-être, comme les adultes regrettent parfois la sécurité du foyer parental. Pas de tour de passe-passe, s'il-vous-plaît, nous sommes limités, mortels et imparfaits, mais nous pouvons être courageux, de bonne foi et libres de notre pensée. Enfin, nous sommes capables, même athées, de reconnaître dans diverses religions des aspects de l'humain et de nos aspirations qui ont nourri de grandes oeuvres artistiques, sans pour autant adhérer à leurs dogmes. Ainsi un bon professeur est capable d'introduire ses élèves à la plupart des concepts qui leur sont nécessaires pour apprécier une oeuvre de Shakespeare (pour prendre un auteur dans la culture anglo-saxonne, particulièrement imprégnée de références bibliques) , de même qu'il pourra donner les références nécessaires à la compréhension de l'époque où ses oeuvres ont été écrites. Sinon toute étude et tout dialogue serait impossible. Souvenons-nous aussi, avec modestie, que des millions de bouddhistes adhérent à un enseignement (ou voie) sans Livre, sans Dieu et sans Vérité absolue, et bien sot serait celui que leur déniait les qualités que nous regroupons généralement sous le vocable de "spirituel".

Écrit par : Mère | mardi, 07 octobre 2008

Un copier-coller malencontreux explique la présence de ce dernier texte ici. Je présente mes excuse à l'auteur du blog et à ses lecteurs.

Écrit par : Mère | mardi, 07 octobre 2008

Tant que les décisions seront prises par des gens qui doivent se préoccuper de leur ré-élection tous les quatre ans (plus ou moins), nous serons condamnés, au mieux, à la médiocrité des modes, qui consistent essentiellement à recopier les modes d'antan (et pas toujours les plus intéressantes) ou bien au désir de certains de s'ériger des monuments personnels. Tout cela peur coûter fort cher au contribuable, qui préfère alors souvent, chat échaudé craignant l'eau froide, se tourner vers le "tout privé", qui jugera de la qualité d'un projet à l'aune du profit de quelques promoteurs. Mais soyons optimistes, peut-être existe-t-il au fond d'un tiroir, en Suisse ou ailleurs (mais s'inspirer des réussites d'ailleurs est souvent vu comme un aveu de faiblesse) un projet de véritable "ville nouvelle", qui ne craindrait pas, en outre, de reprendre ce qui fonctionne bien dans certaines "villes anciennes".

Écrit par : Mère | mardi, 07 octobre 2008

@Mère. C'est souvent le cas à Genève mais il y a des exceptions en Suisse.

Marianne Huguenin, syndique de Renens a lancé des projets urbanistiques pour sa ville (SDOL) par une votation qui a été plébiscitée par la population. Les travaux sont en cours.

Le maire de Bienne Hans Stöckli lance des projets intéressants avec enthousiasme et avec une population qui suit l'évolution de leur ville. les travaux sont en cours.

Le maire de Zurich, Elmar Ledergerber, élu par les internautes comme un des meilleurs maires depuis for longtemps a géré sa ville par une vision globale et participative. Les travaux en cours se poursuivent.

Toutes les villes suisses sont différentes.
Le copier-coller dont le Maire de Genève M. Tornare veut s'inspirer dans son interview d'aujourd'hui (Lyon, Lille, Stockholm) est absurde car inadapté au territoire genevois. Cela prouve que nous avons un gros souci avec nos élus et aussi avec la population malgré son envie d'avancer est trop souvent enclin à se quereller pour des projets de "bien commun" soit par le biais de droit de recours d'associations ou à travers des disputes politiciennes.

C'est avant par un travail de fond sur les mentalités qu'il faut à tout prix opérer à Genève. La participation c'est bien, mais l'esprit de conciliation et d'entreprise, c'est mieux.

Écrit par : demain | mardi, 07 octobre 2008

@demain: Merci de votre réponse encourageante.

Écrit par : Mère | mardi, 07 octobre 2008

Les commentaires sont fermés.