• Vernier : le salaire de la campagne et le prix de la division

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    Chacun pour soi, le MCG pour tous

    Le candidat du MCG élu avec près de 40 % des suffrages, le candidat libéral, soutenu par toute la droite (UDC comprise) et par les Verts, battu avec un gros tiers des suffrages, le candidat socialiste (le PS partant tout seul) fermant la marche avec un gros quart des suffrages : le résultat de l'élection complémentaire à Vernier est on ne peut plus clair. Il ratifie une campagne de terrain remarquable (celle du MCG), quoi qu'il en soit de son contenu détestable, il sanctionne sévèrement (mais d'une sévérité méritée) les divisions de la gauche, et il entérine le marasme de la droite traditionnelle. Reste à tirer de l'épisode les quelques enseignements utilisables qu'il nous propose -à commencer par cette vieille évidence : " unis, nous sommes forts - divisés, nous sommes battus ".

    Foirades

    La victoire du MCG à Vernier est aussi incontestable que la défaite de ses adversaires : une Entente qui, même avec l'apport de l'UDC et des Verts, n'atteint que le tiers des suffrages ; un PS, premier parti de Vernier, qui apprend dans la douleur qu'il ne peut pas être majoritaire tout seul ; et une " gauche de la gauche " totalement absente du débat. Si le PS a raté hier à Vernier ce qu'il avait réussi l'année dernière à Onex et à Genève, ce n'est pas parce qu'il était absurde de revendiquer un deuxième siège dans une commune où la gauche est majoritaire et où le PS est le premier parti de la gauche, c'est plus simplement parce qu'une stratégie improvisée a toutes les chances d'aboutir à une foirade méritée. Le PS n'est pas toute la gauche à lui tout seul. Il a donc besoin d'alliés Reste à savoir lesquels. Une alliance avec les seuls Verts équivaudrait à une " droitisation ". Quant à une alliance " de gauche " entre le PS et la seule composante d' " A Gauche toute " ayant assez de cohérence interne pour être considérée comme une force politique, SolidaritéS, elle ne ferait que ratifier le passage des Verts de la gauche au centre mou, et signifierait la perte des quelques majorités dont la gauche dispose dans les institutions, quoi qu'elle en fasse, et dont elle ne dispose que parce que les Verts en font encore partie -tout en lançant d'appuyées œillades à la droite. On peut certes se passer d'alliés. Mais il faut alors aussi se passer de majorités, et entrer dans une opposition dont nous avons totalement désappris les exigences, à moins de cultiver l'espoir d'être un jour (ou un grand soir) majoritaires à nous tout seuls. Et on en est loin. On en est à devoir reconstruire des alliances. Et à devoir se battre pour les ancrer le plus solidement possible à gauche, quand plane la tentation de les déplacer à droite.

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  • La bourse plombe les retraites : Quel bon usage de la crise ?

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    Entre 30 et 60 milliards de francs de retraites capitalisées dans les caisses de pension publiques ou privées se sont évaporés, tels une " courte, légère et aérienne " constitution libérale genevoise. Ces caisses (elles sont 2670, dont 2500 privées) gèrent 650 milliards de francs, placés pour une part en actions -et les actions ont plongé de 20 % en un an, en Suisse. Aujourd'hui, une caisse privée sur six et deux caisses publiques sur trois ne disposent pas d'une couverture financière équivalant à leurs obligations. Le fonds de compensation de l'AVS a perdu près de deux milliards en 2007 sur ses placements. Et tout cela sur fond de vieillissement de la population, un vieillissement que ne compense pas une immigration qu'on s'obstine à vouloir freiner. Comme dirait Léon Nicole, " les perspectives sont plus belles que jamais ".

    Le retour de la vengeance des retraites populaires

    Dans les années soixante (ou était-ce au début des années septante ?), le Parti du Travail et l'AVIVO avaient lancé et fait aboutir une initiative populaire fédérale pour des " retraites populaires ", qui proposait une alternative solidaire à ce qui allait devenir le " Deuxième pilier ". Cette initiative, lâchée par le PSS et les syndicats, avait succombé en votation populaire. Et on est donc passé à la construction de ce fameux " Deuxième pilier ", forme doucereuse d'épargne forcée et d'investissement obligatoire (sans que les cotisants sachent où ce qu'on leur a forcé d'épargner a été investi), et surtout conception particulièrement inégalitaire de la prévoyance sociale : chacun cotise pour soi-même, les riches auront des retraites de riches, les pauvres des retraites de pauvres, chacun à sa place, les torchons avec les torchons et les serviettes avec les serviettes. Et voilà qu'à la faveur d'une nouvelle crise financière (ni la première, ni la dernière), on se demande si les caisses de retraite ont perdu trente ou soixante milliards… Si cette crise, et les menaces pesant sur le financement des rentes du " Deuxième pilier " pouvaient inciter à revoir le plus fondamentalement possible le système des retraites, nous aurions trouvé de la crise un bon usage, et répondu aux menaces. Mais sur quelles forces s'appuyer aujourd'hui pour un tel changement de politique sociale ? La droite, évidemment, fera tout pour l'éviter. Mais la gauche, qui devrait tout faire pour le provoquer, y est-elle prête ? Le PSS et l'USS ont accepté un système fondamentalement contradictoire de toute justice sociale. Comment s'en dépêtreront-ils ? Et ont-ils seulement le projet de s'en dépêtrer ?

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  • l'Alternative prend l'eau

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    Ville de Genève : une alliance à bout de souffle

    Des Verts reprenant du parti libéral le flambeau du démantèlement de la taxe professionnelle communale ; des " indépendants de gauche " reprenant du MCG la bannière poujadiste de la défense du petit commerce contre les artistes privilégiés ; des socialistes proposant de faire revenir le fonds d'art contemporain à ce qu'il était il y a trente ans (un fonds d'achat et d'exposition d'œuvres, un point c'est tout, ou presque) : la majorité " alternative " en Ville de Genève expose ses incohérences et étale ses divisions. Si au moins il s'agissait d'oppositions de ligne politique, de divergences de fond -mais non : on est pas sur le terrain du débat politique, on est dans un préau d'école. Primaire, l'école. Très primaire, même.

    Pour une alternative à l'Alternative
    Comme dans toutes les principales villes de ce pays, la gauche, ou du moins les forces réputées la composer, est majoritaire en Ville de Genève. Majoritaire structurellement, en ce sens que la structure de la population urbaine, les préoccupations de cette populations et les choix, au moins rhétoriques, de " la gauche " convergent. Reste qu'être " structurellement " majoritaire ne signifie pas l'être " fatalement ", et qu'une majorité politique se mérite. Et qu'elle peut se perdre.  Non que l'opposition à cette majorité vaille mieux qu'elle, mais plus stupidement parce que les forces qui composent cette majorité ne savent pas, ou plus, quoi en faire -sinon la gaspiller,. la fragmenter, l'éclater au gré de guéguerres tribales à propos de tout et n'importe quoi -et de préférence à propos de n'importe quoi, chacun consacrant l'essentiel de son énergie et de ses forces, non à réaliser ses projets, et moins encore les projets communs, mais à empêcher le voisin de réaliser les siens. Ni Genève, ni la gauche n'ont besoin d'une " Alternative " réduite à un agrégat de clans incapables de formuler une politique commune et d'avancer des projets communs. Pour paraphraser la citation de Jean Sénac placée en exergue à cette feuille, " Si l'Alternative est une pommade lénifiante sous laquelle demeurent les plaies, qu'éclate l'Alternative ". Encore faudrait-il d^ailleurs que la pommade soit lénifiante, et que sous elle les plaies ne fassent que demeurer. De vieilles pommades, même lénifiantes, finissent par devenir infectieuses. Il y a forcément une alternative à ce qu'est devenue l'Alternative.

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  • La culture contre la marchandise

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    L'enjeu central de toute politique culturelle...

    Les 3 et 4 octobre prochain se tiendra à Genève la deuxième session du forum " art, culture et création " organisé par le RAAC (Rassemblement des artistes et acteurs culturels). Les ateliers thématiques du RAAC ont travaillé pendant des mois, sur cinq champs : le financement de la culture, le statut social des artistes et créateurs, " culture et société ", la gouvernance culturelle, " culture et urbanisme ". Les résultats de ces travaux, les propositions sur quoi ils débouchent, les positions des partis politiques seront présentés au forum. Mais en arrière-fond de toutes ces thématiques, en contre-champ de tous ces champs, une urgence devrait être évidente : résister à la mercantilisation de la culture.

    La culture, part maudite

    " Quels sont pour votre parti les enjeux centraux en matière culturelle à Genève " ? demande le RAAC aux partis politiques du lieu. Le pluriel est étrange (définir plusieurs " enjeux centraux " est un peu comme fixer plusieurs " priorités " : c'est n'en retenir aucun-e). Retenons donc un seul enjeu " central " ; il ne sera pas genevois, parce qu'il est le même partout où l'on tente de définir une politique culturelle, et de la réaliser. Cet enjeu, c'est de défendre l'espace de la création et de la représentation  culturelle contre l'emprise du marché et la prééminence de critères comptables et financiers dans la définition de la politique culturelle, les choix de répartition des ressources, et même les contenus culturels. Renversant les hypothèse de l'économie politique, George Bataille, dans La Part maudite, affirmait que toute économie réelle tient par ce qui ne respecte aucun calcul économique rationnel, et que nos mornes " gestionnaires " politiques considéreront comme du gaspillage et de la consumation somptuaire de ressources. Sous l'empire de la marchandise, tel est le sort de la création et de l'expérimentation culturelles, de la culture émergente, des cultures du pauvre et de l'immigrant -de tout ce qui, dans le champ culturel, n'est pas (ou pas encore) fauteur de profit marchand ou de prestige social. Or c'est précisément cette part maudite qui nécessite le soutien que seule une République (ou une commune, ou, mieux encore, les deux ensemble) peut apporter. Et c'est précisément pour cela que le renforcement des moyens de cette politique s'impose, comme la mobilisation des acteurs culturels, pour l'imposer. 

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  • Infarctus gouvernemental : Un système politique aux soins intensifs ?

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    Qu'un ministre des Finances fasse une crise cardiaque après une semaine de crise financière est certes un drame personnel, mais pas franchement une incongruité; que l'accident cardio-vasculaire d'un ministre, fut-il des Finances, et vice-président de la Confédération, secoue les institutions, est en revanche plus original. C'est qu'on ne forme pas en Suisse un gouvernement en fonction des enjeux, des besoins ou d'un programme politique, mais qu'on le forme comme on compose l'échantillonnage d'un sondage. Et que quand un morceau de l'échantillon manque, c'est tout le sondage qui foire.

    Le cœur du pouvoir…

    Ça n'est pas la première fois, et ça ne sera pas la dernière, que la santé d'un ministre défaille. Mais il nous semble bien que, depuis des décennies en tout cas, c'est la première fois que les fibrillations cardiaques d'un ministre sèment un tel trouble politique. Que Merz puisse rester ou non au Conseil fédéral ne devrait guère avoir d'importance que pour lui, s'il n 'était qu'un ministre. Mais, comme ses collègues, il est aussi, et sans doute surtout, l'élément d'un échantillonnage politique : il est l'un des deux ministres du parti radical. Et ce n'est pas tant le siège de Merz qui est en jeu que l'un des deux sièges radicaux -et donc, la composition du gouvernement d'un pays qui forme son gouvernement comme on mitonne une ratatouille. Si Merz devait démissionner, son siège resterait-il radical ? ou serait-il récupéré par le PDC (qui avec une force électorale équivalente à celle du parti radical ne dispose que de la moitié de sa représentation gouvernementale) ? ou par l'UDC (que sa posture oppositionnelle commence à fatiguer) ? ou par les Verts (que leur progression et leur force électorales rendent " gouvernementables ") ? Nous devrions nous en contrefoutre. Et nous nous contentons de nous y intéresser comme on peut s'intéresser au tirage d'une loterie à laquelle un proche a joué. Le cœur de Merz a lâché, pas (hélas) le cœur du pouvoir. Pas seulement parce que le pouvoir n'a pas de cœur -cela, on le sait depuis Machiacel- mais parce que que le pouvoir n'est pas au Conseil fédéral. Et qu'il n'y aura bientôt plus que les Conseillers fédéraux et leurs partis (le nôtre compris) qui l'ignorent.

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  • Changer d'ère : Bonne année !

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    automne.jpgAujourd'hui 22 septembre du calendrier grégorien, nous sommes le premier Vendémiaire, Jour de l'an du calendrier républicain. On ne change pas l'histoire en ne changeant que ce qui la scande : ce n'est pas le calendrier républicain qui fait la République -mais il dit tout de même la volonté, ou le rêve, républicain de changer d'ère. En usant d'un calendrier dont personne ne fait usage, sinon par nostalgie, pour la beauté des noms donnés à ses mois, ou par souci de se distancer d'un temps que nos maîtres nous volent et vendent, nous nous rappelons que, politiquement aussi, nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés nos rêves…

    Salut et Fraternité

    Le 19 octobre, une Assemblée Constituante sera élue à Genève. Le 19 octobre du calendrier grégorien, c'est le 28 Vendémiaire du calendrier républicain. Et le 28 Vendémiaire du calendrier républicain, qui donne aux jours des noms de fleurs, de fruits, de légumes, de plantes, d'outils, d'animaux… c'est le jour de la tomate. Un fruit rouge, certes ; et juteux, sans doute, et goûteux, parfois. Mais mou et fragile. Ça aurait pu être pire : Aurait-on prévu l'élection de la Constituante la semaine précédente, nous serions tombé sur le jour du chanvre -nous n'en avons pas besoin pour rêver d'une République fidèle à ses promesses ; pire encore : aurait-on prévu cette élection une semaine plus tard, nous serions tombé sur le jour de l'oie, ce qui ne plaçait pas le débat démocratique sous le parrainage intellectuel le plus enthousiasmant. Gageons que quelques oies trouveront tout de même le moyen de se glisser dans le troupeau constituant,  d'y marcher à leur pas et de sommer les autres de les suivre.   Il dépend des citoyennes et des citoyens que ces palmipèdes soient finalement moins nombreux que les chats sauvages et les moutons noirs qui rôdent avec nous aux marges des listes, pour une Constituante dont on peut au moins espérer qu'elle ne ressemblera pas à la Ferme des Animaux d'Orwell.

  • Acharnement thérapeutique au chevet d'un club moribond : Roro, reviens !

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    Le Président de l'association du FC Servette, Francisco Vinas, a démissionné de son poste après avoir été conspué par les ultimes supporters du club et menacé physiquement par les plus crétins d'entre eux. Il était à la tête du club depuis la faillite de 2005. Rampant à la dernière place du classement de la " Challenge league " (en anglo-zurichois dans le texte), menacé de se retrouver en Première Ligue (en français dans le texte, mais ça doit être une erreur), le FC Servette n'a plus de président. Et une foultitude de bonnes âmes (dont not'bon Maire et le commis de régie du Conseil d'Etat) qui, apparemment, n'ont rien d'autre à foutre, s'agitent pour lui en retrouver un. Ce qui, à défaut de signaler une urgence quelconque, indique au moins que ce club sans supporters, sans public, mais avec un stade trente fois trop grand pour lui, est incapable de se sortir tout seul du merdier où l'ont plongé les incomparables gestionnaires qui étaient à sa tête. Il n'est apparemment apparu à personne l'évidence qu'on pouvait laisser le Servette se démerder tout seul. On ne voit pas ce que les " politiques " ont à faire dans cette histoire, mais on se demande déjà combien, après les dizaines de millions balancés dans le trou du stade, puis dans l'Eurofoot, le fétichisme " sportif " va encore coûter à la République et à la Commune.

    Faute de Balzac, du Labiche.

    De Luscher à Vinas en passant par Roger, les présidents successifs du FC Servette nous ont dessiné un joli tableau, une sorte d'échantillonnage de la comédie humaine genevoise : un politicard démagogue, un batteur d'estrade, un brave homme dépassé par les événements. Un Balzac en aurait fait une fresque -mais il aura fallu se contenter d'un sous-Labiche, un scénariste de série télévisée de fin d'après-midi. Quand un feuilleton s'enlise, que les personnages deviennent pitoyables, que l'intrigue se désagrège, les producteurs de " soap operas " ont généralement recours à une recette éprouvée : faire ressusciter un personnage qui dans les épisodes précédents avaient disparu de la circulation. Et là, avec le feuilleton du Servette, on l'a, le personnage qui pourrait redonner du tonus à une série calamiteuse : Roro le Magnifique, Marc Roger soi-même, celui à qui les Luscher et autres Carrard avaient vendu le FC Servette pour un franc symbolique. Celui qu'on a coffré pendant deux ans pour le condamner ensuite aux deux ans qu'il avait déjà fait. Au moins, avec Roro, on se marrait. Et son passage aura eu le mérite de mettre en évidence ce que le sport d'élite est devenu. Des trois présidents successifs du FC Servette, le premier fait une carrière politique, le second a fini au tribunal, et le troisième, le plus honnête des trois, a démissionné. Et après lui, qui ? un ancien joueur professionnel français passé dans l'immobilier ? Une famille d'investisseurs iraniens ayant déjà réussi à couler un club autrichien ? un successeur d'Alain Morisod à la tête d'UGS ? On attend avec gourmandise…

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  • Dis Papy, raconte-moi la Grande Grève…

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    Il y a 90 ans, la Grève Générale :
    Dis Papy, raconte-moi la Grande Grève…


    Dans deux mois, on commémorera (peut-être) le seul et unique mouvement de grève générale que la Suisse ait connu. Un mouvement déclenché à la fin de la Grande Guerre, pour protester à la fois contre la paupérisation massive de la classe ouvrière des villes, et les innombrables entraves à l'exercice des droits démocratiques qu'à la faveur de la Grève, le Conseil de fédéral (tout entier de droite), le patronat et les chefs de l'armée (très germanophiles, le général étant lui-même lié à la famille Bismarck) avaient multipliées. De cette unique grève générale suisse, les héritages sont nombreux : elle a imposé l'élection du Conseil national à la proportionnelle (il est vrai que ça arrangeait les petits partis de droite), mis le droit de vote et d'éligibilité des femmes au centre d débat politique (il faudra cependant près de soixante ans pur que la Suisse s'y résigne)… mais aussi paradoxaux : la " Paix du Travail ", vingt ans après la Grève générale, et la " concordance ", vingt-cinq ans après, en sont aussi issues.

    La grève, c'est larme des travailleurs ?

    On ne sait pas comment se commémorera dans deux mois la Grève Générale de 1918, mais on sait comment elle fut digérée, après avoir été férocement réprimée : par la Paix du Travail, d'abord, signée vingt ans plus tard entre des syndicats soulagés de n'avoir plus à faire l'effort d'organiser un mouvement national de rupture et un patronat littéralement terrorisé par le mouvement et l'éventualité de sa réédition ; par la concordance politique, ensuite, et l'intégration du PSS au Conseil fédéral, scellée un quart de siècle après la grève. Le mouvement de 1918 avait été lancé par un Comité rassemblant le Parti socialiste et les syndicats (le Comité d'Olten), sous pression de la base ouvrière et des gauches socialiste et syndicale toutes émoustillées par la Révolution russe et la chute des trois empires (allemand, austro-hongrois et russe -auxquels on ajoutera l'ottoman) qui écrasaient toute l'Europe centrale et orientale. De quel mouvement comparable les socialistes et les syndicats, aujourd'hui, seraient-ils capables ? Et sur quelles revendications ? Et sur pression de quelle base, et de quelles gauches ? La classe moyenne consumériste protestant contre l'augmentation du prix des I-pod ?


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  • La Finance contre l'économie

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    Krach du siècle, de l'année, du mois, de la semaine ?

    Des cinq grandes banques d'affaires qui trônaient à Wall Street il y a un an, il ne reste que deux, après le rachat de deux d'entre elles et la faillite de la troisième; 510 milliards de dollars ont été perdus par les banques en deux ans ; Citygroup a perdu 55 milliards de dollars sur le marché des " subprimes ", l'UBS 43 milliards (et son action les deux tiers de sa valeur). La réserve fédérale américaine balance 50 milliards sur le marché pour sauver les meubles, la Banque centrale européenne en rajoute encore un peu plus, les banques centrales anglaise, suisse, japonaises suivnt, sous les applaudissements des habituels chantres du " moins d'Etat ". Bref, une crise de plus. Et toujours pour les mêmes raisons : la déconnexion totale de la finance et de l'économie -ou, pour le dire avec de vieux mots bien poussiéreux, bien archaïques : la déconnexion du capitalisme financier et du capitalisme entrepreneurial. Une belle leçon de marxisme à usage des commentateurs boursiers.


    Faites sauter la banque !

    La dernière en date des crises traversées par le système financier mondial aura peut-être mis fin à la domination des banques d'affaires américaines sur ce système : la première, la troisième et la sixième banque mondiale (selon la valeur boursière) sont désormais chinoises, et les Chinois se mettent à racheter des fonds de capital-investissement américains et des banques américaines. On ne pleurera pas sur les banques (américaines ou suisses, peu importe), ni sur les compagnies d'assurances, ni sur les investisseurs ratissés par cette dernière crise : elles et ils n'ont que ce qu'ils méritent. Mais qui va faire les frais de leur rapacité, de leur incompétence et de leur irresponsabilité ? Les 100 plus gros contribuables vaudois réunis au Musée Olympique (une belle idée, soit dit en passant, que de se pleurer dans le gilet sur l'autel du sport-pognon) en présence de Pascal Couchepin ? Certainement pas. Plutôt leurs employés, les consommateurs, les groupes sociaux les plus précarisés -et les caisses publiques. Avec, accompagnant les baisses de rentrées fiscales, les inévitables appels à l' " austérité " -entendez : la réduction des dépenses sociales, des subventions culturelles et des investissements utiles à toute la population, et pas seulement aux grosses entreprises en mal de commandes.

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  • UNE CONSTITUANTE, POUR QUOI FAIRE ?

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    Avec plus de résignation que d'enthousiasme, les citoyennes et yens genevois ont accepté d'élire une assemblée constituante et de la charger de réécrire la Charte fondamentale de la République. Non que les dits citoyennes et yens aient ressenti le besoin impérieux de réformer les institutions genevoises : ils ont seulement pris acte de ce que ce besoin était impérieusement ressenti par d'autres (le groupe formé autour du professeur Andreas Auer), et n'ont vu aucune objection à laisser 80 personnes s'ébrouer dans une assemblée mandatée pour produire un texte qui de toute façon sera soumis au vote populaire -et que le vote populaire pourra donc renvoyer à ses auteurs. Tous les partis, et une palanquée de groupes s'affirmant non partisans et "issus de la société civile" (comme si les partis politiques étaient issus d'ailleurs -mais d'où ? de la cléricature religieuse ? de l'armée ?), présentent des listes à l'élection de la Constituante (le PS présente quarante candidates et candidats, dont un tiers ne sont pas membres du parti). Le 19 octobre, on saura de quoi et de qui la Constituante sera faite. Mais pas vraiment à quoi elle va servir. A réformer les institutions ou à lisser leurs règles de fonctionnement ? A étendre les droits politiques et sociaux ou à les conformer à un cadre juridique réputé "supérieur" (le cadre fédéral, tant qu'on ignore que ce cadre "supérieur" est lui-même soumis à un cadre encore plus "supérieur" : les grands textes du droit international) ?

    La droite n'a pas fait mystère de ses intentions de réduire les engagements de la République au strict nécessaire -et le strict nécessaire, pour la droite, c'est toujours l'Etat gendarme, et rien que l'Etat gendarme, ne garantissant qu'un droit : celui à la propriété privée; l'extrême-droite, elle, mettait les pieds au mur -non que l'actuelle Constitution lui convienne, mais parce qu'elle craint une avancée des droits politiques pour les étrangers, et une avancée des droits sociaux pour tous; enfin, la "gauche de la gauche" (ou réputée telle, par elle-même) craignait, à l'inverse, une réduction des droits politiques et des droits sociaux. Quant au PS, il s'est avancé en faveur de la révision constitutionnelle, avec une "feuille de route" énonçant, sans les préciser, les grands axes de ses revendications (extension de droits politiques et sociaux, construction d'un espace politique régional, transfrontalier et démocratique, prise en compte des changements sociaux)...

    Une Constitution, cela peut être un programme politique ou un constat notarial. Le programme politique dit où l'on veut aller, le constat notarial dit où on en est. L'exercice du constat est donc le plus aisé : il ne consiste après tout qu'à décrire l'état des choses. Mais dès lors que les ambitions constituantes s'élèvent au-dessus de celles de l'arpenteur institutionnel, les grands débats et les grands clivages surgissent, entre la gauche et la droite, à l'intérieur de la gauche et de la droite, et, transversalement, selon des lignes de front qui rompent l'opposition des camps politiques constitués : libertaires contre autoritaires, laïques contre confessionnels, libre-échangistes contre protectionnistes, autonomistes contre centralistes, internationalistes contre nationalistes, et j'en passe... De toutes ces lignes de fracture, celle qui devrait nous importer le plus est celle qui va opposer les forces qui veulent renforcer le champ du politique (et de la démocratie) face à l'économie et à la marchandise, d'une part. et les forces qui se satisfont pleinement (ou qui veulent l'étendre encore) de l'emprise du marché, d'autre part. La Constituante, ça pourrait être le champ (pas clos, puisque la joute se livre devant la Cité) de l'affrontement de la République et du Marché.

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  • Retour politique du religieux : Gott mit euch

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    Dans un discours prononcé devant quelques centaines de " personnalités du monde de la culture " française, Benoît Seize, ci-devant pape, a proclamé (une fois de plus, mais on ne s'en lasse pas) que " ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture véritable ". En suggérant (modestement, puisque athées et donc hors de " toute culture véritable ") à Papy de lire l'Enyclopédie (après 250 ans, il serait temps), on lui rappellera que le " fondement " réel de la culture européenne est gréco-latin, et donc païen (sans oublier d'ailleurs que ce fondement repose lui-même sur des héritages non moins païens), que l'apport de l'athéisme et de l'agnosticisme à la culture européenne est incontestable, et qu'à vouloir exclure de la " culture véritable " les Lumières et l'affirmation d'une Raison autonome de la foi, on s'interdit de comprendre même ce qu'est la culture européenne. Il est vrai cependant que le Pape n'est pas le seul à s'arrimer comme un champignon aux " racines chrétiennes " de " notre civilisation " : dans notre petit coin de terre, la liste " évangélique " pour la Constituante genevoise fait de même, et les partisans de l'interdiction des minarets en Suisse itou.

    Racines

    La floraison de discours sur les " racines " religieuse de " notre civilisation ", cette obstination suspecte à vouloir réduire ces " racines " à la chrétienté (ou à la judéo-chrétienté, ou, dans le meilleur des cas, au Livre) et donc " nôtre civilisation "à la religion, commencent sérieusement à nous courir sur le haricot. Et tous ces bons apôtres truffiers à nous bassiner, qui nous somment de graver dans les textes (les constitutions, par exemple) ce qui leur paraît être une évidence, mais qui ne l'est qu'en raison de leur myopie historique : que les " racines " de notre " civilisation européenne " seraient chrétiennes, que les " racines " de toute civilisation seraient religieuses. Il se trouve que les seules religions historiquement supportables sont celles qui ont secrété les acides qui les ont détruites comme institutions incontestables : c'est le grand mérite du christianisme que cette sécularisation, et c'est la grande faiblesse de l'islam, que de n'y être encore parvenu qu'à la marge, faute peut-être d'institutions centrales à combattre frontalement. Mais en chrétienté aussi, la nostalgie du règne religieux se cultive, de Sarah Palin à Benoît XVI. Or le christianisme s'est diffusé comme culture dans le temps même où il se dissolvait comme puissance politique, et à la condition de cette dissolution. Pourquoi dès lors vouloir à toute force remettre un dieu là d'où on a eu tellement de peine à l'extirper : au cœur de la politique ? Sans Calvin, il n'y aurait certes pas de République de Genève… mais si les arbres tiennent par leurs racines, nous ne sommes pas des arbres et nous tenons par nos têtes. A vouloir s'enraciner, on n'arrive qu'à s'immobiliser.

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  • Observer la xénophobie ordinaire pour la combattre

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    L'Observatoire du droit d'asile et des étrangers a besoin de soutien


    L'Observatoire du droit d'asile et des étrangers (ODAE) est né suite à la votation du 24 septembre 2006, lorsque le peuple suisse a accepté la révision de la loi sur l'asile (LASI) et la nouvelle loi sur les étrangers (LEtr). Les autorités avaient alors assuré qu'elles appliqueraient la loi avec " mesure " et " humanité ". Dans les faits, cependant, l'O.D.A.E a relevé de nombreux cas d'applications tatillonnes, arbitraires et chicanières de la loi, conduisant à des décisions violant parfois les droits humains. Lutter contre cette xénophobie ordinaire et légale exige des moyens. Accordons-les à l'ODAE.

    Faire tenir aux autorités les promesses qu'elles ont faites

    Pour faire admettre en 2006 un nouveau durcissement de sa politique d'immigration et d'asile, le gouvernement avait multiplié les promesses. Il avait ainsi assuré que l'autorité entrerait en matière sur des demande d'asile même lorsque le requérant ne pourrait pas présenter de papiers d'identité, parce que son pays d'origine les lui refuserait ou que des indices de persécution requerraient " des investigations supplémentaires ". Mais dans les faits, l'absence de papiers d'identité est utilisée comme argument d'un refus d'entrer en matière malgré l'existence de tels " motifs excusables ". De manière générale, la barre de la " vraisemblance des faits " est placée de plus en plus haut : on exige des preuves souvent impossibles à fournir. De plus, les autorités omettent souvent d'examiner les situations sous l'angle de la Convention relative aux droits des enfants. Enfin, il n'existe aucun organe de contrôle chargé de veiller au bon déroulement des expulsions bien que celles-ci se déroulent parfois de manière brutale. Cette situation et ces pratiques rendent indispensable l'existence d'un observatoire indépendant, et d'une observation régionale et nationale, et pas seulement locale des pratiques des autorités. L'ODAE, créé à Genève sous l'impulsion de la Coordination contre l'exclusion et la xénophobie, doit élargir sa présence et son action à toute la Romandie, et sa collaboration avec les observatoires alémanique et tessinois, ce qui implique des moyens supplémentaires. Un appel de fonds est lancé pour obtenir ces moyens Nous ne saurions trop vous inviter à y répondre favorablement.

    ADRESSEZ VOS DONS À:
    Observatoire du droit d'asile et des étrangers - Genève
    CCP 10-747881-0.


  • Prolifération des taupes : Infiltrez-nous, bordel !

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    De " Sarah Meylan " à " Shanti Muller ", d'Attac au Groupe anti-répression, mais sans quitter Securitas : après la révélation de l'infiltration d'Attac par Securitas (sur mandat de Nestlé), la révélation de l'infiltration du Groupe antirépression de Lausanne par Securitas (sur mandat d'on ne sait pas encore qui) confirme le boom des taupinières privées (et sous-traitantes des polices publiques, puisque Securitas assure avoir transmis les infos que récoltaient ses taupes à la police). " Sarah Meylan " avait disparu de la circulation, " Shanti Muller " est toujours là. Mais apparemment pas en très bon état mental : " carrément paranoïaque " selon ses voisins, sympathisante (ou membre) de l'UDC selon la presse, elle avait été engagée en 1999 par Securitas. En 2002, elle commençait à infiltrer les réseaux alternatifs. Entre 2003 et 2005, pendant que " Sarah Meylan " fliquait Attac-Vaud, " Shanti Muller " fliquait le Groupe antirépression de Lausanne. Et la petite taupe qui rêvait d'une barboteuse l'a finalement obtenue : " Shanti Muller " est devenue cheffe du service d'investigations de Securitas. Tout cela rend d'autant plus légitime la motion déposée au Conseil municipal de la Ville de Genève par la gauche, et d'autant plus urgente son adoption. La motion demande à la Municipalité de mettre un terme à ses relations commerciales avec Securitas. C'est le moins que l'on puisse faire. Ou alors, on mandate Protectas pour infiltrer Securitas. Et on bat sa coulpe, toute honte bue de n'avoir pas mérité d'être infiltrés. Quoique, sait-on jamais ?

    Le blues du non-infitré

    Lorsque éclata l' " Affaire des fiches " et que les militants de gauche et d'extrême-gauche purent avoir accès aux dossiers constitués (ou non) sur eux par les polices municipales, cantonales et fédérales, un étrange sentiment s'empara desdits militants : avoir été fiché devint une fierté (mâtinée d'ailleurs d'amusement, à la lecture des âneries compilées dans les dossiers remis aux intéressés), ne pas avoir été fiché avait quelque chose de honteux. Alors quoi ? Tout mes copains étaient fichés et pas moi ? Je ne méritais pas l'attention de la police ? J'étais inoffensif ? On me méprisait ? Un quart de siècle plus tard, et le vent des privatisations ayant soufflé, ce sont des officines privées qui fliquent les mouvement sociaux. Mais pas n'importe lesquels : Securitas a infiltré Attac, le Groupe anti-répression, LausAnimalist, le centre alternatif de la Reithalle… mais pas, du moins que l'on sache, les partis politiques de gauche. On pue de la gueule ? ou alors, on est insignifiants ? C'est vrai, quoi, c'est vexant à la fin, d'apprendre qu'on ne fait plus peur à personne et qu'il n'y a plus que le MCG verniolan pour prendre les socialistes pour ce qu'ils ne sont plus depuis la Grève Générale de 1918…

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  • Initiative syndicale pour une retraite " flexible " : L'Opéra de quat' sous

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    La gauche et les syndicats se préparent à défendre leur initiative pour une " retraite fleexible ", soumise au vote populaire en novembre prochain, contre une furieuse offensive de la droite et du patronat. Pourtant, l'initiative n'a rien de révolutionnaire, ni même de radicalement réformiste ; elle ne remet pas en cause le modèle injuste des " trois piliers " (une cotisation sociale, une épargne forcée et une épargne volontaire) sur lesquels repose, en équilibre instable, le système suisse de retraite. Non : elle propose seulement un aménagement du moment de la prise de retraite, pour répondre à la diversité des situations de vie. Et elle propose un financement n'équivalant qu'à une hausse de cotisation de 20 centimes par jour. Qu'une proposition aussi " raisonnable " et prudente puisse susciter une opposition aussi féroce en dit long sur l'état du débat politique et de la prise en compte des enjeux sociaux dans ce pays.

    Inflexibilité

    En Suisse, en 2008, on en est donc encore à se demander si l'âge donnant droit à une retraite pleine et entière doit être fixé à 62, 64, ou 65 ans, ou 70 ans, en attendant que quelqu'un nous propose de le faire coïncider l'entrée en EMS, ce qui serait assez bien résumer l'idée que la droite se fait de la " flexibilité ". Dans ce pays où la majorité des salariés arrivent à l'âge de la retraite en étant au chômage, à l'invalidité, à l'aide sociale, en arrêt-maladie ou en pré-retraite (un salarié sur deux est exclu du " marché du travail " à 64 ans, un sur quatre l'est déjà à 60 ans), prévoir une retraite à 62 ans semble relever de la provocation, imaginer un droit à le retraite tenant compte des situations et des besoins des personnes, de l'irresponsabilité et proposer des rentes suffisantes pour vivre dignement, de l'aliénation mentale. Une commission du Conseil national a avalisé une révision de l'AVS qui ressemble comme une sœur à celle que le peuple avait rejetée en 2004 : augmentation de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, refus de toute mesure permettant de faciliter un départ avant l'âge pour les personnes à bas revenus… Au non-projet de la droite de la droite, les syndicats opposent, avec le soutien du PS, leur initiative pour une retraite " à la carte " dès 62 ans sans diminution de rente, pour les actifs ne disposant que de bas et moyens revenus. Cette réforme, modeste, pourrait être financée par une hausse non moins modeste des cotisations, équivalant à vingt centimes par jour.... Trop cher, clame la droite et le patronat, Couchepin en tête. C'est bien connu, tout progrès social, même minime coûte toujours trop cher. Quatre sous par jour pour la justice et le respect, c'est hors de prix. Alors, un revenu minimum qui remplacerait la retraite et pourrait être perçu à tout âge, vous pensez...

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  • UNE CONSTITUANTE, POUR QUOI FAIRE ?

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    Avec plus de résignation que d'enthousiasme, les citoyennes et yens genevois ont accepté d'élire une assemblée constituante et de la charger de réécrire la Charte fondamentale de la République. Non que les dits citoyennes et yens aient ressenti le besoin impérieux de réformer les institutions genevoises : ils ont seulement pris acte de ce que ce besoin était impérieusement ressenti par d'autres (le groupe formé autour du professeur Andreas Auer), et n'ont vu aucune objection à laisser 80 personnes s'ébrouer dans une assemblée mandatée pour produire un texte qui de toute façon sera soumis au vote populaire -et que le vote populaire pourra donc renvoyer à ses auteurs. Tous les partis, et une palanquée de groupes s'affirmant non partisans et "issus de la société civile" (comme si les partis politiques étaient issus d'ailleurs -mais d'où ? de la cléricature religieuse ? de l'armée ?), présentent des listes à l'élection de la Constituante (le PS présente quarante candidates et candidats, dont un tiers ne sont pas membres du parti). Le 19 octobre, on saura de quoi et de qui la Constituante sera faite. Mais pas vraiment à quoi elle va servir. A réformer les institutions ou à lisser leurs règles de fonctionnement ? A étendre les droits politiques et sociaux ou à les conformer à un cadre juridique réputé "supérieur" (le cadre fédéral, tant qu'on ignore que ce cadre "supérieur" est lui-même soumis à un cadre encore plus "supérieur" : les grands textes du droit international) ?

    La droite n'a pas fait mystère de ses intentions de réduire les engagements de la République au strict nécessaire -et le strict nécessaire, pour la droite, c'est toujours l'Etat gendarme, et rien que l'Etat gendarme, ne garantissant qu'un droit : celui à la propriété privée; l'extrême-droite, elle, mettait les pieds au mur -non que l'actuelle Constitution lui convienne, mais parce qu'elle craint une avancée des droits politiques pour les étrangers, et une avancée des droits sociaux pour tous; enfin, la "gauche de la gauche" (ou réputée telle, par elle-même) craignait, à l'inverse, une réduction des droits politiques et des droits sociaux. Quant au PS, il s'est avancé en faveur de la révision constitutionnelle, avec une "feuille de route" énonçant, sans les préciser, les grands axes de ses revendications (extension de droits politiques et sociaux, construction d'un espace politique régional, transfrontalier et démocratique, prise en compte des changements sociaux)...

    Une Constitution, cela peut être un programme politique ou un constat notarial. Le programme politique dit où l'on veut aller, le constat notarial dit où on en est. L'exercice du constat est donc le plus aisé : il ne consiste après tout qu'à décrire l'état des choses. Mais dès lors que les ambitions constituantes s'élèvent au-dessus de celles de l'arpenteur institutionnel, les grands débats et les grands clivages surgissent, entre la gauche et la droite, à l'intérieur de la gauche et de la droite, et, transversalement, selon des lignes de front qui rompent l'opposition des camps politiques constitués : libertaires contre autoritaires, laïques contre confessionnels, libre-échangistes contre protectionnistes, autonomistes contre centralistes, internationalistes contre nationalistes, et j'en passe... De toutes ces lignes de fracture, celle qui devrait nous importer le plus est celle qui va opposer les forces qui veulent renforcer le champ du politique (et de la démocratie) face à l'économie et à la marchandise, d'une part. et les forces qui se satisfont pleinement (ou qui veulent l'étendre encore) de l'emprise du marché, d'autre part. La Constituante, ça pourrait être le champ (pas clos, puisque la joute se livre devant la Cité) de l'affrontement de la République et du Marché.

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  • Vernier, terre de contrastes

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    Verts niolus verniolans

    A Vernier, il va falloir voter le 28 septembre pour pourvoir le dernier siège du Conseil administratif, pour une législature réduite à deux ans et demi, après l'annulation de l'élection du candidat MCG, Thierry Cerutti, coupable d'avoir, avec son parti, importé sur la scène politique locale des mœurs plus corses que genevoises. Cette élection partielle (ou se second tour retardé de l'élection normale, comme on voudra) donne lieu à d'intéressantes alliances. On ne sait pas si la multinationale du meuble à monter soi-même pourra s'installer à Vernier, comme elle le voudrait, mais l' " esprit Ikea " souffle déjà sur la commune : les alliances politiques sont livrées en kit, et les partis se les mitonnent sur le mode du bricolage familial : les socialistes partent seul au combat avec Alain Charbonnier pour " barrer la route " au MCG, qui représente son candidat invalidé, Thierry Cerrutti, alors que les Verts soutiennent une candidature libérale aux côtés de l'UDC, des radicaux et du PDC…

    Géométrie politique non euclidienne

    Les Verniolans et Verniolanes étaient a priori, pour l'élection partielle de leur Municipalité, devant un choix assez simple, entre un candidat socialiste, un candidat libéral et un candidat qualunquiste. Un choix entre la gauche, la droite et n'importe quoi, et si on laisse le n'importe quoi à sa place, c'est-à-dire n'importe où, un choix des plus clair, entre la gauche et la droite. Mais choisir de soutenir le candidat du PS contre le candidat libéral fut apparemment hors de portée des Verts locaux, lors même que ce fut bien le PS qui fit élire, l'année dernière, le Conseiller administratif Vert (l'actuel Maire). Retournement d'alliance et de veste : aux côtés de l'UDC, les Verts soutiennent... le candidat libéral, présumé " atypique " (le soutien de l'UDC est-il supposé en témoigner ?) contre le candidat socialiste, au prétexte de ne pas vouloir un exécutif municipal " monocolore " (qui serait d'ailleurs plutôt bicolore, rose-vert). Disons que cette belle profession de foi pluraliste tient surtout à la saine concurrence entre Verts et socialistes (le soutien de l'UDC au candidat libéral tenant d'ailleurs aussi à la concurrence entre elle et le MCG sur le terrain fangeux du populisme sécuritaire). A Vernier comme en Ville, la gauche étant confortablement majoritaire quand elle se présente unie et ne fait pas de connerie, la question n'est plus que de savoir si les Verts sont encore de gauche, ou si à force de se vouloir " au-dessus des vieux clivages ", ils ne se retrouvent pas en-dessous de toute cohérence.

    Retrouvez le candidat socialiste Alain Charbonnier sur
    www.alaincharbonnier.ch

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  • Trois questions en une : "Etre socialiste en Suisse aujourd'hui"

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    Ce soir mardi (à 20 heures à l’Université Ouvrière, place des Grottes, au cas où…), le président du Parti socialiste suisse, Christian Levrat, exposera ce que signifie, selon lui, « être socialiste en Suisse aujourd’hui ». Ce qui sera répondre à trois questions : que signifie « Etre socialiste » ?, que signifie « Etre socialiste en Suisse » ?, et que signifie « être socialiste aujourd’hui » ?. Trois questions auxquelles on ne peut, sauf à se contenter de lieux communs, se contenter de répondre par de vagues références à la « Justice sociale » ou à la démocratie –non que la Justice sociale et la démocratie ne soient pas menacées, mais parce qu’elles ne sont plus et depuis longtemps récusées comme références. Quand tout le monde se dit démocrate, et que personne ne prône l’injustice sociale, ça veut dire quoi, « être socialiste en Suisse aujourd’hui », camarade président ?  

     

    To be or not to be socialist

    « Liberté, Egalité, Fraternité » : que ces trois mots aient été apposés chez nos voisins sur des bâtiments publics dont l’usage en fut et en reste la négation (des casernes, des prisons, des asiles psychiatriques…) n’enlève rien à leur origine et à leur contenu révolutionnaire, et à cette évidence que ce contenu n’est pas limité au pays qui l’a produit, avant que de l’exporter. Mais qu’il n’y ait plus aucune force politique consistante (passons sur les derniers carrés staliniens ou d’extrême-droite) pour les récuser, brouille les lignes de différenciation entre projets politiques. Or ce qui justifie la permanence d’un mouvement politique est bien ce qui le différencie des autres. Qu’est-ce qui aujourd’hui différencie un socialiste d’un libéral, d’un démocrate-chrétien, d’un radical ? La référence à la « liberté », autrement dit à la démocratie pluraliste ? à l’égalité (au sens de la justice sociale) ? à la fraternité (ou, depuis la reconnaissance –tardive- de l’humanité des femmes, à l’adelphité) ? L’égalité seule pose problème, et c’est précisément pour cela qu’on la contourne, ou l’affadit, en se contentant d’évoquer l’ « égalité des droits »). Or poser la question de l’égalité, c’est poser celle de la propriété. On rappellera alors que ce qui a, fondamentalement et originellement distingué, jusqu’à la rupture et à l’affrontement, le socialisme des différents courants démocratiques « bourgeois », c’est la question de la propriété : être socialiste, en Suisse comme ailleurs, c’était refuser que la propriété privée s’impose aux droits collectifs. Où en sont, aujourd’hui, les socialistes (en Suisse comme ailleurs) sur cette question ? A l’enterrer, à la fuir, ou à y répondre comme des socialistes, et pas seulement comme des démocrates de gauche ?

     

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  • L'Europe, creuset de l'humanisme ?

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    Les députés européens ont adopté le 18 juin une directive fixant des "normes minimales communes" au renvoi des sans-papiers de l’Union européenne, aggravant ainsi la situation d’exclusion et de criminalisation de tous les étrangers. Le texte, impliquant les 27 Etats membres, a été approuvé par 367 voix contre 206 et 109 abstentions, grâce à une alliance entre conservateurs, libéraux et eurosceptiques, facilitée par les hésitations et divisions du groupe socialiste. Les amendements proposés par les opposants au texte ont été à chaque fois rejetés avec des écarts de plus de 100 voix. « Ce n’est la victoire ou la défaite de personne, nous pouvons nous réjouir d’avoir au moins obtenu une réglementation européenne », a cru pouvoir déclarer le social-démocrate allemand Wolfgang Kreissldörfler qui a voté en faveur du texte, contre la consigne officielle de vote du groupe socialiste.

    L'Union Européenne adhère à la Confédération suisse

    - Désormais l’enfermement des étrangers peut atteindre jusqu’à 18 mois pour le seul fait d’avoir franchi des frontières et de vouloir vivre en Europe;
    - Le texte appouve également la détention et "l’éloignement" des personnes vulnérables (femmes enceintes, personnes âgées, victimes de torture,...) et des mineurs qu’ils soient ou non accompagnés, au mépris du respect de l’intérêt supérieur de l’enfant;
    - La dernière version de ce texte permet la détention et l’expulsion forcée des mineurs isolés vers un pays tiers (autre que leur pays d’origine) où ils n’ont ni famille ni tuteur légal;
    - Il n’est plus imposé aux Etats de fournir un titre de séjour aux personnes souffrant de maladies graves;
    - Les personnes expulsées se verront systématiquement interdire le territoire de l’UE pendant cinq ans;
    - les personnes expulsées pourront l’être vers des pays par lesquels ils n’ont fait que transiter, sans qu’ils aient un lien avec ces pays...
    L'Europe "creuset de l'humanisme" ? Tu parles...

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  • Abie Nathan : Celui qui a essayé…

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    nathan.jpgAbie Nathan est mort, le 28 août dernier. Il avait 81 ans. Il a été à la fois un pionnier et un symbole. Dans les années 60, alors que la paix avec le monde arabe semblait en Israël un rêve impossible, il a représenté l'espoir d'atteindre cet impossible. Quand on lui demandait quelle inscription il souhaitait sur sa tombe, il répondait " Nissiti " (" J¹ai essayé " en hébreu). Seuls ceux qui n'essayent jamais n'échouent jamais. Et Abie Nathan ne s'est jamais résigné à l'échec de la paix entre les Etats (Israël et ses voisins), les peuples, les cultures, les religions… D'autres, il est vrai, se résignaient d'autant plus facilement à ces échecs qu'ils faisaient tout pour les produire. Abie Nathan est mort. Et Ariel Sharon est toujours mort-vivant. Comme la paix elle-même ?

    Shalom, Salaam, Abie !
    Abraham Jacob Nathan, né le 29 avril 1927 en Iran, élevé en Inde, pilote de chasse de la RAF, avait immigré en Israël en 1948, dès la création de l¹Etat. Il s¹est fait connaître en 1966 en atterrissant en Egypte à bord d¹un vieux coucou, plus de 10 ans avant l¹accord de paix avec l¹Egypte. Son but était de rencontrer le président égyptien Nasser pour parler de paix. Il n¹y est pas parvenu, mais ce vol l¹a rendu célèbre. (…) Plus tard, il fonda la première radio pirate du Moyen-Orient, Voice of Peace (financée en partie par John Lennon), qui émettait depuis un bateau ancré au large de Tel Aviv, et qui fut un succès phénoménal, en particulier auprès des jeunes. Composés surtout de musique (il fut le premier à diffuser des chansons du Top 50 mondial), les programmes étaient en général en anglais, mais il y avait déjà des infos en arabe et en hébreu. (…) Abie ouvrait les programmes par ces mots : " Shalom, salaam and peace to all our listeners ". Cette station de radio a émis pendant vingt ans. Dans son message inaugural, Abie Nathan disait : " Le Bateau de la Paix est un projet du peuple. Nous espérons qu¹à travers cette station, nous contribuerons à soulager les douleurs et les blessures qu'ont subies les gens pendant ces nombreuses années de conflit. ". (…) A une époque où tout contact avec l¹OLP était interdit par la loi israélienne, il viola la loi à plusieurs reprises et fit pour cela de la prison. Ses grèves de la faim, pour faire pression sur les gouvernements israéliens afin qu¹ils fassent des concessions à l¹Egypte ou qu¹ils parlent avec l¹OLP, contribuèrent à son aura, convaincu qu¹il était que les hommes seuls pouvaient réussir là où les politiques avaient échoué. Salut Abie, shalom, salaam, peace, paix, dans toutes les langues que tu voudras, and " peace to all our readers "…

    Gérard Eizenberg
    (La Paix Maintenant)

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  • Procès de Marc Roger : Le Bouc-émissaire en son enclos

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    Or donc, le procès du bouc-émissaire de la faillite du Servette, de celle de la société d'exploitation du stade, de la sous-occupation endémique dudit stade et de la relégation du Servette en ligue folklorique, s'est ouvert le 1er septembre devant le Correctionnelle. Outre le Parquet, pas moins de quinze avocats veulent la tête de Roro (et de Roro tout seul), au nom d'une vingtaine de joueurs qui, comme quelques notables locaux (Luscher, Carrard), jouent les andouilles et plaident la connerie : " on savait pas ", " on a été trompés ", " on n'a rien compris ".. Crédible ? Peu importe : quand on a un bouc-émissaire, on ne cherche plus de responsables..

    Roro et les cloches

    Selon ses accusateurs, Marc Roger aurait donc, tout seul avec ses petites mains, sa petite pelle et son petit seau, creusé dans le FC Servette un trou de 17 millions entre l'été 2004 et le début 2005. Il aurait fait preuve d'une " ambition démesurée et hasardeuse sur l'avenir du club " (il n'était pas le seul), se serait montré beaucoup trop optimiste sur le sponsoring et sur le nombre de spectateurs attirables dans le stade (est-ce qu'on pourrait nous rappeler le nom de tous les vendeurs de savonnettes qui nous assuraient qu'un stade de 30'000 places, c'était ce dont Genève avait besoin ?). Roro risque sept ans de gnouf (il en a déjà fait presque deux en préventive). Ceux qui lui ont refilé Servette, et ceux qui ont imposé à Genève un stade inutile et bouffeur de millions, ne risquent en revanche rien du tout. Sauf le ridicule, qui ne tue plus personne depuis longtemps. Surtout politiquement. Ce sont eux, pourtant, qui ont creusé l'essentiel du trou et laissé à Roger, pour un franc symbolique, un club en état de faillite. Mais ceux-là, les Luscher et les Carrard affirment hautement leur incompétence : " on s'est fait avoir par le Marseillais, putaing cong ! ". Une fois le procès terminé, et Roro condamné d'avance (on ne va jusqu'en Espagne rechercher un bouc-émissaire pour le relâcher ensuite dans la nature), il se passera quoi ? Rien que de très rituel. On ne prend pas forcément les mêmes, mais on recommence les mêmes conneries : main dans la main pour " sauver le Servette et le stade ", alors que c'est au Servette de se sauver tout seul et que le stade n'est pas sauvable, Manu et Mediamark sonnent le branle-bas. Mais quitte à donner dans la sonnerie, c'est le glas qui devrait s'imposer.

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