jeudi, 25 septembre 2008

La culture contre la marchandise

L'enjeu central de toute politique culturelle...

Les 3 et 4 octobre prochain se tiendra à Genève la deuxième session du forum " art, culture et création " organisé par le RAAC (Rassemblement des artistes et acteurs culturels). Les ateliers thématiques du RAAC ont travaillé pendant des mois, sur cinq champs : le financement de la culture, le statut social des artistes et créateurs, " culture et société ", la gouvernance culturelle, " culture et urbanisme ". Les résultats de ces travaux, les propositions sur quoi ils débouchent, les positions des partis politiques seront présentés au forum. Mais en arrière-fond de toutes ces thématiques, en contre-champ de tous ces champs, une urgence devrait être évidente : résister à la mercantilisation de la culture.

La culture, part maudite

" Quels sont pour votre parti les enjeux centraux en matière culturelle à Genève " ? demande le RAAC aux partis politiques du lieu. Le pluriel est étrange (définir plusieurs " enjeux centraux " est un peu comme fixer plusieurs " priorités " : c'est n'en retenir aucun-e). Retenons donc un seul enjeu " central " ; il ne sera pas genevois, parce qu'il est le même partout où l'on tente de définir une politique culturelle, et de la réaliser. Cet enjeu, c'est de défendre l'espace de la création et de la représentation  culturelle contre l'emprise du marché et la prééminence de critères comptables et financiers dans la définition de la politique culturelle, les choix de répartition des ressources, et même les contenus culturels. Renversant les hypothèse de l'économie politique, George Bataille, dans La Part maudite, affirmait que toute économie réelle tient par ce qui ne respecte aucun calcul économique rationnel, et que nos mornes " gestionnaires " politiques considéreront comme du gaspillage et de la consumation somptuaire de ressources. Sous l'empire de la marchandise, tel est le sort de la création et de l'expérimentation culturelles, de la culture émergente, des cultures du pauvre et de l'immigrant -de tout ce qui, dans le champ culturel, n'est pas (ou pas encore) fauteur de profit marchand ou de prestige social. Or c'est précisément cette part maudite qui nécessite le soutien que seule une République (ou une commune, ou, mieux encore, les deux ensemble) peut apporter. Et c'est précisément pour cela que le renforcement des moyens de cette politique s'impose, comme la mobilisation des acteurs culturels, pour l'imposer. 

03:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : economie, raac, genève | |  Facebook | | | |

Commentaires

Cher Holenweg,

Vous devriez relire, ou lire, les écrits de l'Internationnale Situationniste. La culture et ses agents seront toujours ravalés au rang de marchandise et de marchands tant qu'ils se situeront à l'intérieur du système. La différence entre un galleriste de la rue des Rois et un artiste d'Artamis ne réside que dans un seul facteur, son prix de vente. L'un est cher et surfait, l'autre bon marché et accessibles. Tous deux sont insignifiants.

La culture ne redevient Culture qu'au prix d'une praxis systématique du détournement.

Le fait qu'un "Rassemblement des artistes et acteurs culturels" se soit créé et existe est bien la preuve de leur existence en tant que marchandise.

Bonne journée.

Écrit par : cndavid53 | jeudi, 25 septembre 2008

"Sous l'empire de la marchandise, tel est le sort de la création et de l'expérimentation culturelles, de la culture émergente, des cultures du pauvre et de l'immigrant -de tout ce qui, dans le champ culturel, n'est pas (ou pas encore) fauteur de profit marchand ou de prestige social."

Et Bollywood et Nollywwod, c'est quoi sinon la preuve que les "cultures émergentes" peuvent s'imposer, fussent-elles des cltures populaire? Et les galleries d'art contemporain, c'est pas des pompes à pognon?

Écrit par : Carlitos de Unmauno | jeudi, 25 septembre 2008

Les commentaires sont fermés.