vendredi, 19 septembre 2008

Dis Papy, raconte-moi la Grande Grève…

Il y a 90 ans, la Grève Générale :
Dis Papy, raconte-moi la Grande Grève…


Dans deux mois, on commémorera (peut-être) le seul et unique mouvement de grève générale que la Suisse ait connu. Un mouvement déclenché à la fin de la Grande Guerre, pour protester à la fois contre la paupérisation massive de la classe ouvrière des villes, et les innombrables entraves à l'exercice des droits démocratiques qu'à la faveur de la Grève, le Conseil de fédéral (tout entier de droite), le patronat et les chefs de l'armée (très germanophiles, le général étant lui-même lié à la famille Bismarck) avaient multipliées. De cette unique grève générale suisse, les héritages sont nombreux : elle a imposé l'élection du Conseil national à la proportionnelle (il est vrai que ça arrangeait les petits partis de droite), mis le droit de vote et d'éligibilité des femmes au centre d débat politique (il faudra cependant près de soixante ans pur que la Suisse s'y résigne)… mais aussi paradoxaux : la " Paix du Travail ", vingt ans après la Grève générale, et la " concordance ", vingt-cinq ans après, en sont aussi issues.

La grève, c'est larme des travailleurs ?

On ne sait pas comment se commémorera dans deux mois la Grève Générale de 1918, mais on sait comment elle fut digérée, après avoir été férocement réprimée : par la Paix du Travail, d'abord, signée vingt ans plus tard entre des syndicats soulagés de n'avoir plus à faire l'effort d'organiser un mouvement national de rupture et un patronat littéralement terrorisé par le mouvement et l'éventualité de sa réédition ; par la concordance politique, ensuite, et l'intégration du PSS au Conseil fédéral, scellée un quart de siècle après la grève. Le mouvement de 1918 avait été lancé par un Comité rassemblant le Parti socialiste et les syndicats (le Comité d'Olten), sous pression de la base ouvrière et des gauches socialiste et syndicale toutes émoustillées par la Révolution russe et la chute des trois empires (allemand, austro-hongrois et russe -auxquels on ajoutera l'ottoman) qui écrasaient toute l'Europe centrale et orientale. De quel mouvement comparable les socialistes et les syndicats, aujourd'hui, seraient-ils capables ? Et sur quelles revendications ? Et sur pression de quelle base, et de quelles gauches ? La classe moyenne consumériste protestant contre l'augmentation du prix des I-pod ?


02:57 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : suisse, syndicats, ps, grève | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le Parti socialiste suisse (PSS), est un parti politique suisse de gauche, fondé le 21 octobre 1888, membre de l'Internationale socialiste et membre associé du Parti socialiste européen.
La naissance du socialisme en Suisse s'insère dans le mouvement socialiste européen du XIXe et début du XXe siècle.
Les idées socialistes sont apparues en Suisse vers les années 1830 lorsque des groupes d'ouvriers allemands s'y réunissaient afin de discuter de questions sociales et politiques.
En 1838, une 30 d'ouvriers, employés de commerce et étudiants fondèrent la Société du Grütli à Genève.
En 1864, Jean-Philippe Becker constitua une section Suisse de l'Internationale socialiste fraîchement fondée à Londres.
En 1870, le "parti socialiste suisse" lui-même fut fondé à Zurich avec le soutien de la société du Grütli.
A la différence des autres partis, qui avaient commencé par se constituer sur le plan cantonal avant de devenir des grands partis nationaux, le parti socialiste se forma immédiatement au-dessus des frontières cantonales, organisant dans les différents cantons des sections dépendant du comité central. (Jean-Charles Biaudet).
A l'inverse des autres mouvements politiques suisses, le mouvement politique socialiste s'est développé du haut, de la sphère internationale, vers le bas, les cantons.

Le premier congrès ouvrier suisse réunissant notamment le parti socialiste, la société du Grütli, les syndicats fut tenu à Olten en 1873.
Il en sortit une association d'ouvriers qui se transformera plus tard en Union syndicale suisse.
Le nombre des adhérents ne cessait de croître dans un mouvement adhérant très nettement à la lutte des classes et au marxisme, chapeauté politiquement par le parti socialiste. En 1874, le parti socialiste demandait la révision de la Constitutions de 1848.
Entre 1890, date de son entrée au Conseil national, et 1914, le parti socialiste put accroître sa députation à 17 parlementaires fédéraux.

Au cours de la première guerre mondiale, le parti socialiste suisse, sous l'influence forte du marxisme, réaffirma le programme de l'avènement politique du socialisme par la révolution.
Lénine, réfugié en Suisse de 1914 à avri 1917, était alors membre du parti socialiste suisse et entretenait des liens étroits avec l'aile gauche dirigée par son ami Platten.
Sa présence en Suisse était marquée par de nombreuses interventions publiques.
En 1917, Lénine retourna en Russie pour la révolution avec l'aide de ses amis Robert Grimm et Platten.
Les éléments socialistes révolutionnaires exploitaient le mécontentement social résultant du rationnement et des privations causés par la guerre et sa longueur, intensifiant les menées anti-mililtaristes.
En 1917, en pleine guerre mondiale, le parti socialiste suisse refusait le budget militaire et appela au refus de servir.
La même année, de connivence avec le Conseiller fédéral Arthur Hoffmann des membres du parti socialiste tentèrent de faciliter une paix séparée entre l'Allemagne et la Russie révolutionnaire.
Cette manoeuvre outragea l'opinion publique suisse et conduisit à la démission de Hoffmann et son remplacement par le Genevois Gustave Ador.
En 1918, cette politique de la confrontation sociale culmina dans la grève générale décrétée par le Comité d'Olten, impliquant 250'000 grévistes.

En effet, le Comité d'Olten, le conseil supérieur de l'Extrême gauche sous la présidence de Robert Grimm et la légation des Soviets à Berne sous la direction de Berzine (Winter de son vrai nom) chef de mission de l'URSS à Berne et secondé de Zalkinde (parent de Leon Trotsky), encouragés par la révolution russe collaboraient activement à la subversion du régime constitutionnel et du gouvernement suisse afin de permettre l'avènement de la dictature rouge en Suisse.

La révolution socialiste suisse devait éclater le 10 novembre 1918 sur l'ordre de Moscou.
Lénine lui-même avait déjà nommé le camarade Radeck (Sobelsohn de son vrai nom) dictateur de la Suisse.
Lénine projetait d'engager la révolution socialiste en Europe et dans le monde à partir de la Suisse.
Il s'en suivit une propagande intense dans les milieux ouvriers et dans l'armée conduisant à des émeutes fréquentes à travers le pays.
L'audace des révolutionnaires socialistes, appuyés par la présence de 30'000 déserteurs et réfractaires à la guerre de 14-18 et ayant trouvé refuge en Suisse, s'engagèrent dans de nombreux coups de force, dont la tentative de s'emparer des arsenaux de Zurich et Berne, de bâtiments publics, d'usines électriques et de banques les 6-7 novembres 1918.
Le 6 novembre, les troupes militaires furent mises en état d'alerte et repoussèrent les actions révolutionnaires.
Le 10 novembre, le Comité d'Olten, gouvernement révolutionnaire parallèle en marge des institutions, proclama la grève générale, exigeant la démission du Conseil fédéral et la dissolution du parlement, le droit de vote des femmes, le travail obligatoire et la socialisation de l'armée.
Le 11 novembre, le Conseil fédéral donna mission à l'armée de rétablir l'ordre intérieur.
Dans les jours qui suivirent, l'armée dut faire face aux émeutes, sièges décrétés dans les principales villes et aux combats de rue.
Le 13 novembre, le Conseil fédéral ordonna l'expulsion vers l'Allemagne de la légation des Soviets y compris de Berzine.
(Certains historiens voient dans l'expulsion de la légation des Soviets davantage le résultat de pressions des alliés qui refusaient de voir la Suisse tomber dans la révolution communiste que le résultat d'une implication de la légation dans les agitations de novembre dont la réalité est controversée).
Le Comité d'Olten capitula le 14 novembre et lendemain la révolution fut stoppée, permettant au travail de reprendre à travers le pays.
S'en suivit une campagne médiatique haineuse dans les journaux socialistes vis-à-vis des institutions et l'armée de milice (cf. par exemple l'article du 18 novembre 1918 "La grippe [qui avait décimé les rangs de l'armée] venge les travailleurs" anonyme mais attribuable au révolutionnaire Humbert-Droz publié dans le journal "La Sentinelle" dirigé par Paul Graber.

Malgré l'échec de la grève générale, celle-ci conduisit au renouvellement anticipé du Conseil national en 1919 sur la base du système proportionnel qui venait ainsi remplacer le système majoritaire prévalant jusqu'alors.
Ce changement de régime permit au parti socialiste de prendre 41 mandats.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | vendredi, 19 septembre 2008

"La grève, c'est larme des travailleurs ?"

C'est Radio Nostagie ou Papy fait de la Résistance ?

:o)

Écrit par : Blondesen | vendredi, 19 septembre 2008

C'est bien la première fois que le PS s'inquiète des travailleurs. D'habitude son seul sujet, c'est les fonctionnaires (seuls électeurs de ce parti) et les travailleurs n'ont jamais été leurs tasses de thé ! (Pour autant qu'ils boivent du thé au PS car il me semble que ce n'est pas la boisson préférée de certaines et certains dirigeants de ce parti ! Vous voulez des noms ? Les principaux intéressés se trouvent dans le Jura, Neuchâtel et le Valais !

Écrit par : Octave Vairgebel | vendredi, 19 septembre 2008

(Désolé que le jeu de mot du titre n'ait pas fait mouche...)
Le commentaire de V. Dimitrescu reprend une vision de la grève générale comme tentative révolutionnaire que plus aucun historien, fût-il de droite, ne défend -même pour faire de l'humour. La Grève Générale avait un programme (un cahier de revendication) purement réformiste (il a d'ailleurs été pour la plus grande partie réalisé, même s'il a fallu presque soixante ans pour que le revendication du suffrage féminin soit finalement transcrite dans les faits). Ce programme a certes été avancé par une grève, mais qui n'avait rien, mais alors vraiment rien, d'insurrectionnel : pas de milices ouvrières, aucune tentative contre le moindre édifice gouvernemental, tout juste quelques manifs dans les rues -les grévistes sont restée sur leurs lieux de travail, ou chez eux... La Grève Générale de 1918 comme tentative révolutionnaire, c'est de la mythologie paranoïaque pour faire peur aux petits paysans des Alpes (ça leur a d'ailleurs fait peur : l'UDC en vient en ligne directe...)

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 20 septembre 2008

Monsieur Holenweg,

Ce n'est pas parce que les socialistes ont infiltré tous les domaines, que l'histoire doit plier devant la réécriture de ses événements.
C'est quoi pour vous ... un historien de droite ?

Même là, vous pensez au clivage gauche - droite ?

Merde alors !

Si on a plus droit à une histoire véridique et cohérente, c'est foutu !


Ceci est vrai, ou pas ?
"Lénine lui-même avait déjà nommé le camarade Radeck (Sobelsohn de son vrai nom) dictateur de la Suisse."

Écrit par : Victor DUMITRESCU | samedi, 20 septembre 2008

"Ceci est vrai, ou pas ?
"Lénine lui-même avait déjà nommé le camarade Radeck (Sobelsohn de son vrai nom) dictateur de la Suisse."

C'est faux. Et même assez bouffon. Comme d'ailleurs toute la vision de la Grève Générale de 18 comme une tentative révolutionnaire...
Quant au "clivage gauche-droite" (qui n'est d'ailleurs pas un clivage), je vois mal pourquoi il n'y aurait pas des histporiens de gauche et des historiens de droite, comme il y a des historiens catholiques et des historiens protestants, des historiens végétariens et des historiens carnassiers et des historiens événementialistes et des historiens structuralistes...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 22 septembre 2008

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