jeudi, 11 septembre 2008

UNE CONSTITUANTE, POUR QUOI FAIRE ?

Avec plus de résignation que d'enthousiasme, les citoyennes et yens genevois ont accepté d'élire une assemblée constituante et de la charger de réécrire la Charte fondamentale de la République. Non que les dits citoyennes et yens aient ressenti le besoin impérieux de réformer les institutions genevoises : ils ont seulement pris acte de ce que ce besoin était impérieusement ressenti par d'autres (le groupe formé autour du professeur Andreas Auer), et n'ont vu aucune objection à laisser 80 personnes s'ébrouer dans une assemblée mandatée pour produire un texte qui de toute façon sera soumis au vote populaire -et que le vote populaire pourra donc renvoyer à ses auteurs. Tous les partis, et une palanquée de groupes s'affirmant non partisans et "issus de la société civile" (comme si les partis politiques étaient issus d'ailleurs -mais d'où ? de la cléricature religieuse ? de l'armée ?), présentent des listes à l'élection de la Constituante (le PS présente quarante candidates et candidats, dont un tiers ne sont pas membres du parti). Le 19 octobre, on saura de quoi et de qui la Constituante sera faite. Mais pas vraiment à quoi elle va servir. A réformer les institutions ou à lisser leurs règles de fonctionnement ? A étendre les droits politiques et sociaux ou à les conformer à un cadre juridique réputé "supérieur" (le cadre fédéral, tant qu'on ignore que ce cadre "supérieur" est lui-même soumis à un cadre encore plus "supérieur" : les grands textes du droit international) ?

La droite n'a pas fait mystère de ses intentions de réduire les engagements de la République au strict nécessaire -et le strict nécessaire, pour la droite, c'est toujours l'Etat gendarme, et rien que l'Etat gendarme, ne garantissant qu'un droit : celui à la propriété privée; l'extrême-droite, elle, mettait les pieds au mur -non que l'actuelle Constitution lui convienne, mais parce qu'elle craint une avancée des droits politiques pour les étrangers, et une avancée des droits sociaux pour tous; enfin, la "gauche de la gauche" (ou réputée telle, par elle-même) craignait, à l'inverse, une réduction des droits politiques et des droits sociaux. Quant au PS, il s'est avancé en faveur de la révision constitutionnelle, avec une "feuille de route" énonçant, sans les préciser, les grands axes de ses revendications (extension de droits politiques et sociaux, construction d'un espace politique régional, transfrontalier et démocratique, prise en compte des changements sociaux)...

Une Constitution, cela peut être un programme politique ou un constat notarial. Le programme politique dit où l'on veut aller, le constat notarial dit où on en est. L'exercice du constat est donc le plus aisé : il ne consiste après tout qu'à décrire l'état des choses. Mais dès lors que les ambitions constituantes s'élèvent au-dessus de celles de l'arpenteur institutionnel, les grands débats et les grands clivages surgissent, entre la gauche et la droite, à l'intérieur de la gauche et de la droite, et, transversalement, selon des lignes de front qui rompent l'opposition des camps politiques constitués : libertaires contre autoritaires, laïques contre confessionnels, libre-échangistes contre protectionnistes, autonomistes contre centralistes, internationalistes contre nationalistes, et j'en passe... De toutes ces lignes de fracture, celle qui devrait nous importer le plus est celle qui va opposer les forces qui veulent renforcer le champ du politique (et de la démocratie) face à l'économie et à la marchandise, d'une part. et les forces qui se satisfont pleinement (ou qui veulent l'étendre encore) de l'emprise du marché, d'autre part. La Constituante, ça pourrait être le champ (pas clos, puisque la joute se livre devant la Cité) de l'affrontement de la République et du Marché.

05:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : constitution, constituante, politique | |  Facebook | | | |

Commentaires

J'apprécie ce tableau général brossé avec beaucoup de perspicacité et riche en couleurs quant aux forces politiques, ou qui se disent apolitiques, en jeu.
Je soulignerais une autre dimension où les cartes se jouent: la dimension humaine. Sur cet espace des blogs tdg, je lis tous les engagements des uns et des autres et je suis heureuse de voir toute cette animation. Les expériences exposées, les sentiments émis, les idées partagées dénotent d'une belle stimulation.
Les citoyens bougeront pour la votation et les élus pour apporter des éléments au texte.
C'est peut-être à ça que sert une constituante: à animer la population dans un espace plus large et plus étalé, dans le temps, que d'habitude!

Écrit par : Marie-France de Meuron | jeudi, 11 septembre 2008

J'apprécie ce tableau général brossé avec beaucoup de perspicacité et riche en couleurs quant aux forces politiques, ou qui se disent apolitiques, en jeu.
Je soulignerais une autre dimension où les cartes se jouent: la dimension humaine. Sur cet espace des blogs tdg, je lis tous les engagements des uns et des autres et je suis heureuse de voir toute cette animation. Les expériences exposées, les sentiments émis, les idées partagées dénotent d'une belle stimulation.
Les citoyens bougeront pour la votation et les élus pour apporter des éléments au texte.
C'est peut-être à ça que sert une constituante: à animer la population dans un espace plus large et plus étalé, dans le temps, que d'habitude!

Écrit par : Marie-France de Meuron | jeudi, 11 septembre 2008

Je partage l'espoir exprimé par Marie-France de Meuron que la constituante serve "à animer la population dans un espace plus large et plus étalé, dans le temps, que d'habitude". J'ai cependant quelques craintes que la Constituante élue ne saisisse pas la possibilité de se transformer en un réel lieu de débat "citoyen" sur ce qui peut fonder une République : le cadre dans lequel la loi enserre la Constituante est trop étroit (elle ne peut accoucher que d'un seul projet) pour que le résultat de son travail soit très imaginatif : elle ne peut pas proposer plusieurs textes "alternatifs" en même temps, elle ne peut pas non plus proposer plusieurs textes à la suite les uns des autres, elle doit concevoir un texte qui rassemble non seulement une majorité de constituants,. mais aussi une majorité du peuple (ou plutôt de cette minorité du "*peuple" qui, à Genève, aura le droit de se prononcer sur la Constitution... le risque est donc réel que du robinet constituant ne sorte que de l'eau tiède...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 12 septembre 2008

Ce qui est bien evident dans ce domaine c'est que la Constitution doit exprimer les idee du peuple, dans ce cas on pourra parler de son succes partout, dans tous les domaines. Quant a moi, j'ai partage votre opinion.

Écrit par : Skye - Blog | mardi, 11 novembre 2008

salut! je m'inquiete beaucoup pour la vie a Geneve, c'est pourqoui je vuodrais dire mon grand merci a ce blog!

Écrit par : Max - Window | lundi, 24 novembre 2008

Les commentaires sont fermés.