dimanche, 31 août 2008

L'armée suisse après l' " Affaire Nef " : L'armée de crocodile

L'armée suisse a donc perdu sa tête cet été; on avait appris qu'elle en avait une à la faveur de la vraie-fausse démission de Roland Nef, généralissime des Helvètes tout fraîchement nommé, qui se définissait lui-même comme " conservateur en ce qui concerne les valeurs " morales, et qui a été promptement débarqué lorsque son comportement privé l'avait révélé comme un individu narcissique, à la capacité de discernement diminuée, au profil psychologique instable, au comportement déviant et au sommeil perturbé. L'homme idéal pour être la tête d'une survivance reptilienne : l'armée suisse.

Gaietés de l'escadron

L'épisode bouffon du passage de Roland Nef à la tête de notre glorieuse armée a certes de quoi faire ricaner. Mais il devrait aussi inciter à s'interroger non sur les procédures de nomination d'un chef, mais à l'utilité même de ce qu'il devait diriger -en l'occurrence, l'armée suisse. Un rapport interne du Département de la Défense, à la suite d'un exercice organisé en novembre 2007 pour tester Armée XXI, décrit une organisation inefficace des états-majors, des cadres mal formés, des systèmes informatiques incompatibles, des doctrines d'engagement confuses, des planifications illusoires... L'exercice Stabilo était fondé sur une hypothèse intéressante : un conflit ethnique extérieur menace la sécurité de la Suisse orientale, et le Conseil fédéral décidait, avec l'accord du parlement, de déployer 25'000 hommes pour y faire face. Pour faire face à quoi, au juste ? Une guerre tribale entre Tyroliens et Carinthiens ? L'armée suisse se cherche des utilités, s'invente des ennemis. Et s'offre des victimes : ses propres soldats (et quelques civils au passage, pour faire bon poids), qu'elle bousille régulièrement, soldats noyés dans une rivière, emportés dans une avalanche, occupants d'avions ou d'hélicoptères militaires tués dans des crash… L'armée suisse tue ses hommes, mais elle est toujours vivante, survivance inepte et inapte, avide autant qu'inutile, réclamant matériels et crédits, soutiens et respect, et ne méritant plus que l'attention qu'il convient de porter, pour peu que l'on se soucie de la diversité des espèces, aux derniers descendants des dinosaures.

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samedi, 30 août 2008

Lieux culturels alternatifs : Sous la table rase, la mauvaise herbe

Les fêtes d'enterrement peuvent être belles : même empreinte déjà de nostalgie, celle donnée ce week-end à Artamis a rappelé ce que fut pour Genève cette friche industrielle devenue bouillon de culture, et ce que Genève lui doit, comme à tous les espaces de la culture " alternative " -et elle leur doit bien plus qu'elle ne semble l'admettre aujourd'hui. Mais d'autres Artamis, d'autres Cave 12, d'autres Rhino aussi, naîtront, et l'Usine tiendra : la mauvaise herbe finit toujours par traverser le béton.

Le temps de l'épuration n'aura qu'un temps

Artamis évacuée pour pouvoir être dépolluée, c'est tout un symbole : la dépollution de la ville est désormais un programme politique -non la dépollution du sol, de la nappe phréatique ou de l'air, mais la dépollution de la société, de la culture, de la politique, de la population même. Cette dépollution porte le même nom que tous les nettoyages autoritaires : Epuration. Epuration culturelle, sociale, politique, ethnique même (souvenons-nous de la campagne lancée par la droite et l'extrême-droite genevoises il y a quelques mois contre les Rroms). Les temps sont aigres, mais ils passent, et le temps de l'épuration passera, sans doute trop vite pour les épurateurs : de nouveaux espaces culturels alternatifs verront le jour. Et il importera peu que cette culture " alternative " soit ou non subventionnée par la collectivité publique, pourvu que celle-ci lui laisse l'espace nécessaire à son émergence, et le lui garantisse pour son développement : ce n'est pas dans le financement ou son absence que se niche l'alternative -c'est dans la méthode, dans l'ambition, dans le contenu. La vie est toujours plus forte que l'ordre social qui la veut contraindre.

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jeudi, 28 août 2008

Retour sur l'Eurofoot : MAIN BASSE SUR LA VILLE PRIVATISEE



Les matches de l'Eurofoot se sont joués dans des villes " hôtes " de Suisse et d'Autriche que leurs autorités, les autorités de leurs cantons et provinces et les autorités de leurs deux pays ont littéralement " louées ", à défaut sans doute de pouvoir les vendre, à l'UEFA, à ses sponsors, et aux " mandataires " plus ou moins prébendiers choisis pour les " animer " (et animer toutes les autres villes du pays, grâce par exemple aux " UBS Arena " ayant métastasé un peu partout). Mais cette privatisation de l'espace public est particulière : alors qu'habituellement, on privatise pour en retirer de l'argent, pour l'Eurofoot ce sont les collectivités publiques qui ont payé pour brader leur propre espace public. Et payé cher. Le brave comte de Sacher-Masoch n'a pas fait à Genève des émules que chez les banquiers privés : chez les responsables politiques aussi. Mais eux survivront.

Ville-hôte-toi de là que j'y mette mon sponsor
Ce que rendit visible l'Eurofoot à Genève (puisque nous y sommes), c'est la perfection d'un processus à l'œuvre depuis l'avènement du " sport-pognon " : ce règne du marketing, du petit et du gros commerce de tout ce qui peut se commercer (légalement ou non), aboutit logiquement à la privatisation de tous les espaces publics disponibles jusqu'à la ville elle-même, devenue marchandise. Dans les espaces publics gardés par des polices privées après avoir été vendus aux organisateurs des jeux du cirque et à leurs sponsors, on ne choisit pas la bière que l'on boit, on ne porte pas un vêtement à l'effigie d'une marque concurrente de celle du sponsor. Et pour que cette privatisation se fasse, se maintienne et puisse se répéter, pour que la ville puisse être vendue, il faut lui donner l'image que l'acheteur souhaite : on la purgera donc de ses mendiants, de ses marginaux, de ses dealers, de ses lieux culturels alternatifs. Ainsi se dessine des modèles de villes, d'habitants, d'activités. Le modèle de la ville, c'est Disneyland. Le modèle d'habitant, c'est le consommateur ne cherchant pas à consommer autre chose que ce qu'on lui offre. Le modèle d'activité, c'est le centre commercial. Et tout cela se fait avec au minimum l'accord, et souvent la participation active et revendicatrice, des autorités élues. " L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c'est ainsi qu'on grimpe dans la même posture que l'on rampe" disait Jonathan Swift. Rien n'a changé -sinon que l'on ne grimpe plus que dans les loges VIP, dans la même posture que l'on rampe devant l'UEFA.

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mardi, 26 août 2008

Jeux olympiques et politique : Un beau podium de faux derches

Une compétition olympique avait commencé bien avant les JO -et se poursuivra bien après leur clôture : un grand concours d'hypocrisie, dont on hésitait un peu à décerner la médaille d'or : le Comité international olympique la mérite certainement, mais les media ont effectué un parcours remarquable de beaufitude, et quelques sportifs se sont illustrés par un don particulier pour le truisme et la langue de bois requis pour danser au bal des faux derches. Mais à tout seigneur tout honneur :  médaillons donc d'or le  président du CIO, Jacques Rogge, pour son éclairante vision humaniste : " Nous défendons le principe général des droits de l'Homme, sans entrer dans le domaine spécifique du monde de la politique ". Quoi de plus beau, en effet, qu'un principe qu'on se refuse à dénaturer en l'appliquant…


JO1968.jpgCitius, altus, fortius
Les Jeux Olympiques de Pékin se sont terminés comme ils avaient commencé : dans le tintamarre baroco-stalinien d'une cérémonie à la mesure des ambitions du pays organisateur. Et on admettra sans peine que ces JO ont pleinement rempli le mandat donné par la devise du Comité international olympique : " Plus vite, plus haut, plus fort ". Plus vite mis à l'écart, les gêneurs (Pékin avait été nettoyée de ses dissidents et des petites gens protestant contre la destruction de leur habitat) ; plus hauts, les profits marchands des jeux du cirque ; plus fort, le chauvinisme. A ceux qui regretteraient que les festivités olympiques aient été si lointaines, une bonne nouvelle a été donnée : deux visionnaires, le directeur de l'Hôtel de Rhône et le président de Genève Tourisme ont eu une idée de génie, reprise (c'est dire si c'est une idée de génie) par Mark Muller et la Tribune de Genève  : faire organiser les Jeux Olympiques d'hiver 2018 à Genève. C'est vrai que ça manquait à notre station de sports d'hiver. Torriani et Jobin ont donc monté un comité exploratoire, pompé 200'000 balles au Sport Toto, et sont allés quémander des soutiens moraux divers et variés. Faut les comprendre : comme l'UEFA, le CIO est une gigantesque pompe à fric. Durant l'olympiade 2004-2008, le mouvement olympique aura perçu cinq milliards de revenus. Pour les JO de Pékin douze multinationales ont payé 866 millions de dollars le droit d'utiliser l'emblème olympique. Dans le Comité d'organisation des JO de Pékin (BOCOG), on trouvait 35 entreprises qui payaient chacune 28,5 millions (soit un milliard au total), plus des prestations en nature. " Plus vite, plus haut, plus fort ", on vous dit…

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samedi, 23 août 2008

Mais que fait la polis ?

Dans un " papier de position " aussi formellement calamiteux que fondamentalement douteux, un groupe de travail du Parti socialiste suisse propose au congrès du parti, en octobre prochain à Aarau, une politique sécuritaire reprenant au compte des socialistes la vision paranoïaque d'une Suisse ravagée par la violence criminelle et de villes mises en coupe réglée par des bandes de jeunes étrangers. Il peut survenir que des positions inacceptables soient camouflées par une rhétorique habile. On saluera donc la franchise des auteurs du texte proposé au congrès socialiste : la nullité de sa forme exprime ouvertement celle de son fond. Il y a des textes qui ne portent bonheur que quand on marche dessus.

Ce n'est qu'un débat, continuons le confus !
Le consternant " papier de position " sur la politique de sécurité publique que la direction du PSS propose au congrès du parti, rencontrera une opposition : les Femmes socialistes, la Jeunesse socialiste, la majorité des délégués romands et une bonne partie des grandes sections urbaines devraient le refuser, ou tenter de l'amender suffisamment pour qu'à l'arrivée, la position du parti ressemble le moins possible à celle qui lui était suggérée au départ. Et ensuite ? Le débat sécuritaire va se poursuivre, au sein de la gauche comme au sein de l'ensemble de la société, dans la même confusion qui le marque depuis des années. Confusion entre la réalité et sa perception, confusion entre la délinquance et la criminalité, confusion entre l'incivilité et la violence, confusion entre les causes et les effets, et confusion, surtout, entre la posture médiatique et la réponse politique, et entre les exigences d'une telle réponse et les calculs électoraux. Parce qu'enfin, il faudrait que l'on précise clairement si la fonction d'un programme politique est d'exprimer une politique ou de promouvoir des candidatures. Fût-ce au Conseil fédéral ou au Conseil d'Etat zurichois.

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